Pendant que le taux de mortalité des abeilles est en hausse à cause des pesticides, l’apiculture est en boom à Montréal. En 2011, on dénombrait 50 ruches dans la métropole. Il y en a plus de 500 aujourd’hui. Toutefois, multiplier à ce rythme les ruches d’abeilles domestiques pourrait nuire aux autres types d’abeilles, à certaines mouches et à d’autres pollinisateurs indigènes essentiels à la biodiversité.

L’abeille domestique a été introduite au Québec notamment parce qu’elle est facile à élever, qu’elle produit du miel et qu’elle est utilisée en agriculture pour la pollinisation. «Quand elle est présente en très grand nombre, elle peut compétitionner avec les espèces indigènes, et des études ont démontré qu’elle peut même leur transmettre des maladies», explique le chargé de projet en biodiversité urbaine à l’organisme Ville en vert Marc Sardi.

Des insectes comme les bourdons, les syrphes ou les abeilles solitaires se retrouvent donc en compétition avec l’abeille domestique pour la nourriture, car cette dernière butine une grande variété de plantes. «Comme les espèces indigènes ont une nourriture spécialisée, elles ne pourront pas s’adapter pour survivre, contrairement aux abeilles, qui sont plus généralistes, précise la chargée de projet à l’éco-quartier du Sud-Ouest Anahi Kerbaol. Si un type de fleurs vient à faire défaut, elles vont butiner la fleur d’à côté.»

Comme celle des abeilles, la mortalité des pollinisateurs indigènes est en hausse, notamment à cause de l’usage des pesticides de la famille des néonicotinoïdes. «Une abeille domestique, c’est comme une vache. On la contrôle du début à la fin. Si la population d’une ruche diminue, on peut élever d’autres abeilles. Les espèces indigènes sont plus sensibles parce qu’elles sont moins contrôlées par l’homme», souligne Mme Kerbaol.

Pour l’instant, on ne dispose d’aucune étude permettant de savoir si l’engouement pour l’apiculture à Montréal a un effet néfaste sur les pollinisateurs indigènes. «En l’absence de données, il faut faire attention et se pencher sur la création d’habitats, juge Marc Sardi. Quand on entreprend un projet de ruchers, un projet de verdissement incluant des plantes pour les pollinisateurs devrait y être rattaché. Trop peu de gens s’intéressent à ce volet.»

Selon M. Sardi, le seuil de surpopulation de l’abeille domestique à Montréal n’est pas atteint. «L’abeille domestique a besoin d’une intervention humaine pour passer l’hiver, elle ne peut pas s’évader des ruchers et survivre dans la nature, indique-t-il. Il n’y a pas pour l’instant de danger qu’on perdre le contrôle et que des ruches s’installent partout.»

Toutefois, si la popularité de l’apiculture urbaine continue à croître, il pourrait y avoir un risque pour les pollinisateurs à cause de la compétition alimentaire. Cela pourrait donc avoir un impact sur la biodiversité. «Si on se base juste sur une espèce et qu’elle disparaît, il n’y a plus de pollinisation, souligne Mme Kerbaol. La biodiversité, ça assure qu’un équilibre se crée. Si une espèce disparaît, une autre prendra le relais.»

Question d’économie

Selon Mme Kerbaol, on se soucie du sort de l’abeille domestique surtout à cause de son attrait économique. «L’abeille domestique a une valeur monétaire très élevée. Si elle disparaissait, cela entraînerait des pertes évaluées à 178 G$», rappelle-t-elle. En plus du miel qu’elles produisent, les abeilles domestiques peuvent être louées à des agriculteurs pour polliniser des champs.

Élever un pollinisateur indigène qui se concentre sur une seule plante ou qui ne produit pas de miel ne serait pas rentable. «Ça n’a pas beaucoup d’attrait économique, juge la spécialiste. Par contre, on ne peut pas chiffrer le bienfait de ces espèces, car elles rendent service à l’écosystème et pas à l’homme directement.»

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