Romain Schué/TC Media Plus de 60 cols bleus de Montréal-Nord ont exprimé leur grogne lors du dernier conseil d'arrondissement.

Sur fond de «tension» et de «prises de bec», les cols bleus de Montréal-Nord ont déposé un grief pour contester le recours à un organisme communautaire pour des tâches habituellement accomplies par des employés municipaux. Une pratique qui aurait mené à des pertes d’emplois.

En avril, l’arrondissement de Montréal-Nord a accordé une contribution de près de 121 000$ au Groupe information travail (GIT), un organisme à but non lucratif, «pour la réalisation d’un projet de réinsertion socioprofessionnelle de personnes éloignées du marché du travail».

Concrètement, à travers ce programme intitulé «Brigade verte de Montréal-Nord», une douzaine de personnes marginalisées, qui ont connu l’itinérance ou des problèmes de dépendance, ont désormais la responsabilité de différentes tâches de verdissement dans les rues nord-montréalaises.

«C’est un projet de réinsertion qui vise à lutter contre l’itinérance. On ne vole aucun travail», explique Jean-Luc Bergeron, chef de ce projet.

«Des cols bleus se retrouvent à la maison, sans salaire»
«Mais cela se fait au détriment des cols bleus», regrette François Laflamme, directeur adjoint de la région est du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal (SCFP).

«On a décidé de réduire notre main d’œuvre, de diminuer les coûts et d’augmenter le budget pour le privé et la sous-traitance. En attendant, des cols bleus se retrouvent à la maison, sans salaire», reprend François Laflamme.

Ce dernier assure que trois jardiniers, chargés notamment des terrassements et de l’entretien des bords de route et des parcs, viennent de perdre leur emploi. Au total, une dizaine d’employés serait même touchée par ces changements.

«Des jardiniers diplômés ont été mutés en aide-jardinière, avec une baisse de salaire de 3 à 4 $ en moyenne, détaille le syndicaliste. D’autres ont vu leur temps de travail diminuer et ne pourront plus toucher les assurances chômage. Ils doivent demander le bien-être social.»

Un grief déposé
Un grief a été déposé auprès du Ministère provincial du Travail par le SCFP qui compte s’appuyer sur la convention des cols bleus pour la période 2013-2017.

Celle-ci précise notamment, dans l’article 27.05, que «la Ville ne peut confier à un organisme sans but lucratif ou à des bénévoles, l’exécution de tâches qui sont habituellement exécutées par les employés de l’unité de négociation, à moins d’une entente au préalable avec le Syndicat.»

Les participants à ce programme de réinsertion sont en charge du verdissement de plusieurs secteurs de Montréal-Nord.

Les participants à ce programme de réinsertion sont en charge du verdissement de plusieurs secteurs de Montréal-Nord.

Des tensions entre l’OBNL et les cols bleus
La grogne provoquée par le recours au GIT ne date pas d’hier. Le 8 juin, le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal a adressé une lettre à la direction de l’arrondissement, dans laquelle il dénonce des «menaces», «des doigts d’honneur aux cols bleus» et des comportements «odieux» de la part des participants à ce programme.

Jean-Luc Bergeron reconnait des «tensions», mais affirme que ce sont les cols bleus de Montréal-Nord qui ont d’abord commis des gestes «d’intimidation».

«Certains [participants] se sont sentis agressés, confie-t-il. On a dû quitter un parc à la mi-août à cause de leurs revendications. On a pris à partie nos participants, on les a pris en photo, on nous a fait comprendre que nous n’étions pas les bienvenus. C’était vraiment atroce comme ambiance et c’est vraiment dommage», déplore le responsable de ce projet qui affirme néanmoins «comprendre» les revendications des employés municipaux.

Si François Laflamme avoue «des prises de bec», il minimise cependant ces faits. «On n’a pas une culture de guerrier de l’ombre», défend le responsable syndical.

«Pas ce qu’on souhaitait faire»
En réaction aux explications demandées par François Laflamme lors du conseil du 12 septembre, la mairesse Christine Black affirmait que l’arrondissement «doit respecter les enveloppes (budgétaires). […] Malheureusement cette situation a eu des répercussions sur les employés.»

L’arrondissement reconnaît une «compression d’effectifs de 11% des heures de travail pour les cols bleus auxiliaires» concernés.

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