Selon un sondage réalisé par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le sentiment d’insécurité a augmenté à Montréal-Nord. Les citoyens interrogés trouvent leur quartier de plus en plus violent. Ce que démentent les organismes de l’arrondissement.

Seuls 74% des répondants d’un sondage publié par La Presse jugent leur quartier sécuritaire, contre 91% sur l’ensemble de Montréal. Un chiffre en baisse de 10 points par rapport à une étude réalisée en 2013.

L’ensemble des chiffres évoquant des «problèmes» dans Montréal-Nord est même en augmentation.

Alors que 28% des citoyens évoquaient en 2014 des «problèmes de violence», ce chiffre grimpe à 47% en 2016. Des «problèmes de gangs de rue» sont également admis par 57% des résidents (47% en 2013, 24% en 2014).

Le cambriolage est lui-aussi cité. 37% des sondés se sentent en danger (29% en 2013, 30% en 2014). Enfin, des «problèmes de drogue» sont ressentis par 59% des Nord-Montréalais (55% en 2013, 44% en 2014).

D’après ce rapport interne du SPVM, d’une manière générale, la proportion des Nord-Montréalais «qui se disent inquiets de marcher seuls le soir dans leur quartier ou dans un parc, ou qui évitent certains secteurs [a] augmenté de manière significative depuis 2013».

«Il y a une réelle différence avec la réalité sur le terrain»
Le résultat de ce sondage est pourtant remis en question par les différents intervenants de l’arrondissement, à commencer par le poste de quartier 39 et son commandant, qui se dit «préoccupé par la perception des gens qui manquent souvent d’informations».

«Il y a une réelle différence avec la réalité sur le terrain», précise Jonathan Martel, qui évoque également un lien entre les chiffres de ce rapport et les derniers événements qui ont marqué Montréal-Nord.

Réalisé entre mai et juin 2016 par la section recherche du SPVM auprès de 339 résidents de 15 ans ou plus qui ont répondu aux questions par téléphone (165 répondants) et par Internet (174), ce rapport est intervenu quelques semaines après le décès de Bony Jean-Pierre et des scènes de violence qui ont marqué l’arrondissement et ses citoyens le 6 avril dernier.

«Ça a pu influencer les gens», admet le commandant du PDQ 39.

Un sentiment partagé par Christine Black, mairesse de Montréal-Nord. «Ce sondage a été réalisé lorsque Montréal-Nord était sous les feux de la rampe. Ça fait 15 ans que je suis à Montréal-Nord et sur le terrain, ce n’est pas ce que j’entends. Les gens sont un peu déçus de voir toujours leur arrondissement dépeint de cette façon-là», reconnaît l’ex-directrice du Centre des jeunes l’Escale.

«Il y a toujours des préjugés et des stéréotypes qui circulent»
Du côté des organismes communautaires, les avis sont unanimes. «Je suis très surpris et vraiment pas en accord avec ces chiffres», clame Slim Hammami, coordonnateur de Café-Jeunesse Multiculturel. Sur le terrain, c’est beaucoup plus calme. On le constate quotidiennement au cours de nos actions avec le SPVM. Beaucoup de travail a été fait depuis plusieurs années. Au contraire, la situation s’est nettement améliorée.»

Une impression confirmée par Yohan Perron, directeur de la Table de quartier Montréal-Nord en santé.

«Je marche beaucoup dans la rue, je parle avec des citoyens et je n’ai pas le même son de cloche. Est-ce qu’il y a des coins sombres à Montréal-Nord ? Oui, mais comme dans d’autres quartiers de Montréal. Vraiment, il y a eu beaucoup d’amélioration au niveau de la sécurité», clame-t-il, se montrant également sceptique quant à l’échantillonnage et les territoires occupés par les sondés, un élément qui n’a pas été communiqué par le SPVM.

Alors que Will Prosper, fondateur de Montréal-Nord Republik, évoque des «craintes injustifiées liées aux commentaires négatifs véhiculés sur Montréal-Nord», Guillaume André, directeur du Centre communautaire multiethnique de Montréal-Nord (CCMMN), regrette «des préjugés et des stéréotypes qui circulent.»

«Ça prend beaucoup de temps pour qu’ils disparaissent, admet-il. Certaines personnes, notamment des personnes âgées, ont toujours peur, sans aucune raison. Elles ne viennent pas sur le terrain.»

Un sondage aux résultats contraires en 2015
Selon le dernier bilan du SPVM, les infractions avaient très légèrement augmenté en 2015 avec une hausse de 1,62 %, toutes catégories confondues, par rapport à l’année précédente. Au total, 1 201 cas de crimes contre personne étaient relevés (+5%).

Des chiffres qu’il faut néanmoins relativiser puisqu’en 2012 par exemple, 5 608 infractions avaient été notifiées, soit près de 25% de plus qu’en 2015.

Ces résultats, en nette baisse depuis les années 2000, coïncidaient avec un sondage Léger commandé par l’arrondissement de Montréal-Nord. Publié à la fin de l’année 2015, celui-ci indiquait que 8 résidents sur 10 se sentaient en sécurité.

Une proportion de 82% des citoyens se disait, au quotidien, «très» ou «assez en sécurité». Cependant, le sentiment de sécurité général dans l’arrondissement était quant à lui évalué à seulement 68%.

Afin d’améliorer cette «image négative de Montréal-Nord», le pdq 39 assure vouloir multiplier les «rencontres citoyennes et les activités de rapprochement pour essayer de rassurer les gens.»

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