Alors que près de 400 personnes avaient marché dans le calme mercredi soir à Montréal-Nord pour réclamer «la justice» et dénoncer les circonstances du décès de Jean-Pierre Bony , touché par une balle de plastique lors d’une intervention policière le 31 mars, des trouble-fêtes sont venus ternir la soirée.

Peu après 21h30, une cinquantaine d’individus se sont rendus devant le poste de quartier 39, sur le boulevard Henri-Bourassa. Des pierres et des pétards ont été lancées avant que les forces de l’ordre ne s’interposent devant les locaux. Les émeutiers ont ensuite traversé la rue et, à l’aide notamment de poubelles sur roulette, ont brisé les vitrines de plusieurs commerces, notamment celles de la Banque de Montréal située à l’intersection de l’avenue Désy.

Ils ont également tenté de mettre le feu au bâtiment avant que le Groupe tactique d’intervention (GTI) n’intervienne 30 minutes plus tard. Des voitures ont par la suite été incendiées sur la rue Arthur-Chevrier, où a eu lieu l’intervention qui a causé la mort de Jean-Pierre Bony.

 

Peu avant minuit, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’avait effectué aucune arrestation. «Ce sont des trouble-fêtes qui ont causé le grabuge et non des manifestants», a tenu à préciser le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière.

Ces débordements ont terni une marche qui, jusque-là, se déroulait sans encombre depuis 20h après la rencontre de près de 400 personnes devant le parc Henri-Bourassa.

Une minute de silence
«Jean-Pierre, on est là pour ta mémoire, pour la justice. On est en crisse», clame Stella, un mégaphone en main avant que la foule ne scande notamment «Justice nulle part, police partout» et ne se rende devant le 6330 rue Arthur-Chevrier, une adresse tristement devenue célèbre, pour une minute de recueillement.

Âgé de 46 ans, Jean-Pierre Bony tentait de s’enfuir par la fenêtre d’un immeuble résidentiel après l’irruption du Groupe tactique d’intervention (GTI) lors d’une d’une opération anti-drogue qui a conduit à l’arrestation de 11 personnes, dont Dany Villanueva. Touché à la tête, l’homme d’origine haïtienne a succombé de ses blessures lundi.

«On ne comprend pas»
Alors que Lilian Madrid Villanueva, la mère de Fredy, abattu par un policier le 9 août 2008, était en tête du cortège, le portrait de son fils entre les mains, de nombreux résidents de Montréal-Nord et représentants d’organismes tenaient à protester contre les circonstances de cette mort, malgré des conditions climatiques difficiles et les chutes de neige.

«On ne comprend pas ce qu’il s’est passé, explique un ami de Jean-Pierre Bony. On cherche à avoir la vérité. Si les enquêteurs peuvent l’apporter, cela aiderait tout le monde à mieux dormir et à ne pas craindre la police à tous les coins de rue».

«L’histoire se répète»
Proche de la famille Villanueva et acteur dans la pièce de théâtre Fredy, Ricardo Lamour jure qu’il est «important de ne pas oublier».

«On a toujours des questions et l’histoire se répète avec la mort de Jean-Pierre Bony, même si le contexte est différent. On dirait que rien n’a été appris du passé».

Une incompréhension soutenue par Nargess Mustapha, porte-parole de Montréal-Nord Republik, l’un des organisateurs de cette marche.

«Les leçons n’ont pas été retenues. Il y a toujours de la brutalité policière. L’arrondissement ne s’attaque pas aux vrais problèmes. Tant qu’il y aura de l’insécurité économique, il y aura de l’insécurité sociale».

«Vérité»
Durant cette soirée, plusieurs personnes ont également inscrit le nom de Fredy sur un mur situé face au parc Henri-Bourassa. Sur ce même édifice, une fresque à l’effigie de la victime est réclamée depuis plusieurs mois par plusieurs organismes et soutiens de la famille. Les mots «vérité» et «justice» ont également été dessinés.

Parmi les manifestants, Kerlande Mibel, candidate pour Projet Montréal à l’élection au poste de maire de Montréal-Nord, et Hasan Parvez Hang, candidat indépendant à ce même scrutin, ont également été aperçus.

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