Dans le cadre du 375e anniversaire de la Ville de Montréal, Métro s’est associé avec l’Université Concordia pour vous faire découvrir des quartiers fascinants par leur passé et leur présent. Ce mois-ci: Montréal-Nord.

Géographie
Montréal-Nord est bordée par la rivière des Prairies au nord et la voie ferrée du Canadien National au sud, par J.-J. Gagnier à l’ouest et le boulevard Albert-Hudon à l’est.

Hier

  • De 1734 à 1737, le chemin du Roy est construit le long de la rivière des Prairies: c’est l’actuel boulevard Gouin. Plusieurs villages se créent sur ce parcours. Le Bas-du-Sault est alors un vrai village canadien-français: rural, agricole, catholique et tricoté serré. On retrouve encore aujourd’hui des maisons de ferme datant de cette époque. La splendide maison Andegrave (5460, boulevard Gouin Est) est toujours debout. Elle a été construite en pierre des champs pour le cultivateur Pierre Andegrave en 1741. Le maître maçon Pierre Hallé a reçu pour sa peine la somme de 60 livres et… quatre bœufs!
  • En 1915, Montréal-Nord devient une ville à part entière. Moins de mille personnes habitent le village et celui-ci conserve son aspect rural. Il est relativement isolé, car le nord de l’île reste difficile d’accès. La presque totalité des voies de communication est en terre battue. En 1946, on se plaint que l’aller-retour au centre-ville peut prendre jusqu’à deux heures. C’est seulement à la fin des années 1950 que sera percé le boulevard Henri-Bourassa.
  • Afin d’aider le développement de la ville de Maisonneuve, située au sud, le gouvernement provincial et la ville de Montréal obligent Montréal-Nord à payer pour l’allongement et l’entretien du boulevard Pie-IX, alors que l’agglomération n’a encore, à l’époque, qu’une seule habitation sur cette artère! La situation financière de la ville se détériore rapidement.
  • En 1921, le gouvernement provincial met Montréal-Nord sous tutelle et en confie la gestion à la Commission métropolitaine de Montréal (CMT). N’étant pas directement redevable aux citoyens, la CMT s’occupe peu des services municipaux dans ce territoire jugé périphérique. L’approvisionnement en eau potable demeure en particulier un problème récurrent, ce qui n’incite guère les gens à déménager dans le secteur. Une pétition signée par 150 citoyens dénonce en 1925 l’«autocratie» de la CMT: «Les membres de ladite Commission se sont fait octroyer par les tsars du régime provincial des pouvoirs exorbitants qui leur permettent de se substituer aux représentants du peuple, de se moquer des désirs des citoyens, de faire administrer la ville par d’ignorants subalternes qui la mènent à la banqueroute.» En 1946, le journal L’Évolution n’évoque pas moins que la mise en esclavage de la ville!
  • Comme si un malheur ne devait jamais arriver seul, la Crise de 1929 touche durement Montréal-Nord, même si le secteur demeure encore rural. En 1934, 984 résidents reçoivent des secours directs, c’est-à-dire près d’une personne sur cinq. En réponse à la misère, les élites municipales suggèrent tout simplement aux chômeurs de partir à la campagne afin de s’établir sur des terres agricoles. Pour ceux qui se refusent à l’exil, il n’y a parfois d’autre choix que de se rendre au dépotoir montréalais, situé au bout de la rue Lille, sur le bord de la rivière des Prairies, pour récupérer des objets ou même des restes de nourriture.
  • La jeunesse désœuvrée de Montréal-Nord soulève des craintes dans certains milieux. En 1934, on vote un couvre-feu. Il est défendu aux enfants âgés de moins de 14 ans de circuler dans les rues et places publiques entre 9 heures du soir et 5 heures du matin, sans être accompagné d’un parent ou tuteur, sous peine d’amende ou d’emprisonnement.
  • En 1958, la ville recouvre enfin son indépendance. Mais c’est pour sombrer cinq ans plus tard dans une situation de quasi-parti unique. Élu maire de Montréal-Nord en 1963, Yves Ryan, le frère de Claude Ryan, conserve ce poste sans interruption jusqu’en novembre 2001, date de la mise en place de la nouvelle ville de Montréal suite de l’adoption par le gouvernement du Québec de la Loi des fusions. En 1998, la mairie et tous les sièges de conseillers sont occupés par le parti dirigé par Ryan. Sous son règne, les mœurs électorales de l’endroit continuent d’être douteuses. En 1970, par exemple, un juge de la Cour municipale de Montréal-Nord déclare: «Moi, je suis écœuré des mœurs électorales à Montréal-Nord […]. C’est un crime contre le peuple.»
  • Ancien candidat défait du Parti conservateur en 1969, Yves Ryan est réfractaire aux investissements. Les impôts de la municipalité sont bas, mais les services sont à l’avenant. En 1990, Ryan fait adopter un règlement selon lequel «il est défendu de flâner sur les trottoirs, sur les rues, ou dans les parcs». La situation de Montréal-Nord se dégrade. La population avait atteint le nombre record de 97 250 résidents en 1976, mais, par la suite, le nombre d’habitants ne cesse de décroître avant de se stabiliser autour de 84 000 en 2011.

Aujourd’hui

  • Si, au début de la colonisation de la Nouvelle-France, la rivière des Prairies a servi de porte d’entrée aux missionnaires et explorateurs vers les Pays d’en Haut, aujourd’hui, Montréal-Nord sert de «porte d’entrée» pour maints immigrants qui s’installent au Québec. En un siècle (1915-2015), le quartier est passé d’un lieu de fermes agricoles tenues par des Canadiens français à un quartier urbain et multiethnique.
  • En 2011, la population immigrante est évaluée à 30 500 personnes et compte pour 38% de la population de l’arrondissement. 61% des citoyens sont soit nés à l’étranger ou ont au moins l’un de leurs parents nés à l’extérieur du Canada. Les pays d’origine des immigrants sont très variés. Toutefois, ceux qui habitent Montréal-Nord proviennent plus particulièrement d’Haïti (32%), d’Italie (14%), d’Algérie (8%) et du Liban (5%). En 2011, le quart de la population parlait une autre langue que le français ou l’anglais à la maison. L’espagnol arrivait en premier, suivi de l’arabe et de l’italien. Près de la moitié (43%) de la population appartient à une minorité visible. Les noirs représentaient 54 % de ceux et celles qui s’identifient à une minorité visible, les Arabes 22% et les Latino-Américains 16%.
  • La communauté haïtienne est relativement récente. En 1960, on comptait 200 Haïtiens au Québec. Fuyant les régimes de François et Jean-Claude Duvalier, ils se retrouvent de plus en plus nombreux dans la province. En 2011, 15 000 Québécois originaires de ce pays habitaient Montréal-Nord, ce qui faisait de cet arrondissement celui avec la plus forte concentration de personnes d’origine haïtienne (21,1%), suivi par Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (17,1%) et Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (16,2%). Christine Black, mairesse de Montréal-Nord, s’identifie beaucoup à cette communauté. «Je ne peux pas devenir haïtienne demain matin, confiait-elle avant son élection comme mairesse, ça c’est évident, mais ça fait 14 ans que je travaille ici, à Montréal-Nord, et que je le fais dans un chalet au milieu d’un parc où tous les jeunes, pour la plupart Haïtiens, se tiennent. J’ai appris le créole. Je suis allée deux fois en Haïti.»
  • Le quartier est perçu comme pauvre. Le revenu médian après impôt des personnes qui occupent un travail à temps plein s’établissait à 31 651$ en 2010. Ce revenu se situe en deçà de celui de l’ensemble des travailleurs de l’agglomération de Montréal qui atteignait 41 585$ pour la même année. Dans certains secteurs, le taux de chômage est le double de la moyenne métropolitaine.
  • C’est dans cette partie de la ville qu’ont émergé les premiers gangs de rue montréalais, au tournant des années 1980. La mort de Fredy Villanueva, un jeune homme d’origine hondurienne tué par un policier dans la nuit du 10 au 11 août 2008, a marqué la mémoire du quartier.
  • Mais le visage du quartier change rapidement. Dans le cadre des Chantiers de Montréal-Nord, mis en branle après les événements de 2008, une Table Paix et Sécurité urbaines est née, réunissant des élus, des citoyens, des représentants d’organismes communautaires, des gestionnaires municipaux et des experts. Parmi les enjeux prioritaires soulevés par cette table de concertation, mentionnons la valorisation du capital social de Montréal-Nord, la promotion des valeurs de paix et de sécurité, le dialogue interculturel, ainsi que l’appui aux efforts visant l’insertion sociale et économique des jeunes en difficulté.
  • En 2015, une vaste enquête concluait que les gens de Montréal-Nord aiment leur quartier. Ils apprécient son ambiance familiale et son côté multiculturel. Ils dénoncent les préjugés qui continuent de lui être associés. Grâce à plusieurs initiatives citoyennes et des politiques municipales mieux adaptées, Montréal-Nord, quartier mal connu de Montréal, est en train de connaître un nouveau départ.

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