Les élus de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles ont voté unanimement pour la mise en place d’une zone de relâchement dans la voie réservée pour bus du boulevard Maurice-Duplessis. Or, la ville de Montréal s’est immiscée dans le dossier en demandant une étude complémentaire à la STM, faisant ainsi bondir la mairesse par intérim de l’arrondissement.

L’instauration d’une zone de relâchement, c’est-à-dire un tronçon de libre circulation et de stationnement, entre les avenues Pierre-Baillargeon et André-Dumas a été votée à l’unanimité par le conseil d’arrondissement à la mi-novembre.

À la suite de ce vote, le cabinet de la mairesse de Montréal et du comité exécutif a pourtant demandé une analyse complémentaire à la STM.

«Il y avait des ententes contractuelles en place» et il «est normal, comme bon gestionnaire des fonds publics, de regarder les impacts juridiques et les impacts sur la mobilité», explique par courriel Geneviève Jutras, attachée de presse du cabinet de la mairesse de Montréal et du comité exécutif.

La Ville-centre souhaite notamment connaître «l’impact qu’aurait un relâchement […]sur la régularité et la ponctualité du service de bus».

La question des compétences de chaque administration

Pourtant, l’arrondissement assure détenir le pouvoir de décision sur les modalités d’une voie réservée pour autobus, dont la création d’une zone de relâchement.

«Je ne comprends pas pourquoi le comité exécutif vient s’immiscer dans une décision qui est une compétence de l’arrondissement», affirme la mairesse intérimaire de RDP-PAT, Suzanne Décarie, qui s’interroge aussi sur «l’intention de l’administration Plante» dans ce dossier.

Dans un courriel envoyé à l’Informateur, la STM confirme que selon sa compréhension des règlements en vigueur, c’est «l’arrondissement qui a l’autorité» pour la création d’une voie réservée pour autobus.

Néanmoins, la zone de relâchement telle que demandée par l’arrondissement n’est pas effective. La STM doit rendre les conclusions de son analyse complémentaire avant le 5 décembre.

«Alors que les citoyens de RDP attendent que l’on mette en place le relâchement voté à l’unanimité par les élus de l’arrondissement, nous devons attendre après la STM pour coordonner les travaux. Pendant ce temps, l’hiver s’installe et rien ne bouge», déplore Mme Décarie.

La Ville assure être dans son droit.

«Comme Maurice-Duplessis est sur le réseau artériel, le marquage et la signalisation sont de compétence de la Ville-centre», fait valoir le cabinet de la mairesse Plante.

Qui dit vrai dans ce dossier ? Tout le monde, répond Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM en gestion municipale, qui indique que cette situation illustre un problème dans «l’harmonisation des compétences».

«Les opérations sont une compétence de la STM, la gestion de la circulation est une compétence de l’arrondissement et les pouvoirs généraux sur la mobilité et la gestion artérielle sont des compétences de la Ville», explique-t-elle.

Donc, en raison de ce partage des pouvoirs où tout le monde a son mot à dire, la Ville, l’arrondissement et la STM sont chacun dans leurs droits.

Selon Mme Pilette, la situation s’envenime en raison « d’un manque d’efforts et de compromis» qui s’explique par des intérêts politiques.

«Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles est en période électorale et chacun fait valoir sa compétence», rappelle ainsi la professeure associée.

La situation autour de la voie de bus sur le boulevard Maurice-Duplessis est un problème qui dure depuis plusieurs semaines à Rivière-des-Prairies.

Le projet de voie réservée pour bus, sans zone de relâchement, avait initialement été adopté à l’unanimité par le conseil d’arrondissement de RDP-PAT, mais avait soulevé une levée de boucliers de la part de résidents qui regrettaient notamment la perte de places de stationnement.

Rapidement soutenus par les élus Giovanni Rapanà et Nathalie Pierre-Antoine, les résidents ont exprimé leur mécontentement et ont finalement obtenu gain de cause lors du vote portant sur  la zone de relâchement.

Giovanni Rapanà, conseiller de ville indépendant qui appuie pourtant la candidate du parti de la mairesse Plante, se dit «très contrarié par cette situation».

«C’est un manque de respect pour les habitants et le conseil d’arrondissement», juge-t-il.

Le candidat d’Ensemble Montréal à l’élection municipale partielle du 16 décembre dans RDP-PAT, Manuel Guedes, estime que les querelles réglementaires doivent être mises de côté et que «les citoyens ont été consultés et doivent être entendus».

Il rappelle également que la zone de relâchement a été votée à l’unanimité, et notamment par la conseillère d’arrondissement de Projet Montréal, Lisa Christensen.

Par courriel, la candidate de Projet Montréal à la mairie d’arrondissement, Caroline Bourgeois, a indiqué qu’une récente séance publique sur la question a permis aux citoyens de faire valoir leurs préoccupations légitimes. Elle estime qu’il est maintenant au tour de la STM de prendre position dans ce dossier.

Le texte a été modifié depuis sa publication afin d’inclure les commentaires de Caroline Bourgeois.

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