Getty Images Vue sur le Complexo do Alemão et sur le téléphérique.

Après le parachèvement des sites de la Coupe du monde de soccer et des Jeux olympiques, le gouvernement de l’ancien président du Brésil Lula da Silva avait décidé de pacifier le Complexo do Alemão, un ensemble de bidonvilles adjacent au Parc olympique de Barra, à Rio de Janeiro, afin d’y faire cesser la violence et d’y favoriser le tourisme grâce à un système de téléphérique. Alors que l’ouverture des JO approche, Métro a survolé le quartier à bord d’une de ses cabines.

En novembre 2010, les regards du monde entier se sont tournés vers la partie nord de Rio de Janeiro. L’armée ainsi que les polices fédérale et municipale y ont mené une importante opération contre les gangs criminels dans les favelas de Vila Cruzeiro et du Complexo do Alemão. Les images de trafiquants s’enfuyant dans les rues ou affrontant les forces de l’ordre ont été vues par tout le monde dès le début de cette entreprise de pacification d’une des zones les plus dangereuses de la ville.

Cinq ans plus tard, nous nous sommes promenés dans le Complexo do Alemão en compagnie du chauffeur de taxi Aurelio Braga pour voir si des progrès y avaient été réalisés. Comme plusieurs de ses collègues, l’homme de 51 ans attendait avec impatience les retombées de la pacification du secteur nord de la Cidade Maravilhosa, la «ville merveilleuse», comme on appelle Rio. En effet, l’arrivée de la police chargée officiellement du maintien de la paix et la construction d’un téléphérique censé relier au reste de l’agglomération de 11 millions de personnes une des plus grandes favelas du Brésil ont laissé entrevoir des changements dans cette zone au climat social tendu.

«Ici, à la station de Baiana, quand je partais de chez moi, il n’était pas rare que j’entende “tim tim tim”, le bruit que faisaient les balles en frappant les murs. Ç’a été la chose la plus difficile que j’ai eue à vivre dans cette maison.

Heureusement, comme j’habitais en hauteur, les balles ne montaient pas jusqu’à moi. La nuit, cependant, c’était insensé… il y avait des tirs pendant 40 minutes, une heure», se remémore M. Braga à bord du téléphérique, dans lequel il a tenu à m’accompagner après un détour par le Parc olympique.

Le téléphérique

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Certains chauffeurs de taxi proposent aux touristes de les conduire jusqu’à cette imposante infrastructure où on peut voir l’ensemble des favelas, qui s’étend sur 3,5 km. Mais le téléphérique, ouvert en juillet 2011, est loin d’être l’attraction touristique qu’on espérait qu’il devienne après quatre années de service.

Bien que des agences offrent le voyage à bord d’une télécabine avec une promenade guidée dans le bidonville, le nombre de passagers ne dépasse pas les 9 000 par jour, loin du record de 19 000 personnes établi le 15 décembre 2012. Sa capacité est de 30 000 passagers, et on prévoyait qu’il serve de moyen de transport à 70% des 85 000 personnes vivant dans les six favelas à proximité.

M. Braga espère que les Jeux olympiques permettront de montrer un autre visage de la ville. «Ce que je souhaite, en tant que chauffeur de taxi, c’est qu’il y ait une organisation et que tout soit sécuritaire, et ce, afin que nous améliorions le tourisme au profit de la population. Les gens ne vivent plus du travail en usine; Rio de Janeiro, aujourd’hui, vit du tourisme. Et les gens disent parfois que le sud est très beau et qu’il doit l’être parce que c’est là que les touristes vont et dépensent leur argent. Pourtant, très peu de touristes passent par ici», déplore-t-il.

 

«Ce que j’espère, c’est qu’ils laissent un héritage en matière de sécurité pour que les gens puissent y travailler et que vous, les touristes, veuillez y revenir. Je crois qu’il n’existe aucune ville dans le monde comme Rio.» – Aurelio Braga, chauffeur de taxi de 51 ans qui vit dans le Complexo do Alemão, un ensemble de bidonvilles pacifié en 2010.

De plus, la circulation chaotique causée par les «améliorations» qu’on tente d’apporter au réseau routier de Rio préoccupe le chauffeur de taxi : «Le problème, c’est que les touristes voient le chaos dans les rues et ne veulent plus revenir. Ça, selon moi, c’est le grand problème qu’a entraîné l’organisation de la Coupe du monde de soccer. Ces travaux routiers provoquent une telle confusion! Il y a des chantiers partout dans les rues à Rio!»

Selon lui, les compétitions sportives ne présentent aucun intérêt, car «elles sont organisées pour les gens qui ont de l’argent ou qui viennent de l’étranger. Les gens qui vivent dans le nord de la ville de Rio n’ont pas de chance. La seule chose qu’ils peuvent faire lors de ces compétitions, c’est vendre ou travailler, comme moi, comme chauffeurs de taxi. Les gens n’ont accès à rien et tout est très cher. C’est ce que je pense.»

Nous sommes arrivés au dernier arrêt de la promenade et, en descendant, nous apercevons les 20 derniers malabars de l’Unité de police pacificatrice encore présents dans le bidonville. M. Braga m’indique les collines environnantes et m’explique que les trafiquants de drogue se sont enfuis par là quand les forces de l’ordre ont pris d’assaut le Complexo, il y a cinq ans. Il est midi et, dans les hauteurs où nous nous trouvons, nous pouvons voir les favelas dans toute leur splendeur. Toutefois, bien que la nuit promette une très belle vue avec les lumières des bâtiments construits au sommet des collines, l’endroit n’est pas encore une attraction touriste incontournable à Rio.

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