Il y a un mois, le journal indépendant russe Novaya Gazeta rapportait une purge anti-gais en Tchétchénie. Plus d’une centaine d’hommes soupçonnés d’être homosexuels ou bisexuels seraient détenus et torturés dans une prison clandestine, comparée à un camp de concentration nazi par des témoins.

«Impossible», soutient le porte-parole du gouvernement tchétchène, Alvi Karimov, assurant non pas que les droits des minorités sexuelles étaient respectés… mais plutôt qu’il n’existe aucun gai tchétchène. Il ajoute que, le cas échéant, les autorités n’auraient pas à «s’en charger», puisque les familles le feraient.

La Tchétchénie étant une république russe située au sud-ouest du vaste pays, la controverse a vite fait des remous jusqu’à Moscou. Une rencontre entre Vladimir Poutine et le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, au Kremlin s’est toutefois soldée par un déni conjoint des allégations.

Selon l’organisation Human Rights Watch, toutefois, trois personnes seraient mortes – deux en détention et une aux mains de sa propre famille après sa libération. L’homophobie en Tchétchénie serait telle que la libération des détenus constituerait une aussi grande menace pour leur sécurité que la détention.

Bien que l’homosexualité ait été décriminalisée en 1993 en Russie, la position réfractaire du pays face aux droits des minorités sexuelles n’a rien d’un secret. Poutine avait comparé en 2014 l’homosexualité à la pédophilie et avait insisté sur l’importance de promouvoir l’hétérosexualité pour stimuler le taux de natalité.

Plus récemment, les autorités russes ont interdit ce qu’elles qualifient de «propagande gaie» auprès de mineurs, interdisant ainsi aux membres de la communauté LGBTQ+ de démontrer publiquement leur orientation. Le laxisme du Kremlin face aux allégations visant la république tchétchène ne surprend donc pas.

À mesure, cependant, que les témoignages anonymes se multiplient et que les projecteurs internationaux se tournent vers la mère patrie, l’embarras y croît. En plus de mettre en lumière le traitement criminel que le pays réserve aux minorités sexuelles, cette controverse ravive les tensions entre la république tchétchène et la fédération russe. Au terme de deux guerres indépendantistes dans les années 1990 et 2000, une paix fragile s’est établie entre Grozny – la capitale tchétchène – et Moscou. L’accalmie repose essentiellement sur une entente tacite entre les deux parties: la Tchétchénie continue de prêter allégeance au drapeau russe et, en retour, le Kremlin ne s’immisce pas dans les affaires tchétchènes, même quand celles-ci contreviennent aux lois russes.

Les pressions internationales pour une intervention du Kremlin à Grozny menacent à présent la paix chancelante entre Russes et Tchétchènes. En attendant, nombre d’ONG somment les pays qui reconnaissent les droits des homosexuels à offrir refuge aux hommes tchétchènes persécutés. De confession musulmane sunnite, ces derniers se voient cependant doublement discriminés.

Les Canadiens qui le désirent peuvent communiquer avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada pour inciter le gouvernement à accueillir des réfugiés tchétchènes. Les internautes du monde entier peuvent également participer à un mouvement de contestation consistant à «taguer» (identifier) le président tchétchène – avide instagrameur sous le pseudonyme de kadyrov_95 – sur des photos et de vidéos défendant l’homosexualité et promouvant les droits des minorités sexuelles.

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