Station Beaubien, direction Côte-Vertu. Il est 15 h. C’est un samedi de pluie. Un temps pour aller au cinéma. C’est ce que fait une mère accompagnée de ses deux petits. Un garçon d’environ six ans et une Minifée qui doit en avoir à peine quatre.

Nicolas et ses taches de rousseur ont choisi le film. Alors qu’Anne-Sophie, ou AneSofi (les parents sont parfois si créatifs) suit son grand frère et sa mère avec tout l’enthousiasme du monde. Le trio se rend donc à la rencontre de la version française de Kung Fu Panda 2.

Je le sais parce que je les écoute discrètement. Je comprends que la petite famille n’habite pas Montréal et que c’est la première fois que Anesophïe prend le métro. Elle est totalement émerveillée.Tout est une fête : les escalateurs, les petites portes automatiques qui s’ouvrent mystérieusement après avoir recraché le billet de carton qu’elle tient très serré dans sa petite main.

Nous sommes sur le quai. Elle compte les pastilles jaune-orange incrustées dans le plancher comme s’il s’agissait de cailloux abandonnés par un Poucet. Puis elle hurle de joie à l’arrivée du métro, de l’autre côté. Sa mère lui explique que nous sommes sous terre et que le métro va très, très vite. «Pas aussi vite qu’une Formule 1 quand même!» nuance Nicolas.

Annesöfi est si heureuse. Encore une découverte qui rend le monde aussi stimulant qu’un manège. La mère sourit, attendrie devant sa puce joyeuse. Jusqu’à ce que ladite puce change soudainement d’air : «J’ai envie!»

«Je t’avais dit d’aller faire pipi avant de partir ma chérie», dit tendrement mais non moins fermement la maman un tantinet découragée. Nicolas se met de la partie. «Elle a toujours envie! C’est fatigant. Pis j’te gage que c’est même pas si vrai que ça!»

La fillette éclate en sanglots. Le trop-plein d’émotion? Le mépris de son frère? Ou bien elle réalise que l’extraordinaire est une chose fragile qu’une dose de réel a vite fait de chasser. Heureusement, un serpent électrique bleu et géant arrive.

Il fait immédiatement oublier à Anne-Sophie qu’elle a envie. Comme quoi, c’est parfois le fantastique qui l’emporte.

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