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Dans les derniers jours, le mouvement de dénonciations d’inconduites sexuelles #MoiAussi a pris d’assaut les réseaux sociaux et a engendré des milliers d’accusations directes ou indirectes. La vague d’allégations qui plane sur le Québec amène son lot d’articles et, par conséquent, son lot de commentaires déplorables.

Le phénomène a délié tellement de langues que plusieurs internautes se questionnent sur la véracité des propos des femmes et des hommes qui dénoncent leurs agresseurs. On les accuse, entre autres, de mentir, de monter un scénario par «jalousie».

En voici un échantillon:

Et en mai 2017, la chroniqueuse Sophie Durocher publiait un texte intitulé Encore une fausse accusation de viol. Texte portant sur un étudiant de l’Université Laval, Mohamed Mehdi Ghanmi, accusé à tort d’agression sexuelle. Le mot à retenir, ici, c’est «encore». Comme si ça courait les rues. Comme si c’était un fléau. J’ai inclus quelques réponses à son billet dans le montage plus haut.

Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas, en effet, de fausses accusations. Ça existe. Mais, c’est un infime pourcentage.

Alors, la majeure partie des femmes (parce que oui, ce sont surtout les femmes qu’on accuse de mentir) mentent-elles pour nuire à leur présumé agresseur?

La vérité, c’est que c’est un sujet complexe à décortiquer et à analyser. Les statistiques sont là, mais, comme le notent les auteures du texte How Often do Women Falsely Cry Rapetout est une question d’interprétation. D’un territoire à l’autre, les lois, les politiques, les corps policiers, les préjugés et les processus de plaintes changent. Même la définition de ce qu’est une agression sexuelle change. Et ça vient brouiller les chiffres disponibles.

Le Code criminel canadien établit, par exemple, trois niveaux d’agressions sexuelles:

  • Niveau 1, agression sexuelle simple: qui ne cause pas, ou presque, de blessures corporelles à la victime
  • Niveau 2, agression sexuelle armée, menaces à une tierce personne ou infliction de lésions corporelles: dans le cas d’une de ces situations:
    • porter, utiliser ou menacer d’utiliser une arme ou une imitation d’arme;
    • menacer d’infliger des lésions corporelles à une autre personne que le plaignant ou la plaignante;
    • causer des lésions corporelles au plaignant ou à la plaignante;
    • participer à l’infraction avec une autre personne.
  • Niveau 3, agression sexuelle grave: qui blesse, défigure, mutile ou met en danger la vie de la victime

Aux États-Unis, la définition d’agression sexuelle du Département de la Justice comprend le viol, les attouchements et les tentatives de viol. Toutefois, cette définition change non seulement d’un État à l’autre, mais d’un emplacement à l’autre (par exemple, les campus universitaires ont souvent leur propre définition).

On peut s’entendre sur un point: les études sérieuses constatent que le nombre de fausses accusations se situe entre 2% et 10%. Dans plusieurs documents officiels, comme cette page web du gouvernement ontarien, on reste prudent: on parle de chiffres «très bas», mais pas vraiment de statistiques précises.

Dans tous les cas, on est plus que loin de la majorité, même du quart des accusations.

Notez aussi que selon une enquête du Globe and Mail18% des plaintes sont rejetées par le Service de police de la Ville de Montréal.

*Une version ultérieure de ce texte mentionnait que «seulement 5% des agressions sexuelles étaient signalées à la police». C’est une statistique largement diffusée par le gouvernement, les médias et des organismes. Il s’avère que selon Statistiques Canada, ce chiffre est jugé «trop peu fiable pour être publié».

Le cas de Jemma Beale
Si les chiffres sont si bas, pourquoi avons-nous une vision disproportionnée des cas de fausses accusations d’agressions sexuelles? Probablement parce que les médias parlent beaucoup plus de ces femmes qui mentent par manque d’attention ou par désir de revanche que de celles qui dénoncent, quotidiennement, les crimes commis contre elles.

Prenons l’exemple de Jemma Beale. En trois ans, l’Anglaise de 25 ans a accusé 15 hommes différents de viol ou d’agression sexuelle. À cause d’elle, un homme a passé deux ans en prison pour un crime qu’il n’a pas commis.

Ça fait peur, c’est compréhensible. Mais est-ce représentatif des cas de dénonciations? Non.

Finalement, Beale a écopé de 10 ans de prison.

Le mythe des menteuses en série
«Ça fait plus de 35 ans que les CALACS [centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel] existent et ça fait autant d’années qu’on déconstruit ces mêmes mythes et préjugés», m’a exposé Stéphanie Tremblay, porte-parole du Regroupement québécois des CALACS.

Celle qui a longtemps travaillé sur les premières lignes d’un centre d’aide insiste sur le fait qu’il est totalement faux d’affirmer que beaucoup de femmes déclarent faussement d’avoir été agressées sexuellement. Mais les préjugés persistent.

«C’est parce qu’on est devant un fait qui remet la responsabilité [du crime] sur les victimes et qui enlève la culpabilité aux agresseurs. Personne ne veut savoir qu’il y a des agresseurs dans leur entourage. C’est confrontant de savoir qu’une femme sur trois a été victime d’agression sexuelle dans sa vie», déplore-t-elle.

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