L’itinérance dérange. La réaction qu’elle suscite va souvent du mépris à l’indifférence. Mais pour la majorité d’entre nous, voir des gens complètement démunis heurte notre sens de la justice.

Derrière la grande catégorie de l’itinérance, il y a une multitude de réalités. Certains itinérants sont des vagabonds ou des squatteurs qui ont choisi ce mode de vie. Parfois, je me dis que l’itinérance nous trouble précisément parce qu’elle n’entre pas dans le moule social auquel on se conforme tous.

Évidemment, les organismes qui «luttent» contre l’itinérance ne cherchent pas à gommer une réalité qui dérange. Ils œuvrent pour soulager la souffrance des personnes itinérantes et pour leur apporter le soutien dont elles ont besoin. La Politique nationale de lutte à l’itinérance, présentée il y a un an par le précédent gouvernement, avait réjoui bien des organismes communautaires. Elle avait été formulée avec leur participation.

Jeudi dernier, c’est le manque flagrant de nuance dans l’entente que Québec a signée avec Ottawa qui a fait bondir ces mêmes organismes. Le gouvernement fédéral a attaché une condition à l’enveloppe annuelle de 18 M$ : les deux tiers de l’argent doivent désormais aller au logement. Le gouvernement québécois a accepté cette condition. La Politique nationale devra être rangée sur une tablette.

On pourrait croire que ce dont un itinérant a le plus besoin, c’est d’un logement abordable. Mais ce n’est vrai que dans une minorité de cas. La plupart du temps, les personnes ont besoin de services : d’accompagnement, de psychiatrie, de travail de rue. Elles ont besoin d’une aide humaine ou sociale plus que d’une aide matérielle. Il y a même des organismes qui contrent l’exclusion en prenant le problème dans l’autre sens : au lieu d’adapter les itinérants à la société, c’est leur milieu de vie qu’on incite à s’adapter à leur réalité.

En imposant ses conditions, Ottawa retire aux groupes communautaires leur capacité à déterminer les besoins sur leur territoire et à fournir les services en conséquence. Pour s’attaquer à une problématique aussi complexe que l’itinérance, il est illogique d’imposer une solution mur à mur.

Demain, il se peut qu’on vous arrête dans la rue en vous demandant :«Bonjour, êtes-vous en situation d’itinérance?» Ne le prenez pas mal. C’est l’exercice de dénombrement des personnes en situation d’itinérance à Montréal. Quand l’appel a été lancé pour recruter des bénévoles afin de mener l’exercice, la réponse du public a été tellement enthousiaste que les organisateurs ont dû cesser de prendre des candidatures.

Il y a des gens qui ont peur des itinérants. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui savent que, derrière les apparences inconvenantes, il y a des personnes comme eux, qui vivent tout simplement une épreuve. J’écris «tout simplement», mais il n’y a rien de simple là-dedans. Ce que le gouvernement fédéral n’a apparemment pas compris.

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