Josie Desmarais/Métro

Quand des fous d’Allah s’attaquent à la liberté d’expression, tout le monde est Charlie. Mais quand d’honnêtes citoyens se font prendre en souricière, se font envoyer une balle de caoutchouc sur la gueule, se font poivrer ou reçoivent trois ou quatre taloches pour avoir exercé leur droit le plus strict, soudainement, tout le monde se demande: «Mais qu’est-ce qu’ils faisaient dans une manifestation, aussi?»

Vendredi soir dernier, alors qu’une bonne partie de la population était engourdie occupée à écouter l’affrontement Montréal-Tampa, le journaliste de Radio-Canada Pascal Robidas diffusait sur Twitter les images troublantes d’une famille avec de très jeunes enfants incommodée par les gaz de dispersion envoyés par le SPVM. Bien sûr, nous n’avions pas eu accès à toute la scène, mais il n’en fallait pas plus pour qu’un important contingent de gazouilleurs répondent au journaliste qu’il était irresponsable d’emmener des enfants dans une manifestation.

J’ai été étonnée de constater que pour un bon nombre de personnes, une manifestation est considérée non pas comme une façon citoyenne de témoigner son mécontentement, mais comme une action forcément anarchique, violente, voire illicite. Certains allaient jusqu’à dire qu’à voir les gens se faire violenter dans les manifestations, il était évident que prendre part à un tel événement, c’était s’exposer au risque d’être poivré, tabassé ou arrêté. Ces gens-là démontraient non seulement leur ignorance quant au droit fondamental de manifester, mais aussi les effets prégnants de la répression policière sur l’ensemble de la population, y compris sur ceux qui ne manifestent pas.

Autrement dit, la violence policière a réussi à en convaincre un paquet que manifester pacifiquement n’était pas tant légitime que dangereux. Résultat : pendant qu’on se demande s’il est acceptable qu’un policier frappe trois coups au visage d’un individu résistant à son arrestation, on consent jour après jour à ce que notre droit d’exprimer notre dissidence soit ainsi réprimé. La population dans son ensemble est incitée à rester chez elle pour écouter le hockey, parce que la rue, c’est dangereux. Même se retrouver sur Sainte-Catherine par hasard un soir de manifestation devient une hérésie. C’est notre propre accès à l’espace public qu’on rogne par la peur et le consentement, au profit de l’État incarné ici par un corps policier visiblement aux prises avec un problème d’impunité.

Mais bien sûr, nous sommes tous Charlie.

La liberté d’expression s’incarne dans plein de petites choses. Dans le droit de caricaturer une religion, dans le fait d’exprimer dans cette chronique des opinions qui n’ont à plaire à personne, dans le pouvoir de porter fièrement un t-shirt «Je suis 3143» en appui à un policier qui a abusé de son arme de contrôle des foules, blessant une étudiante au visage. La liberté d’expression, c’est aussi le droit de manifester librement, sans entraves.

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