Chloé Freslon Erandy Vergara-Vargas, directrice artistique et programmation, et Martine Frossard, coordinatrice aux communications, dans les locaux du Studio XX.

Vous n’avez jamais entendu parler de ce festival. Pourtant, il existe depuis 1997. Organisé par le Studio XX, un centre d’artistes féministes fondé en 1996, l’événement d’arts numériques HTMlles est impossible à résumer en quelques mots. Le sujet est complexe, quoique inhérent à notre époque ultra connectée.

Les conditions de confidentialité sur le web nous échappent. Des femmes veulent se les réapproprier en dénonçant ce manque de vie privée. Nous voulons, nous devons, reprendre le contrôle et ouvrir les yeux.

Rencontre avec Martine Frossard, coordinatrice aux communications, et Erandy Vergara-Vargas, directrice artistique et programmation, deux des organisatrices qui parlent d’art, de sexualité, de féminisme et de techno.

Que représente l’affiche du festival?
Martine Frossard:
Il s’agit vraiment de toutes les conditions de confidentialité des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple.). La modèle choisie est Mallory Knodel, une activiste spécialisée en cybersécurité. On ne voulait pas que ce soit n’importe qui, nous voulions une «vraie personne».HTMelles

Pourquoi un festival féministe?
M F:
Il existe beaucoup de festivals d’arts numériques à Montréal qui laissent une place énorme aux hommes. L’idée est de donner plus de place aux projets des femmes, à leur vision féministe, à l’évolution de leur féminisme. Chaque année est différente, les possibilités sont illimitées dans les thèmes à aborder. Les artistes viennent de partout dans le monde.

Il existe des festivals féministes qui n’acceptent pas les hommes. Est-ce le cas de HTMlles?
E V-V:
Non. Il s’agit d’un festival féministe pour les femmes, mais où chacun est le bienvenu, quelque soit son genre. C’est juste que naturellement, plus de femmes répondent à nos appels de projets. Pour nous, le féminisme se situe bien au-delà du clivage femme/homme. On est heureuses de recevoir des projets de minorités et des communautés queer et trans. Environ 5 à 10% des projets reçus venaient de la communauté queer. Certains de ces projets n’étaient même pas sur l’identité sexuelle, mais sur LEUR identité.

Quel est le thème de cette année?
E V-V:
 Nous sommes tout le temps en train d’accepter les conditions de confidentialité dictée par les GAFA lorsqu’on s’enregistre sur un site, lorsqu’on achète un nouvel ordinateur, etc. On se rend compte que les artistes qui utilisent beaucoup la technologie pour s’exprimer renversent souvent cette logique en passant par du hacking, par exemple. Plus concrètement, il existe ce collectif d’artistes brésiliens qui expliquent comment envoyer des images de soi nu de façon sécuritaire sur internet, afin de contrer les «revenge boyfriend» photos. Il ne s’agit pas de dire «ne le fais pas», mais «si tu choisis de le faire, alors fais-le de façon sécuritaire». L’intimité des femmes est plus vulnérable que celle des hommes. On ne critique jamais les habits d’un politicien homme, mais on remarquera ceux d’une femme.

M F: Une autre artiste, Monica Rekas utilise Charturbate.com (une sorte de Chat Roulette). Elle réfléchit comment elle expose et utilise son corps sur cette plateforme. C’est une réflexion plus large sur comment garder le contrôle de son image pour une femme lorsqu’on choisit de la partager au monde entier. Prendre le pouvoir sur les GAFA en se montrant et en dénonçant. Un atelier de Joana Moll, Déconstruction d’Internet analyse ce qui se passe lorsqu’on envoie un message, le trajet que ça suit, l’émission de CO2, etc. Il s’agit presque d’une analyse scientifique du partage de nos informations.

Quelle est votre vision du féminisme?
M F:
Trop souvent le féminisme est vu comme quelque chose de fermé excluant les hommes. Nous voulons faire passer l’idée d’inclusivité. On encourage le message actuel où des hommes se proclament féministes. Le féminisme n’est pas réservé à un genre, c’est un état d’esprit.

E V-V: Le féministe des dernières années cherche des solutions aux problèmes de société. Il n’est pas fermé aux différents genres. Nous croyons auX féminismeS, au pluriel.

«Le mot féministe est une aberration. Il sonne comme raciste, qui définit quelqu’un qui n’est pas dans la « norme ». Être féministe, ce n’est pas être hors de la norme. C’est une question d’acception. Il devrait exister un mot pour ceux qui ne le sont pas.» –Martine Frossard

Êtes-vous parfois vu comme pas assez féministe?
M F:
Oui, on se le fait dire des deux bords. «Pas assez féministe». «Trop féministe». Nous sommes dans un mode d’ouverture plutôt que dans la surprécision et les étiquettes.

E V-V: On ne demande pas aux artistes de nous montrer leur carte de féministe (rires)!

***

Les coups de cœur du festival

M F: La cérémonie d’ouverture du 3 novembre est ouverte à tous. C’est la seule activité payante (5$) du festival avec un accès à toute la bâtisse: vernissage de l’exposition de 10 artistes, diffusion de vidéos, deux performances et un DJ électro-industriel. L’argent sert à soutenir le festival.

E V-V: La performance live Theory Monster: I Post, Therefore I Am par l’Américain Andrea Liu. Son travail est une réflexion profonde sur comment on pense la relation entre le spectateur et l’artiste. Il fait beaucoup de projets liés à l’intimité de l’artiste et à l’intimité du spectateur. Également, la Cryptodance organisée par FEMHACK – un groupe de femmes montréalaises hackeuses – où on va expliquer comment la crypto fonctionne, avec une partie «hands-on» où tu peux apporter ton ordinateur.

Festival HTMlles
Du 3 au 6 novembre
Se déroule sur différents sites à Montréal
Toutes les activités sont gratuites

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