Évelyne Drouin au Festival Eurêka 2017

Avant que je vous raconte comment Évelyne Drouin répare les failles du système scolaire pour les enfants atteints de troubles de comportement, je dois vous expliquer son parcours. Évelyne a la trentaine et une carrière artistique bien entamée lorsqu’elle découvre un jour qu’elle est atteinte de TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité). Tout d’un coup, tout s’explique: son expérience catastrophique à l’école, le fait qu’elle ne pouvait pas rester en place, son incompréhension par rapport au manque de contexte constant dans l’enseignement. Personne ne l’avait diagnostiquée. Nous étions dans les années 1990 et la connaissance des troubles comportementaux n’était pas celle de 2017.

Heureusement, la mère d’Évelyne est directrice d’école et passionnée de culture. Elle met sa fille en contact avec les arts tôt: «À 4 ans, j’allais voir des concerts de harpes et on visitait des musées à chaque semaine», explique la jeune femme.

À l’école, elle est tout le temps dans la lune. Ce n’est pas qu’elle n’est pas performante, c’est juste que ça ne va pas assez vite à son goût. Dans le système scolaire traditionnel, l’enseignant envoie l’information aux élèves, sans vraiment de contexte. Les classes sont séparées et la continuité manque à ceux qui ont des troubles du comportement. «Tout ça ne faisait aucun sens dans ma tête. J’avais un trouble d’apprentissage alors que je ne considère pas que j’ai du mal à apprendre», raconte Évelyne. Tout ce qu’elle connait, elle l’a appris en autodidact, en s’entrainant. Que ce soit la confection de bijoux, sa carrière de DJ ou sa maitrise de la technologie, qui sont venues plus tard. «Je ne suis pas une personne qui apprend par la théorie. Je ne serais sans doute pas capable d’aller à l’université parce que le format ne me conviendrait pas.» La jeune femme finit par lâcher l’école parce qu’elle ne se sentait pas stimulée. Rétrospectivement, elle aurait voulu aller dans une filière technologique, mais il a fallu qu’elle attende l’âge de 21 ans pour être mise en contact avec des ordinateurs.

À 18 ans, Evelyne tombe à son compte et découvre l’entreprenariat. Elle part une entreprise de confection de bijoux. Elle fait déjà de la recherche et développement (R&D) en utilisant des poignées de portes pour confectionner des billes. Elle a toujours été dans l’expérimentation. La jeune femme travaille en même temps dans un bar où elle s’essaie au DJing. Elle aime ça et elle est bonne. Très bonne même. C’est à cette époque qu’elle devient DJ Mini et qu’elle se lance dans l’évènementiel. Éventuellement, elle gagne suffisamment bien sa vie pour acheter du matériel dont un ordinateur. Elle se produit chaque fin de semaine devant des milliers de personnes. «J’avais développé une entreprise avec de la vente de t-shirts, des projets spéciaux, de la programmation d’artistes internationaux, j’enregistrais des compositions personnelles en studio», raconte Évelyne. Des amis commencent à l’initier à l’art sonore en détournant de leur utilisation des objets: «on créait des sources sonores avec des objets qui n’étaient pas des instruments.» Ces expérimentations technologiques sont rapidement devenus centraux dans sa pratique.

Les années passent et Évelyne commence à repenser à sa jeunesse sur les bancs d’école et à quel point l’éducation avait été un échec pour elle. Elle ne doit pas être la seule dans cette situation, elle peut repenser l’expérience de la classe et la faire à sa manière: faire des grappes de bureaux, des salles en U, pas d’écran, pas de présentation, juste des mains, de l’imagination et soi-même. «On peut donner un cours de géographie en élaborant une fresque interactive. Si le continent Afrique s’affiche en clignotant, l’enfant va s’en souvenir.», explique-t-elle. Pour la jeune femme, les méthodes d’enseignement qui combinent plusieurs matières sont la clé pour intéresser les enfants aux troubles de comportement. C’est comme ça que l’entreprise GenieMob est née. Ça fait un an et demi. Elle se déplace dans les écoles, les centres culturels, les centre communautaires et les centres jeunesse.

«Les jeunes qui ont un trouble du comportement, ils l’ignorent. Il faut les aider à se faire diagnostiquer et à comprendre pourquoi ils se sentent comme ça sinon ça peut les endommager à vie.» Évelyne Drouin

Ces méthodes aident les enfants aux troubles d’apprentissage car ça leur permet un focus tactile. Le fait d’avoir quelque chose dans leurs mains, les laisse se concentrer. Évelyne Drouin raconte comment ça se passe: «Ils font ça l’un à côté de l’autre ou parfois même ensemble, ils se regardent, ils interagissent. Ils développent un esprit de collaboration. Ce sont souvent des jeunes solitaires, et là ils font partie d’un groupe. Certains sont très réservés, parfois autistes, avec cette activité ils reprennent contrôle de leur environnement. Ils saisissent deux composants, les connectent et créent un troisième élément. Le sentiment de contrôle est phénoménal! Ils apprennent à se débrouiller, à observer leur environnement pour trouver des solutions, ils appréhendent la vie d’un autre angle.»

«On voit plein de jeunes qui s’approprient le langage technique et la façon de réfléchir propre à l’informatique. Ils reviennent nous challenger avec leurs idées. Ils comprennent tellement vite!» – Évelyne Drouin

Avoir un impact social, aider des jeunes qui en ont besoin, voilà ce qui motive DJ Mini, mais également pour l’apport créatif: «Je suis très stimulée artistiquement. C’est rassurant de faire partie d’une équipe et que ça ne tourne pas seulement autour de moi. Ça me fait du bien de me rapprocher des gens après avoir été en solo si longtemps, lorsque je jouais sur scène devant plusieurs milliers de personnes.»

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