En matière d’uniformisation de tailles des vêtements, le Canada reste à la traîne, estime Christine Harding, directrice technique chez Vestechpro. Une vaste campagne de mensuration nord-américaine pourrait cependant remédier à la situation.

On pourrait dire que les rayons de prêt-à-porter sont sens dessus dessous. Il est de plus en plus difficile de trouver l’ajustement parfait, et le fouillis dans les tailles des vêtements ajoute à la confusion. Comment savoir quelle taille porter quand le
Petit de l’un équivaut parfois au Moyen de l’autre?

Ces disparités pourraient être atténuées si tous les fabricants concevaient leurs patrons à partir de la même charte des tailles. C’est ce que martèle d’ailleurs depuis quasiment cinq ans Vestechpro, le Centre de recherche et d’innovation en habillement du Cégep Marie-Victorin, qui organisait la semaine dernière une nouvelle conférence sur le sujet.

Objectif avoué: rallier le plus d’entreprises possible à la campagne de mensuration nord-américaine Size North America, qui vient de commencer aux États-Unis et qui permettra à terme d’accumuler assez de données pour créer de nouvelles chartes des tailles fidèles aux mensurations des Américains d’aujourd’hui en fonction de leur âge et de leur origine ethnique, entre autres, des paramètres que les chartes actuelles n’ont pas nécessairement évalués.

Pendant la prochaine année, les caravanes de Human Solutions of North America, qui organise la collecte des données, sillonneront les routes chez nos voisins du sud munies de scanners corporels, a exposé Adam Smythe, responsable des comptes-clés pour l’entreprise allemande aux États-Unis. Pour obtenir un échantillon représentatif de l’ensemble de l’Amérique du Nord, il faudrait recueillir les mensurations de 19000 personnes (12750 aux États-Unis et 6250 au Canada), des femmes, des hommes et aussi des enfants – une première.

Quand la campagne débutera-t-elle au Canada? L’argent est le nerf de la guerre. Les responsables doivent amasser au total 820000$US pour le volet canadien de la campagne, et 65% de cette somme est requise pour démarrer la machine de ce côté-ci de la frontière, d’un océan à l’autre. «Il faut encore qu’au moins 20 entreprises embarquent dans le projet pour le lancer ici», a résumé Christine Harding en entrevue. La directrice a parlé à Métro d’un manque à gagner de 600000$.

Déjà, plusieurs entreprises canadiennes ont néanmoins confirmé leur participation, dont La vie en rose. Du côté américain, Target, Hanes et… BMW, notamment, financent l’étude.

C’est que les chartes des tailles n’intéressent pas que l’industrie du vêtement, rappelle Christine Harding. Des entreprises de jouets à l’industrie automobile, en passant par l’aviation civile, l’architecture et le paramédical, beaucoup de secteurs pourraient tirer profit d’une mise à jour de telles données, que ce soit pour connaître la taille idéale d’une maisonnette pour enfants, la largeur requise pour les civières ou encore celle des sièges d’avion, illustre-t-elle.

Pourquoi, d’ailleurs, faut-il les actualiser? Comme l’a illustré durant la conférence Lynn Boorady, présidente du département mode et technologie textile au New York College de Buffalo, il faut savoir que les designers et les manufacturiers travaillent encore trop souvent à partir des mensurations d’Américains blancs datant du milieu du siècle dernier. Parfois, ils les ont mises à jour eux-mêmes en recueillant quelques mesures auprès de leurs clients, mais encore là, ces données ne sont pas nécessairement fidèles à la réalité. C’est aussi ce qui explique que les tailles varient tant d’une marque à une autre.

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