Denis Beaumont

Alors qu’ANEB (Anorexie et boulimie Québec) vient de lancer sa campagne 25e anniversaire, Métro a appris que l’organisme était également en mission auprès des agences de mannequinat. Objectif : former et outiller ceux qui y travaillent afin de livrer bataille aux troubles alimentaires. Et la guerre n’est pas gagnée, souligne Justine Thouin, responsable de la formation aux professionnels.

«On ne nous accueille pas les portes grandes ouvertes», déplore la nutritionniste. Pourtant, pour que la campagne «La mode est partout, l’anorexie aussi» ne soit pas un coup d’épée dans l’eau, il faut intervenir à tous les niveaux. En première ligne : les agences de mannequins, qui voient défiler quotidiennement des jeunes femmes, voire de très jeunes filles, potentiellement à risque.

Même méconnu au sein de la population, le programme de formation d’ANEB n’est pas un secret d’État : la Chic (Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée) a mandaté, il y a déjà quelques mois, l’organisme dans le but de mieux outiller les intervenants du milieu. Ledit milieu reste cependant relativement imperméable aux recommandations des spécialistes. Décision d’affaires.

C’est que les mannequins filiformes (pour ne pas dire maladives) ont la cote dans les grandes capitales de mode. «À l’international, il ne faut pas avoir un tour de hanches dépassant les 34 pouces et demi pour travailler sur les passerelles», souligne la présidente de l’agence SPECS, Marie Josée Trempe. Elle représente l’une des agences de mannequinat à avoir reçu de bonne foi la formation jusqu’à présent.

«Depuis que je représente des mannequins, c’est-à-dire depuis les années 1990, j’ai toujours mis beaucoup d’emphase sur la santé globale des filles, rappelle-t-elle. Même si ce n’est pas unique à notre industrie, je pense que quand on travaille avec des femmes, et particulièrement avec des jeunes, on a une certaine responsabilité.»

Selon des témoignages recueillis par Métro, lors des castings, des agences inviteraient les jeunes filles n’ayant pas le gabarit souhaité à perdre du poids – 10, 15, 20 livres, voire davantage – si elles souhaitent vraiment percer dans le métier. «Une personne plus vulnérable qui est refusée sur cette base peut rapidement développer des troubles alimentaires», illustre Justine Thouin.

À Montréal, la situation s’améliorerait. Peut-être grâce à des initiatives comme la Chic ou comme la politique de non-retouche de la chaîne de prêt-à-porter Jacob, suppose Mme Trempe. «Je reçois de plus en plus d’appels de clients montréalais qui me demandent spécifiquement de ne pas leur envoyer de filles maigres», assure-t-elle.

«Dans l’ensemble ce n’est pas encore gagné, mais des efforts sont faits de la part de plusieurs intervenants des industries de la mode et du spectacle», concède pour sa part Sylvie Beaulac, directrice de l’agence Scoop.

En attendant que la diversité corporelle devienne vraiment au goût du jour, Marie Josée Trempe avance quelques pistes de solution pour limiter – les éliminer relèverait de l’utopie – les troubles alimentaires au sein de la profession. «D’abord, il faut que les agences renoncent aux ados et recommencent à engager des filles plus vieilles, comme c’était le cas dans les années 1980. À 14 ans, impossible de deviner comment une fille se développera. Ensuite, il ne faut pas perdre de vue le profil recherché : les filiformes, les échalotes.

Il faut cibler les filles qui sont naturellement minces. Les téléréalités comme America’s Next Top Model donnent l’impression que tout le monde peut devenir mannequin, mais ce n’est pas le cas. Offrir un contrat conditionnel à une perte de poids, c’est chercher les problèmes.»

Campagne publicitaire
«Le concept audacieux choisi par ANEB présente une femme dans une tunique aux formes floues, avec le slogan La mode est partout, explique Steve Blanchet, le concepteur, directeur artistique chez Cossette. Dès la tombée de la nuit, grâce à une prouesse technique d’éclairage et d’impression, l’image dévoile une silhouette d’une maigreur extrême et on peut lire la suite du message : l’anorexie aussi.»

La formation en bref
La formation offerte par ANEB peut être personnalisée d’une agence à l’autre, mais en voici les grandes lignes, résumées par la formatrice de l’organisme, Justine Thouin.

  • Durée. Deux heures, circonscrites dans un guide de 50 pages.
  • Contenu. Une partie théorique expliquant les problèmes alimentaires comme l’anorexie et la boulimie et détaillant les signes et symptômes. On enseigne aussi comment devenir un soutien. Objectif à long terme : faire des participants des agents de changement dans l’industrie.
  • Coût. Gratuit pour les employés des agences de mannequinat.

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