Laurence Houde-Roy/Métro Le quai où sont livrés les échantillons au CUSM.

Depuis son déEXCLUSIF logoménagement il y a un peu plus d’un an, le CUSM reçoit et entrepose dans un garage les échantillons de sang et d’urine qu’il doit analyser. La situation inquiète les technologistes, qui craignent que cela fausse leurs analyses.

Métro est allé observer l’endroit où on fait la réception des échantillons d’urine, de sang et de liquide céphalorachidien au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) avec Francis Collin, directeur de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). L’association représente les centaines de technologistes médicaux au CUSM qui analysent ces échantillons avant de transmettre les résultats aux médecins.

M. Collin explique qu’anciennement, à l’Hôpital Royal-Victoria, l’endroit où on recevait les échantillons et l’espace où ils étaient analysés étaient plutôt rapprochés l’un de l’autre. Mais depuis le déménagement, la réception des échantillons se fait sur le quai de livraison, un espace semblable à un garage, alors que les laboratoires d’analyse sont au quatrième étage.

Avec le projet Optilab, en développement depuis 2008, le CUSM reçoit maintenant les échantillons d’autres hôpitaux pour en faire l’analyse, dont certains d’Abitibi-Témiscamingue, du Grand Nord et d’un CLSC du centre-ville de Mont­réal. Dans l’avenir s’ajouteront les échantillons du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

On se dirige vers trois portes de garage à l’arrière de l’hôpital situées tout près de conteneurs à poubelles. Un taxi renfermant certains échantillons arrive pour faire une livraison. «Les échantillons sont transportés dans des glacières. Déjà, il est difficile de savoir depuis combien de temps ils sont dans la glacière», avance d’emblée M. Collin.

Selon les règles de pratique de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ), tout spécimen prélevé en vue d’une analyse de laboratoire doit être traité dans un délai maximal de deux heures après le prélèvement et il doit avoir été conservé à une température de 2 °C à 8 °C durant le transport.

À deux pas des portes, une entrée donne accès au garage. «Il y a un accès magnétisé, mais on m’a dit que la porte restait débarrée», mentionne M. Collin. Effectivement, la porte s’ouvre.

«Ce n’est pas normal, n’importe qui pourrait entrer ici et avoir accès au matériel et aux échantillons.» – Francis Collin, directeur de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)

Les règles de pratique de l’OPTMQ stipulent que les locaux d’un laboratoire doivent être aménagés de façon à définir les personnes ayant accès
à ces zones et à éviter toute détérioration ou accès non autorisé. Les normes de pratique de Santé Canada ajoutent qu’on doit y utiliser des procédures visant à protéger l’endroit, par exemple par carte d’accès, «dans le but de réduire au minimum les possibilités d’entrée non autorisée sur les lieux».

UNE laboratoire CUSM

Devant nous, un genre d’entrepôt où de gros tuyaux d’aération sont visibles au plafond, des néons suspendus, plusieurs boîtes de matériel médical, comme des serviettes et des draps. Un peu plus loin, devant les portes de garage ouvertes en cette journée ensoleillée, un comptoir de fortune a été aménagé avec un grillage attaché à l’aide de «tie-wraps». C’est le comptoir où les préposés reçoivent les échantillons provenant de l’extérieur pour les étiqueter et ensuite les transporter au laboratoire du quatrième étage. Des glacières contenant les échantillons sont placées sur des bibliothèques de métal.

«Les échantillons ne sont pas censés se retrouver dans un endroit à aire ouverte, commente d’abord M. Collin. On sent une petite aération, mais normalement dans un labo, l’air doit être renouvelé six fois par heure pour s’assurer d’éviter toute contamination. Et ici, dans ce garage, l’air chaud de l’extérieur peut entrer. Avec les poubelles pas très loin et l’air de l’extérieur, ce n’est pas stérile», s’inquiète le directeur de l’APTS.

Les règles de l’OPTMQ stipulent que les autorités des laboratoires doivent déterminer le niveau de confinement à adopter en fonction des risques liés aux pathogènes dans le laboratoire. Les échantillons reçus au CUSM contiennent davantage de virus que de bactéries, et les virus ne se libèrent pas dans l’air. Les locaux doivent également être conçus de manière à contrôler le degré d’humidité et la température dans la pièce.

Le directeur de l’APTS s’inquiète d’ailleurs de la réfrigération qui a été installée dans ce garage. Près du comptoir, un simple réfrigérateur de maison. «Normalement, les réfrigérateurs dans les laboratoires sont vitrés avec un thermomètre intégré pour bien contrôler la température. Là, je crains qu’on ne puisse pas s’assurer de garder la bonne température.»

Un employé travaillant dans le garage nous interpelle, croyant que nous sommes de la direction de la santé publique et voulant nous faire part de ses doléances. Francis Collin se présente, disant qu’il représente le syndicat des technologistes. «Faites quelque chose, lui répond l’employé. La réception des échantillons, c’est censé être dans un espace fermé, ce n’est pas censé être ici», dit-il.

«Si c’est mal entreposé, mal préservé et qu’une culture bactérienne se développe dans l’échantillon, ça donne de faux résultats à l’analyse, s’inquiète M. Collin, qui dit avoir vu des échantillons d’urine sur le comptoir. C’est difficile de savoir si cette situation a eu des effets sur les échantillons, mais il y a un risque depuis le déménagement, et encore aujourd’hui, qu’il y ait des échantillons mal conservés.»

Un «quai de réception», dit le CUSM

Le CUSM refuse d’abord d’appeler ce lieu un «garage» et qualifie plutôt l’endroit de «quai de réception du site Glen». Il confirme que la réception des échantillons se fait à ce quai du lundi au vendredi, durant le quart de travail de jour.

Le CUSM soutient que cette situation est temporaire et que c’est «en raison des restrictions d’accès au laboratoire» qu’il a aménagé la réception des échantillons sur ce quai de livraison. Selon les plans, la réception des échantillons sera aménagée dans le laboratoire central en décembre 2016. «Nous voulons être en mesure de procéder à la réception des échantillons dès que possible une fois qu’ils sont livrés», ajoute le service des communications. Il faut huit minutes pour livrer les échantillons de la réception centrale au laboratoire. Les échantillons sont enregistrés et envoyés toutes les 30 minutes au laboratoire pour les tests. «Les échantillons qui doivent être congelés ou réfrigérés selon les normes de laboratoire sont maintenus en conséquence.»

Porte débarrée
Du lundi au vendredi, durant le quart de travail de jour, la porte du quai de réception est programmée pour être déverrouillée afin que les personnes qui s’occupent de la livraison aient accès au quai. En dehors de ces heures, la porte est verrouillée.

Aération et température 
«La réception des échantillons ne se trouve pas à côté des portes du quai, mais plutôt dans la pièce voisine, à l’extrémité opposée», prétend le CUSM. Lors de son passage, Métro a observé qu’il n’y avait pas deux pièces, mais plutôt une. «La température sur le quai de réception est régulée par un système climatique robuste qui assure la climatisation et le chauffage de la pièce. La température ambiante est surveillée et monitorée quotidiennement afin de s’assurer qu’elle est adéquate», ajoute l’hôpital.

Réfrigérateur
«Il est utilisé comme lieu d’entreposage temporaire, où la température est contrôlée systématiquement pour assurer un entreposage adéquat.»

Transport et délais
«Les échantillons qui sont livrés sont vérifiés afin de s’assurer qu’ils sont emballés adéquatement. La réception centrale est sous la supervision immédiate d’un assistant chef technologiste de laboratoire. La grande majorité des échantillons sont livrés par service de courrier et exceptionnellement par taxi.»

Bris d’échantillons ou mauvais échantillons
«Le client externe est contacté si les échantillons ne sont pas emballés selon les normes. Comme les échantillons sont dans des contenants de plastique, les chances de rupture de ceux-ci sont minimes.» Le CUSM assure qu’il n’y a eu aucune rupture d’échantillon depuis son déménagement, mais il n’est pas en mesure de dire si un échantillon a dû être remplacé.

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