Collaboration spéciale Michelle Brulé lit un livre en braille pendant que son mari, André Vincent, joue une partie contre Amine Bousbia.

Montréal héberge cette fin de semaine, un tournoi d’échecs pour non-voyants. Petit tour des particularités de cette compétition ouverte aux spectateurs.

Matériel. Le tournoi se joue en 5 rondes. Les cases noires sont surélevées par rapport aux blanches pour faciliter le repérage. Chaque joueur possède son propre échiquier pour ne pas gêner l’autre en touchant les pièces pour se rappeler de l’état du jeu. À chaque coup, il faut donc déplacer ses pièces ainsi que celles de son adversaire, d’où la nécessité d’annoncer ses déplacements à voix haute. En cas de discordance au niveau des positions, une personne voyante analysera tous les déplacements effectués afin de déceler où l’erreur a été commise. D’où l’importance d’enregistrer (comme chez les voyants) chaque déplacement. Malgré cela, les joueurs non-voyants ne disposent pas de plus de temps à l’horloge pour jouer leurs coups.

Défis. Chantal Nicole joue de façon assidue depuis 2006 et participe même à des tournois contre des voyants. Selon elle, le principal désavantage viendrait plutôt des difficultés à se perfectionner. «Très peu de livres des grands maitres sont traduits en braille. J’ai moi même traduit sept ou huit ouvrages grâce à un numériseur et à un logiciel de reconnaissance des caractères, mais ça fait beaucoup de fautes et ça n’est pas capable de lire les diagrammes, alors c’est très long», dit-elle. Quand aux exercices tactiques sur le web, ils ne sont quasiment pas compatibles avec le logiciel de revue d’écran qui leur lit à voix haute le contenu de la page. Pareil pour les vidéos explicatives de grands maitres sur YouTube. «Il suffit qu’ils oublient de mentionner oralement un seul déplacement, et on est perdus», lance Mme Nicole.

Bénéfices. Chantal Nicole apprécie les échecs car c’est à la fois valorisant tout en demandant une certaine humilité. «En cas de défaite, on ne peut pas invoquer la malchance», raconte-t-elle. Elle souligne aussi que, contrairement à bien d’autres sports ou loisirs, les échecs permettent à des non-voyants de s’intégrer avec des voyants. D’ailleurs, une dizaine de non-voyants ont participé à des compétitions contre des voyants ces cinq dernières années, évalue Mme Nicole. Avec une cote de 1973, Bernard Auger, le meilleur joueur québécois non-voyant arrive en 132e position chez les 2254 joueurs cotés du Québec, sans égard à leurs capacités visuelles. Quarante-cinq ans d’expérience dans le domaine des échecs, ça compte, même si l’on de dispose pas d’une bonne paire de yeux!

Pour assister au tournoi:
Hôtel Les suites Labelle (1205 rue Labelle)
Métro Berri-UQAM
Vendredi soir, samedi et dimanche

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