Chantal Lévesque/Métro

Les panneaux de signalisation routière devraient-ils être bilingues? L’avocat montréalais Harold Staviss croit que oui et il a convaincu le député libéral, David Burbam, de publier une pétition sur cet enjeu sur le site internet de l’Assemblée nationale.

«C’est pour la sécurité de tout le monde qui utilise les voies routières au Québec, a insisté M. Staviss en entrevue à Métro. Ça n’a rien à voir avec la langue. C’est pour protéger tout le monde.»

Lui-même bilingue dit avoir parfois de la difficulté à comprendre la signalisation routière. Les messages pour aviser les automobilistes des risques «d’aquaplanage», de la dangerosité d’une route «cahoteuse» ou même de la nécessité d’allumer leurs «phares» donnent selon lui du fil à retorde aux anglophones.

«C’est quoi, des phares, a demandé l’avocat montréalais. Maintenant, je sais ce que c’est des phares, mais pendant plusieurs années, je ne comprenais pas. Un moment donné, j’ai pris un dictionnaire. Quand quelqu’un conduit, est-ce qu’il a le temps de prendre un dictionnaire? Non.»

M. Staviss, qui a déjà tenté de convaincre des commerçants d’adopter l’affichage bilingue avec la conseillère municipale de Côte-Saint-Luc, Ruth Kovac, a également noté que les messages des panneaux électroniques sont présentés uniquement en français, sans aucun symbole ou pictogramme.

«Quand vous conduisez sur la route, vous n’avez pas beaucoup de temps pour savoir ce que vous devez faire.»
Harold Staviss, avocat montréalais

Pour étayer ses arguments, Harold Staviss a invoqué l’article 22 de la Charte de la langue française, qui stipule qu’une autre langue peut accompagner le français «lorsqu’il n’existe aucun symbole ou pictogramme pouvant satisfaire aux exigences de santé ou de sécurité publique».

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a répliqué que l’utilisation de l’anglais dans la signalisation routière demeure «exceptionnelle». Il se justifie en citant le même article de la charte, dont la première phrase indique que le français est la seule langue qu’utilise l’administration publique, «sauf lorsque la santé ou la sécurité publique exigent aussi l’utilisation d’une autre langue». C’est au ministère d’évaluer la situation, a spécifié l’Office de la langue française joint par Métro.

Dans les faits, les panneaux de signalisation bilingues sont utilisés qu’à proximité des points d’entrée du Québec, a fait savoir le porte-parole du MTQ, Alexandre Bougie, qui a souligné l’existence d’un règlement de la charte qui lui permet d’avoir recours à la langue de Shakespeare sur ces panneaux qui se trouvent sur les 15 premiers kilomètres suivant une frontière.

Pour le reste, le MTQ privilégie les pictogrammes et les symboles puisque s’il devait traduire sa signalisation, le texte en français devrait occuper deux fois plus d’espace que celui en anglais.

Les Ponts Jacques-Cartier et Champlain s’assure de son côté que sa signalisation est à la fois en français et en anglais en raison de son statut de «société d’État fédérale».

Appelé à alimenter ce débat, CAA-Québec a avoué n’avoir pas pris position sur cet enjeu puisqu’il n’a jamais été interpelé à ce sujet. Il entend suivre la discussion publique de près.

Pour l’organisme Impératif Français, il est hors de question de traduire la signalisation routière. «La sécurité s’obtient par l’apprentissage du français», a clamé son président, Jean-Paul Perreault. Ce dernier a souligné que les messages sur les panneaux de signalisation sont simples à comprendre et qu’ils sont souvent accompagnés de pictogrammes.

«Et les touristes sont charmés de voir que le Québec est un espace différent, a ajouté M. Perrault. On ne doit pas américaniser ou angliciser le territoire du Québec pour quelques personnes qui veulent mener des guéguerres.»

Le bureau du député Burbam a mentionné que ce dernier souhaitait que ses citoyens puissent s’exprimer au moyen de la pétition. Il n’a pas précisé sur l’homme politique prenait position dans ce débat.

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