Collaboration spéciale La première planche du parcours de Paul à Montréal, obtenue en primeur par Métro et qui se trouvera au métro Laurier.

Nul doute, Michel Rabagliati est amoureux de Mont­réal. Le bédéiste connu pour sa série Paul rendra hommage à la ville pour son 375e: son person­nage culte voyagera dans l’histoire de Mont­réal grâce à 12 cases géantes réparties dans un circuit extérieur sur le Plateau-Mont-Royal.

«On voulait plus qu’un livre, on voulait quelque chose dans la ville, quelque chose qui touche les gens», explique Michel Rabagliati. Pour s’assurer que tout le monde puisse comprendre – autant les adultes, les enfants, que les non-francophones – la bande dessinée est muette. Les grandes cases individuelles, sans dialogue, mais «très meublées», pourront être consultées par les passants du 12 août au 10 décembre, le long d’un circuit qui serpente les rues du Plateau, du métro Laurier au parc La Fontaine.

À l’avant-plan, une histoire simple incitera les passants à continuer leur lecture – et leur marche. «Il y a un punch à la fin, mais c’est tout simple. C’est comme un Buster Keaton», confie l’auteur. En arrière-plan, les plus attentifs découvriront l’histoire de Mont­réal, racontée en kaléidoscope et en accéléré, façon Rabagliati.

Michel Rabagliati est vivement attaché à Montréal, qui agit dans ses bandes dessinées comme un personnage à part entière. «La ville n’est pas en haut-de-forme et en redingote. Elle est habillée un peu tout croche», illustre-t-il.

Au contraire de la ville de Québec, avec ses allures de «carte postale, balayée dans les coins», Montréal est une ville «chaotique, où il peut se passer n’importe quoi», selon Rabagliati. «C’est ce qui la rend intéressante», précise-t-il. Le bédéiste se surprend même à imaginer un futur en 2045 où les multiples travaux routiers de la métropole seraient tous achevés. «Je pense qu’on va trouver ça plate quand toutes les rues vont être lisses. On va se dire “Ah! c’était dont le fun quand il y avait des cônes oranges”», raconte-t-il avant d’éclater de rire.

Réaliser le tracé de Paul à Montréal n’a toutefois pas été tâche facile. «Le projet a été plus long pour les éditeurs que pour moi», explique l’auteur. Les éditeurs de La Pastèque, la maison d’édition qui chapeaute la série Paul, ont cogné à d’innombrables portes pour convaincre les résidants du Plateau-Mont-Royal de les laisser utiliser leur mur extérieur pour quatre mois, la durée de l’exposition. «Les gens sont tellement géniaux de nous laisser faire ça», s’émerveille Michel Rabagliati.

Les férus d’histoire qui suivront le récit de Paul à Montréal y trouveront certaines irrégularités. «On ne peut pas s’en servir dans une salle de classe. L’Université McGill est collée sur le YMCA, qui est collé sur la Banque du Canada, à côté de la Société Saint-Jean-Baptiste, ça ne tient pas debout», rigole-t-il. Si l’exercice s’est avéré ardu pour Rabagliati, qui laisse normalement libre cours à ses délires, le bédéiste réaffirme son affection pour Montréal. «Ça se sent dans mes cases. J’aime ma ville, j’aime l’illustrer», résume-t-il.

La BD au Québec : «Ça ne serait pas mieux en France»

Est-ce que c’est possible de vivre de la bande dessinée, au Québec, en 2017?
Ça dépend toujours… Le marché est fragmenté. Maintenant, il y a plusieurs possibilités pour un auteur de BD. Mon cas est rare : je vis de bandes dessinées locales, avec un personnage local, éditées chez un éditeur local.

La tentation n’est pas trop forte de s’exiler en France? Vous y avez gagné plusieurs prix…
Ça ne serait pas mieux en France. Je suis très bien traité à La Pastèque. Même que les contrats sont plus chiches en France. J’ai aussi un attachement émotif. Je suis content de la maison d’édition, on a fait quelque chose ensemble. Je n’irai pas chez un autre éditeur parce qu’il m’offre 2 000 $ de plus. C’est unique au Québec, ce qu’il se passe avec La Pastèque, c’est une maison d’édition spécialisée en bande dessinée. Je suis bien fier de ça.

Est-ce que c’est difficile d’en vivre?
Je suis quelqu’un d’assez simple. Ce que je voulais c’était d’en vivre. Quand j’ai commencé la BD, j’ai pris le pari que ça allait fonctionner, et ça a fonctionné. J’aurais pu vendre des Paul gonflables, mais je n’avais pas envie de pomper tant que ça. Je voulais vivre de ma plume comme un écrivain. C’est une belle aventure, et j’ai bien hâte de voir la suite.

Il y a un style qui marche mieux en Europe?
Si tu veux faire de la bande dessinée d’aventure, en couleur, et que le niveau de français ne te dérange pas, que ça ne te dérange pas de la jouer à la française, t’es mieux d’aller en France. La Pastèque ne saurait pas quoi faire avec ça, et au Québec, il n’y a pas vraiment d’éditeurs qui font ça, de la grande aventure couleur. Moi, je ne suis pas prêt à faire le compromis de la langue. Je tiens à mon québécois écrit. Ce que je fais, c’est montréalais, c’est un produit d’ici. Je tiens à ce que ça se passe ici.

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