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Francis Grenier, ce jeune homme qui avait été blessé à un oeil lors d’une manifestation étudiante en mars 2012, recevra 175 000$, plus des intérêts et des indemnités, de la part de la Ville de Montréal. Un juge de la Cour supérieure a tranché lundi que celui-ci avait bel et bien perdu une partie de sa vision à cause de l’explosion d’une Rubber Ball Blast Grenade (RBBG) de la police.

C’est sur la rue Sherbrooke, devant les locaux de Loto-Québec, que cette manifestation s’était envenimée et que les policiers anti-émeute du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avaient fait usage de grenades assourdissantes de type RBBG.

Si le SPVM maintenait depuis cinq ans que Francis Grenier avait été heurté par un autre objet, probablement lancé par un manifestant, la thèse a été rejetée par le juge Steve J. Reimnitz après le visionnement de plusieurs vidéos de l’événement. Le tribunal n’a pas été convaincu par plusieurs arguments du SPVM, y compris le témoignage d’un ophtalmologiste expert appelé par le corps policier, qui prétendait que l’explosion d’une RBBG «aurait donné des dommages plus étendus au reste du visage» de Francis Grenier.

Le juge indique que tous les policiers ont «tenu à diminuer le risque associé à l’utilisation des RBBG». «Tout comme la compagnie américaine Kellogs indique sur ses boites de céréales (aux États-Unis) qu’il ne faut pas manger le sac et/ou le carton, une grenade RBBG placée dans la bouche d’un manifestant causerait inévitablement de sérieux dommages», a même écrit le directeur du SPVM, Philippe Pichet, dans un courriel envoyé en 2012.

«Aucune preuve n’atteint le seuil nécessaire pour rendre probable cette allégation de blessures subies par un objet lancé par un manifestant, a indiqué le juge. La prépondérance de la preuve établit que la cause des blessures du demandeur est bien liée à l’explosion d’une RBBG.»

Depuis l’accident, la vie de Francis Grenier a basculé. Il a même fait une tentative de suicide en 2015, a-t-on appris aux cours des procédures judiciaires. «Alors qu’il était auparavant une personne douce, il est devenu antipathique aux autres et plus enclin au découragement. Il a davantage de difficultés à terminer ce qu’il entreprend et a perdu le goût d’entreprendre des choses», peut-on aussi lire dans le témoignage offert par son père à la cour.

Le jeune homme, alors âgé de 22 ans, était étudiant en arts et avait du talent pour le dessin. Ayant perdu la capacité de voir en trois dimensions, il devient impossible pour lui de poursuivre sa passion, un facteur qui a incité le juge à ordonner à la Ville de payer un montant plus élevé à Francis Grenier que dans d’autres dossiers où des personnes ont perdu une partie de leur vision.

«Le tribunal prend plus particulièrement en considération le jeune âge du demandeur, le fait qu’il aspirait travailler dans le domaine des arts visuels et qu’il ne peut plus travailler pour l’entreprise de son père. De plus, le fait qu’il présentait un talent et un intérêt particulier pour les arts, désirant même en faire son métier, augmente l’ampleur du préjudice et milite en faveur de l’octroi d’un montant supérieur», a souligné le juge Reimnitz.

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