Josie Desmarais/Métro Corey Fleischer, fusil à pression à la main, s’apprête à effacer un graffiti haineux qui lui a été signalé par un citoyen de Saint-Lambert.

Depuis huit ans, le Montréalais Corey Fleischer efface les graffitis haineux des rues de la métropole. Rapidement, sa cause personnelle est devenue le mouvement mondial #ErasingHate. Métro l’a accompagné dans l’une de ses missions. Compte rendu.

Midi vient de sonner dans un secteur résidentiel de Saint-Lambert et les élèves de l’école primaire du coin marchent vers chez eux pour aller dîner. La neige a enfin fondu : les bottes sont entreposées pour la saison chaude, les vélos sont ressortis et les trottoirs sont à nu. Les graffitis aussi. Impossible de savoir si la croix gammée qui occupe toute la largeur du trottoir vient d’être peinte ou si la fonte de la neige l’a révélée. Une chose est certaine: elle ne restera pas là bien longtemps.

«Dans un cas comme celui-ci, où des centaines d’enfants peuvent voir [la croix gammée] tous les jours, c’est très problématique», lance Corey Fleischer du haut de son camion. Affairé à préparer sa machine de lavage à haute pression, le fondateur du mouvement #ErasingHate s’apprête à faire disparaître le signe haineux signalé par un résidant.

«Je garantis que le graffiti sera effacé en 48 heures mais, d’habitude, j’arrête tout ce que je suis en train de faire et je vais l’effacer en moins de deux heures», continue celui qui reçoit des dizaines de signalements par semaine. Et ce n’est pas une question d’argent: M. Fleischer offre ses services bénévolement, quitte à manquer des heures de travail.

«C’est un engagement auquel je consacre ma vie, enchaîne-t-il. Ces 15 secondes pendant lesquelles j’efface cette haine, c’est quelque chose que je ne peux pas trouver ailleurs. C’est une émotion que je cherche constamment à revivre.»

«Même si les graffitis haineux reviennent, on sera de retour, jour après jour, pour les effacer.» – Corey Fleischer, fondateur de #ErasingHate

Pendant que sa machine réchauffe, le Montréalais installe son propre équipement de tournage : un simple téléphone et un trépied. Aussi modeste soit-elle, l’installation lui a permis de filmer et de photographier toutes ses interventions et, ainsi, de promouvoir sa cause auprès de milliers de personnes sur les réseaux sociaux.

«J’ai commencé ça seul en faisant ce qui me semblait être la chose à faire», relate-t-il, en évoquant la première croix gammée qu’il a effacée il y a quelques années. Il a depuis fait disparaître tous les signes haineux qui ont croisé son chemin, qu’ils soient homophobes, islamophobes ou simplement de nature intolérante. «Et maintenant, grâce à ces vidéos, des centaines de personnes font la même chose partout dans le monde», dit-il.

Après avoir appliqué un solvant sur le signe offensant, Corey Fleischer fait quelques tests avec sa machine de nettoyage à haute pression : elle est prête. Sans attendre, l’homme de 36 ans se met à la tâche et efface, à coups de jets d’eau chaude, toute trace de la croix gammée en moins de 20 secondes.

Des lacunes à la Ville
«C’est important de voir à quel point c’est facile et rapide, déclare-t-il. Vous voyez combien de temps ça m’a pris? Et vous savez combien de temps ça prend à la Ville avant de réagir?»

Le créateur de #ErasingHate signale tous les graffitis à la Ville de Montréal et au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), mais «ça peut prendre des semaines avant que quelqu’un n’intervienne», dénonce-t-il.

Justement, plusieurs citoyens ne passent plus par le SPVM pour faire effacer le vandalisme à caractère haineux : ils écrivent directement à Corey ou ils le font eux-mêmes en suivant ses conseils.

Et bientôt, les citoyens auront la tâche plus facile, puisque #ErasingHate s’est associé à l’entreprise Innu Science Canada pour mettre au point un «effaceur de graffiti» écologique, sécuritaire et facile à utiliser. «C’est le futur de ce qu’on fait, avance fièrement M. Fleischer. C’est ce qui va nous permettre d’amener notre cause partout dans le monde.» Est-ce le début d’une révolution anti-haine? «Non, répond-il. La révolution est déjà commencée.».

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