Michael Veltri

Plus de 15% des 282 espèces d’oiseaux nicheurs sont en déclin significatif au Québec au point d’être en péril, selon les dernières données du Regroupement QuébecOiseaux. Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles sur le front ornithologique, selon la biologiste du Regroupement, Yong Lang. Métro a fait avec elle une petite balade forte instructive, au Jardin botanique, la semaine dernière.

«Mésange à tête noire… Merle d’Amérique… Paruline bleue… Bruant familier… Carouge à épaulettes… Corneille d’Amérique… Oh le troglodyte des forêts!» En moins de 30 secondes, la jeune biologiste a reconnu à l’oreille le chant de 7 espèces d’oiseaux. «J’en connais une centaine, mais les meilleurs sont capables d’en reconnaître plus de 200. Il faut s’entraîner continuellement, car on devient rouillé facilement», confie Yong Lang.

Cette dernière s’empresse de noter le nom de tous les oiseaux sur eBirds, une application mobile de recensement qui permet de stocker et de partager ses observations et de contribuer ainsi indirectement à la recherche et à la conservation.

En 30 minutes et 800 mètres de marche, elle a répertorié pas moins de 25 espèces différentes. «C’est ça qui est beau avec l’ornithologie; chaque semaine la composition musicale de la forêt va changer», affirme-t-elle. En effet, les locataires de la forêt varient selon les migrations.

À l’écouter, difficile de croire que la biodiversité ornithologique est en péril au Québec. Pourtant, les chiffres sont là. Les plus touchés sont notamment les hirondelles (-51% à -98% selon les espèces) et les martinets (-83%) qui se nourrissent d’insectes en vol. Outre la perte d’habitat, les scientifiques suspectent un dommage collatéral lié à la baisse de la biomasse des insectes volants, tels que les mouches, les guêpes, les fourmis volantes ou les mannes, dont les oiseaux se nourrissent.

Calculer le nombre d’insectes au kilomètre carré pour évaluer les pertes est difficile. «À la blague, on dit que la baisse du nombre d’insectes volants est probablement proportionnelle à la baisse des ventes de liquide lave-glace pour autos en été. Mais ce n’est pas très scientifique», rigole la jeune biologiste.

Une chose est sûre par contre, la diminution du nombre d’oiseaux des champs est intimement liée à l’intensification des pratiques agricoles. «Avant, les agriculteurs avaient des champs variés (foin, pâturages, cultures), et des habitats marginaux (haies, bois, étangs, friches)  qui permettaient aux oiseaux de nidifier et de se nourrir. Aujourd’hui, avec la conversion des petites fermes en grandes cultures intensives, la maximisation des surfaces cultivables et l’usage croissant des pesticides, l’équilibre est rompu.»

Résultat: le nombre de goglu des prés a baissé de 88% depuis 1970, et celui de sturnelles des prés, de 90%.

Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles dans la grande famille des oiseaux. Les rapaces sont de retour depuis que le DDT (un insecticide qui amincissait la coquille des œufs, ce qui nuisait à la reproduction des oiseaux) a été banni. Les grands rapaces ont en effet le plus souffert, car l’effet de bioaccumulation de l’insecticide est plus important pour les oiseaux situés au sommet de la chaîne alimentaire.

Photo: Jean-Sébastien Guénette

«À la fin des années 1970, il ne restait que 40 couples de faucons pèlerins au Québec. Aujourd’hui, après plusieurs campagnes de réintroduction, on a entre 200 et 400 couples», souligne Yong Lang.

Signe de santé de l’espèce, le couple de faucons nichant dans la tour de l’Université de Montréal a enfanté la semaine dernière. Depuis 2009, plus de 20 fauconneaux ont vu le jour au 23 étage du campus de la montagne.

Bon à savoir

  • Le carouge à épaulettes est l’un des oiseaux les plus agressifs quand il s’agit de défendre son nid. Les employés de la grande tour de Radio-Canada s’en rappellent encore!
  • Le moqueur polyglotte est capable d’imiter le chant des autres oiseaux, de même que les pleurs d’enfants et les sirènes des pompiers!
  • Selon un sondage SOM réalisé en 2011, environ 20% des Québécois s’adonnent à l’ornithologie, un marché évalué à 200M$.
  • Les meilleurs sites d’observation à Montréal sont l’Île-des-Soeurs, le parc de l’Île-de-la-Visitation, le parc des Rapides de Lachine, le parc Jean-Drapeau et le Jardin botanique

Expérimenter
Dans le cadre des Rencontres humain-nature, le Jardin botanique organise le 14 juillet une promenade à l’aube pour 40 personnes. Cette promenade est une occasion unique de réfléchir à «ces questions de bruit et de silence au cœur de la ville et aussi de développer une prise de conscience directe de notre environnement sonore», écrivent les organisateurs.

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