Graham Hughes Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Valérie Plante est «extrêmement déçue» des modifications à la loi sur le cannabis prévues par le gouvernement Legault.

La mairesse de Montréal n’avait que des critiques face aux resserrements de la loi, notamment l’augmentation de l’âge de consommation à 21 ans et l’interdiction de consommer du cannabis dans les lieux publics.

«Cette position, très ferme, va à l’encontre du principe de l’autonomie des villes», a-t-elle déclaré en mêlée de presse mercredi matin, tout en rappelant que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) avait demandé «de respecter les villes qui sont sur le terrain et qui gèrent les impacts».

Ensuite, elle a fait valoir que 60 pour cent des Montréalais sont locataires et risquent de ne pas avoir le droit de consommer chez eux ce qui, avec l’interdiction de consommer dans les lieux publics, viendra créer une impasse sociale.

«Le message que les gens doivent comprendre, c’est que le cannabis est légal, mais vous ne pouvez pas fumer chez vous et vous ne pouvez pas fumer dans les lieux publics», a illustré la mairesse.

Valérie Plante a également rappelé que la position de la Ville, qui était de permettre la consommation dans les lieux publics, n’avait pas été prise de manière irréfléchie.

«On a travaillé avec des experts, le SPVM et la santé publique pour vraiment documenter, pour vraiment prendre une position réfléchie sur l’implantation du cannabis», a-t-elle échappé.

21 ans: porte ouverte au crime organisé

Par ailleurs, le rehaussement de l’âge légal à 21 ans est selon elle une erreur, car les consommateurs de 18 à 20 ans ne disparaîtront pas par magie à cause de la loi.

«On est en train de dire à toute une partie de la population, les plus jeunes, allez avec le crime organisé et, surtout, on n’aura pas de contrôle sur la substance qui est consommée. Ça me préoccupe beaucoup» a déclaré Mme Plante.

Valérie Plante ne remet pas en cause les motivations du gouvernement, mais bien la manière dont il s’y prend.

«Cette idée de vouloir protéger la population, je la comprends très bien (…) mais pour moi, on passe un peu à côté», a-t-elle insisté, faisant valoir au passage qu’après sept semaines de légalisation, Montréal «n’a pas constaté de problème majeur».

Détournement de policiers

Par ailleurs, la mairesse s’est insurgée face à l’idée de devoir consacrer des ressources policières pour contrôler ce que les gens consomment.

«Je me demande quel message envoyer à mes policiers (…) Je vois mal comment mes policiers peuvent se retrouver à regarder qu’est-ce qu’une personne fume dans sa pipe.»

«Je n’ai pas les ressources nécessaires, a-t-elle insisté. Je veux que mes policiers soient sur le terrain à faire le travail le plus important et ce n’est sûrement pas d’aller vérifier ce que la personne fume au coin de la rue.»

Ghettos de cannabis?

À la suite de son élection, François Legault s’était rendu à Montréal rencontrer la mairesse à la fin octobre.

Interrogé sur leur différend face à la consommation dans les lieux publics, le premier ministre avait laissé entrevoir la possibilité de prévoir des lieux où la consommation serait permise sur le territoire montréalais, notamment en raison du grand nombre de locataires qui seraient autrement privés du droit de consommer partout.

Valérie Plante a dit mercredi n’avoir eu aucun écho de cette question depuis leur rencontre, mais n’a pas caché que cette approche ne l’enchante guère: «J’ai extrêmement de réticence par rapport à ce modèle-là, mais j’imagine que si le gouvernement voulait aller dans ce sens-là, il va y avoir des consultations, ce qui serait absolument nécessaire parce qu’il ne faut absolument pas faire des ghettos de cannabis dans les villes», a-t-elle tranché.

Elle a dit espérer vivement que la Ville de Montréal soit invitée à participer aux consultations restreintes que doit tenir le gouvernement Legault sur son projet de loi.

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