Jacques Boissinot / La Presse Canadienne Gabriel Nadeau-Dubois

Des jeunes de 12 à 30 ans se réuniront, de lundi à vendredi, au CÉGEP Ahuntsic dans le cadre du Sommet des Jeunes. Leur objectif est simple: réfléchir collectivement sur leur place dans la société. Métro a discuté avec Gabriel Nadeau-Dubois, un des invités à la grande conférence du Sommet, qui offre des pistes aux jeunes qui veulent avoir des effets concrets sur leur monde, sans toutefois intégrer un parti politique.

Pourquoi participez-vous au Sommet des Jeunes?
C’est important et intéressant, en ce moment, surtout dans le contexte de l’après-grève étudiante de l’an dernier, de discuter sur comment influencer la politique. On sent qu’une génération, toute une jeunesse, n’est pas satisfaite de la manière dont se déroulent les choses au Québec.

Comment avoir une influence sur la politique? En manifestant, en intégrant un parti politique?
Il y a plusieurs manières d’influencer la politique. On peut faire de la politique partisane dans un parti, c’est un moyen tout à fait acceptable et souhaitable. Mais il y a aussi toute sorte d’organisations ou de regroupements dans lesquels on peut s’impliquer qu’on soit jeunes ou pas: ça peut être les associations étudiantes, communautaires ou le mouvement syndical ou féministe. Je pense que c’est important de ne pas réduire la politique à la politique partisane et d’avoir une conception beaucoup plus large de la citoyenneté et de l’action politique de manière générale. Il y a plusieurs manières de s’impliquer et c’est pour ça que sur le panel, lors de la conférence [que j’offrirai], il y a Mélissa, du mouvement Idle No More. Il s’agit d’un autre bel exemple de mobilisation qui se fait à l’extérieur des institutions politiques traditionnelles. Cela a réussi à mobiliser beaucoup de gens et à mettre des sujets, qui ne le seraient pas autrement, à l’ordre du jour.

La grève étudiante et Idle No More sont deux mouvements de contestation qui ont essayé de faire changer les choses, mais on a senti qu’ils n’ont pas atteint à 100% leurs objectifs. L’indexation plutôt que le gel,  dans le cas de la grève, et dans le cas d’Idle No More, ils ont obtenu une rencontre avec le premier ministre, mais il n’y a toujours pas de véritables changements dans les lois… Est-ce que la contestation est suffisante pour obtenir des changements  profonds?
Dans le cas de la grève étudiante, on peut parler d’un mouvement qui a amenené un changement concret. L’objectif du gel des frais de scolarité n’a pas été atteint complètement, mais entre une augmentation de 75% et une indexation de 3%, il y a une différence très grande. Dans le cas de Idle No More, le mouvement est encore en cours. Ç’a à tout le moins eu des impacts importants et a remis la question autochtone à l’ordre du jour, alors qu’au Québec, on l’avait oubliée depuis la crise d’Oka. Et ils vont être des intervenants importants dans les prochains débats qu’on va avoir, par exemple, sur les projets de pipelines ou d’exportation du pétrole. Il faut attendre avant de juger leurs impacts. Ce n’est pas facile, changer les choses. Et c’est long. Les sociétés sont très longues à changer. C’est une des leçons de la grève étudiante. C’est important d’avoir de la patience dans l’engagement.

On voit très peu de jeunes dans la politique partisane. Est-ce quelque chose de problématique pour vous?
Une des choses que la grève étudiante nous a dite, c’est qu’une partie de la jeunesse est de plus en plus méfiante et réticente à l’idée de s’impliquer dans les institutions politiques traditionnelles. On ne le voit pas juste au Québec, mais partout à travers le monde. Il y a une jeunesse qui veut pousser les choses plus loin et redéfinir les termes de la participation citoyenne et qui ne se satisfera plus d’aller uniquement voter tous les quatre ans. C’est intéressant de se demander pourquoi ils délaissent la politique partisane. On a peut-être des problèmes de démocratie…

Pour vous, ce ne serait pas quelque chose d’envisageable de vous présenter? Ce ne serait pas une façon d’avoir de l’influence et de changer les choses de l’intérieur?
C’est un moyen de le faire. Il n’y a pas que ça, et il ne faut pas dévaluer les autres moyens qui existent, parce qu’il y a beaucoup de luttes dans l’histoire qui ont été gagnées et beaucoup de droits qui ont été acquis par d’autres moyens. Personnellement, ce n’est pas dans mes objectifs à court terme. Je travaille sur d’autres projets, comme mon livre qui va sortir à la mi-octobre.

Quels sont les thèmes les plus importants qui touchent la jeunesse?
C’est difficile de parler de LA jeunesse. On a devant nouveau une crise écologique qui représente un défi économique et politique auquel peu de générations ont été confrontées. C’est l’enjeu, avec celui de l’éducation, qui ratisse le plus large.

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