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Montréal est une île. Mais entre les gratte-ciel, le béton et les nids-de-poule, les Montréalais profitent-ils de l’eau qui les entoure? Métro présente aujourd’hui et ces prochains jours un reportage préparé par des étudiants en journalisme à l’Université de Montréal dans le cadre d’un atelier d’écriture.

Pour les Montréalais, même s’ils le voulaient, peu d’aménagements leur permettent de jouir pleine­ment de leur côté insu­laire. Entre des politiques d’aménagement complexes, une industrialisation effrénée et la privatisation des ber­ges, les restes sont mini­mes pour les citoyens. Sans parler du rapport que ces derniers entretien­nent avec l’eau. Selon l’organisme Accès Fleuve, seuls 56 % des Montréalais connaissent l’existence de l’une des trois plages municipales situées sur l’île.

Il faut dire aussi que l’eau n’a pas bonne réputation en ville. Plusieurs y voient encore un vaste bassin pollué, alors que les scientifiques et militants accordent à la qualité de l’eau une note tout à fait acceptable, notamment pour la baignade, depuis plus de cinq ans. Pourtant, les Montréa­lais ont déjà entretenu un rapport plus étroit avec leurs cours d’eau. Jus­qu’à la moi­tié du XXe siècle, près de 50 plages bordaient la métropole. Cette ville d’une autre époque fait aujourd’hui rêver. Plusieurs citoyens et organismes militent depuis quelques années pour regagner l’accès à ce bien commun qu’est l’eau. Des projets d’aménagement et de revalorisation des berges sont adoptés et soutenus par différentes instances gouvernementales. Sans oublier les sportifs téméraires qui prennent déjà d’assaut les cours d’eau. Incursion au cœur de l’insularité des Mont­réalais.

Une saucette pour 2017

Parmi les projets d’aménagement proposés, un retient l’attention depuis longtemps : «Je me bats depuis 25 ans pour qu’un parc-plage soit aménagé dans la ville», déclare avec fierté Jean-Claude Marsan, architecte et urbaniste montréalais. Au début de l’hiver 2013, avec le soutien du gouvernement provincial, la Communauté métropolitaine de Montréal annonce un investissement de 150 M$ afin d’assurer la mise en œuvre de la Trame verte et bleue du Grand Montréal. L’objectif de ce projet est de mettre en valeur le milieu naturel, le milieu bâti et les paysages dans une perspective intégrée et globale à des fins récréotouristiques. Cinq projets y sont ciblés, dont celui du parc-plage.

Ce site relierait le parc Jean-Drapeau (Montréal) au Récré-O-Parc de la ville de Sainte-Catherine (sur la Rive-Sud) aménagé sur la digue de la voie maritime. «Le parc-plage serait accessible à vélo en plus de l’être grâce à un service de navette depuis Montréal. Il serait aménagé pour la baignade et les sports nautiques», souligne M. Marsan.

Pour l’urbaniste chevronné, ce serait le lieu idéal pour que les citadins profitent du fleuve qui est tout près d’eux. «L’eau, c’est important. Plus les citoyens se l’approprieront, mieux ils se sentiront, affirme-t-il. À Montréal, nous avons un archipel qui est absolument unique en Amérique du Nord. Nous sommes encerclés par l’eau, ajoute-t-il, mais nous n’avons pratiquement pas de plages collectives. C’est comme si on se privait d’un bien commun.»

Le directeur général intérimaire du comité de concertation Accès Fleuve–ZIP Ville-Marie, Alexandre Joly, promeut également l’accès à l’eau pour les citoyens. «C’est notre mission, soutient-il. Par contre, je ne crois pas que l’aménagement d’une plage sur la digue de la voie maritime soit le premier pas à faire pour amener les Montréalais vers l’eau. Ça ne desservirait pas les citoyens habitant dans la ville.» M. Joly vise davantage la revalorisation d’aménagements déjà existants sur l’île, notamment de la Promenade Bellerive, qui longe la rive du Saint-Laurent dans Montréal-Est. Selon lui, ce parc serait un lieu idéal pour y aménager une plage.

Les deux hommes s’entendent sur un point : les projets qui rendront l’accès à l’eau aux Montréalais verront le jour quand il y aura un solide leadership à la Ville. Alexandre Joly confirme que «dans la structure actuelle de Montréal, les projets de grande envergure sont difficilement réalisables». «Les élections municipales imminentes placeront-elles le pouvoir dans les mains d’un ou d’une visionnaire?» se questionne M. Joly.

Les plages de Montréal

  • Parc Jean-Drapeau: 85 500 visiteurs en 2012. Ouverte du 15 juin au 2 septembre environ.
  • Centre de plein air du cap Saint-Jacques: 59 514 visiteurs en 2012. Ouverte du 9 juin au 26 août environ.
  • Parc-nature du Bois-de-l’île-Bizard: De 4 000 à 5 000 visiteurs par saison. Ouvert du 16 juin au 12 août environ.

La baignade
Habitudes de baignade de la population montréalaise :

  • 6 % (110 000 personnes) se baignent régulièrement aux plages publiques.
  • 15 % (270 000 personnes) se baignent à l’occasion dans le fleuve Saint-Laurent.
  • 33 % (500 000 personnes) sortent de l’île faute d’accès à l’eau.

À lire

Cette série de textes sera publiée sur une période de trois jours.
Montréal et ses plages: retour vers le futur
Une vague inspirante

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