Jean-Guy Lambert/Collaboration spéciale Le toit vert de la tour Québecor, dans le Quartier international

La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) prépare une grille de critères beaucoup trop restrictive qui risque de tuer toute initiative de toit vert, selon plusieurs intervenants. La RBQ se défend.

«Il y a des rumeurs selon lesquelles la RBQ va interdire la construction de toitures vertes sur tout bâtiment existant, et cela, même si le bâtiment proposé est capable d’accueillir un toit vert», craint l’architecte Owen Rose, à qui on doit notamment le toit vert de la tour Québecor, un des plus beaux à Montréal.

La Régie travaille actuellement à établir des critères de construction pour ce type de toit, car le Code du bâtiment est muet sur la question, ce qui complique le processus d’approbation. «Il s’agit de faciliter le travail des personnes qui désirent construire des toits verts tout en s’assurant que ces constructions respectent les grands objectifs du Code, soit la santé, la sécurité, la protection contre l’incendie et les dommages structuraux», indique Marie-Claude Masson, porte-parole de la RBQ.

M. Rose a indirectement été un des premiers cobayes des nouvelles exigences concernant les toits végétalisés. «Plus de trois mois après avoir déposé un projet à la RBQ pour obtenir son approbation, j’ai reçu deux pages d’exigences, du “sur-technocratisé”! Ça m’a donné une cinquantaine d’heures de travail en plus, et pourtant j’ai une certaine expertise dans ce domaine», clame l’architecte.

Même son de cloche du côté de l’entreprise Soprema, spécialiste en toitures végétalisées. «La nouvelle réglementation va accélérer les demandes de permis […] Mais je crains que l’accumulation de nouvelles restrictions décourage les professionnels, les gestionnaires et les propriétaires immobiliers de s’embarquer dans le processus de qualification pour l’obtention des permis de construction de nouveaux toits verts», précise Marie-Anne Boivin, agronome et chef de produit de l’entreprise.

Elle cite notamment l’obligation d’installer un escalier et une porte plutôt qu’une simple trappe, l’augmentation de la norme de retrait, qui réduirait considérablement la taille de la partie végétalisée, et l’interdiction de construire un toit vert sur un bâtiment existant.

Du côté de la Régie, on clame au contraire vouloir simplifier le processus actuel. «En précisant les dispositions techniques à respecter, la RBQ aide les concepteurs et les constructeurs à s’acquitter de leur responsabilité de fournir des constructions de qualité et sécuritaires pour le public. Le propriétaire sera également sensibilisé au maintien en bon état de son toit vert afin de prévenir les dommages et de réduire les risques d’incendie», répond Mme Masson.

toit vert Montréal Québecor

La Ville a sa vision
À Montréal, la nouvelle grille de critères de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) ne toucherait pas les projets de toits verts sur des multiplex de moins de trois étages comptant moins de neuf logements, les petits commerces et les bâtiments industriels, qui relèvent de la juridiction de la Ville. Pour aiguiller les requérants, cette dernière a d’ailleurs publié un guide de construction comportant plusieurs critères.

«Ce n’est pas la Bible, car d’autres solutions équivalentes peuvent être proposées, mais elles doivent répondre aux exigences de performance requises en matière de sécurité. En fonction de la taille du toit, il y a par exemple des critères définis sur la taille et l’épaisseur maximales de la partie verdie, sa distance avec le bord ou le nombre de trappes de ventilation dans l’entretoit si le bâtiment est fait de matériaux combustibles», indique Richard Arteau, conseiller en planification à la Ville de Montréal.

Ce dernier ne veut pas présumer du résultat final des consultations de la RBQ. «Ils prennent toutes les précautions, et avec le temps leurs options pourraient évoluer», croit-il. M. Arteau cite en exemple l’expérience montréalaise. «Quand on a entamé nos travaux pour le guide des toits verts, certains intervenants de notre comité technique étaient réticents, mais avec le temps et des analyses sur ce qui se faisait ailleurs, leur position s’est assouplie», indique-t-il.

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