Yves Provencher/Métro L’entomologiste Robert Lavallée analyse le contenu des pièges déposés au Jardin botanique .

Si l’agrile du frêne est un tsunami qui ne laissera vraisemblablement vivants que 10% des 50 000 frênes de rue montréalais (la ville ne se prononce pas pour ceux des parcs), les chercheurs n’ont pas complètement baissé les bras pour autant. Ils utilisent Montréal comme terrain d’expérimentation pour tenter de limiter l’épidémie et trouver des outils qui aideront les villes québécoises qui ne sont pas encore touchées. État des lieux.

1) La génomique à la rescousse

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Depuis que les Britanniques ont terminé d’établir le séquençage ADN complet du frêne au coût de près de 2M$, le chercheur de Ressources naturelles Canada, Armand Seguin, est sur les dents. «Grâce à leurs travaux, on espère pouvoir, d’ici quelques années, établir la signature génomique d’un frêne touché par l’agrile», explique-t-il. Le chercheur effectue actuellement des prélèvements sur la cime des arbres touchés. Si ses travaux sont un succès, les arboriculteurs auront à leur disposition, un peu comme pour un test de grossesse, un outil de détection plus rapide que l’écorçage, la technique utilisée actuellement. On pourrait même alors rêver à la découverte d’une sorte de vaccin, indique le chercheur. En comparaison, le pesticide TreeAzin ne serait qu’un médicament.

2) Contaminer l’agrile

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Grâce à leurs recherches précédentes sur les dendroctones (des insectes qui possèdent en général deux paires d’ailes, tels que les coccinelles et les scarabées), les chercheurs Claude Guertin et Robert Lavallée ont découvert un champignon entomopathogène capable de contaminer l’agrile du frêne, le beauveria bassiana. Pour capturer l’insecte sans le tuer, ils utilisent un piège vert, la couleur préférée de l’agrile, sur lequel figure deux appâts: un pour simuler un arbre en difficulté, l’autre qui est imprégné de phéromones femelles. Une fois entré dans le piège, l’agrile tombe sur une petite plateforme imprégnée du champignon contaminant qui va le tuer en cinq jours. «Il ne faut pas que ce soit trop rapide pour que l’insecte ait le temps de ressortir et d’en contaminer d’autres», souligne Robert Lavallée, enthomologiste à Ressources naturelles Canada. Si certains doutent de cette méthode, les chercheurs revendiquent eux, un taux de contamination de 50%.

3) Importer des guêpes chinoises

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Depuis 2004, les États-Unis, particulièrement touchés par l’agrile du frêne, testent trois types de guêpes qui sont des prédateurs de l’agrile du frêne. Le tetrasticus a comme particularité de mesurer la taille d’une tête d’épingle et de pondre 70 œufs dans chaque larve d’agrile et ce, quatre fois par an. «Une ferme au Michigan en produit désormais en grand nombre», indique M. Lavallée. Le Canada récupère quelques surplus qui ont été testés en Ontario en 2013 et dans le parc de la Gatineau cette année. La technique doit être évaluée avec prudence pour que l’introduction de ce nouvel insecte ne déséquilibre pas l’écosystème comme ce fut le cas par exemple avec la coccinelle asiatique qui était considérée comme un outil dans la lutte aux pucerons et qui est aujourd’hui vue par plusieurs chercheurs comme une espèce envahissante.

4) Analyser leurs microorganismes

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Un autre champ exploré par les chercheurs consiste à essayer de trouver les microorganismes associés à l’agrile. Certaines espèces de scolytes (des petits insectes de la famille des coléoptères) transportent par exemple avec eux des champignons ou des levures qu’ils ensemencent dans les galeries où ils ont élu logis. Cela leur apportera pour la suite une forme de nourriture. «En capturant des spécimens d’agrile du frêne et en les analysant en laboratoire, on espère trouver quels types de microorganismes sont liés à l’agrile, car si on est capable de trouver un microorganisme essentiel au développement de l’insecte, on peut trouver une arme pour le combattre», clame Claude Guertin, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique. À ceux qui clament que la recherche n’avance pas assez vite, les chercheurs conviennent qu’il sera peut-être un peu tard pour Montréal, mais que leurs travaux aideront plusieurs autres villes qui n’ont pas encore été touchées.

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