Josie Desmarais/Métro Sandhia Vadlamudy, directrice générale de CACTUS Montréal.

Depuis 25 ans demain, CACTUS Montréal offre des services aux utilisateurs de drogues injectables au centre-ville. Métro a rencontré certains de ses artisans pour faire le point sur le chemin parcouru et les défis qui les attendent.

organisme cactus Julie BouchardS’adapter aux changements
En 1989, une petite équipe de quatre infirmières a mis en place à Montréal le premier site d’échange de seringues en Amérique du Nord. En ramenant une seringue souillée, les toxicomanes avaient droit à une seringue neuve.

«Une fois ce service ouvert, de nombreux besoins ont apparu», a expliqué Sandhia Vadlamudy, directrice générale de CACTUS Montréal. Plusieurs services se sont ajoutés, si bien que le CACTUS emploie maintenant plus de 60 personnes. Des travailleurs de rue sillonnent le territoire de l’arrondissement de Ville-Marie pour développer des liens avec les utilisateurs de drogues injectables (UDI) dans le besoin, les soutenir et les mettre en lien avec les services disponibles.

Sur leur site fixe, au coin de Sainte-Catherine et de Sanguinet, du matériel de prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) est distribué largement, non plus sur le principe de l’échange.

L’organisme a dû s’adapter aux changements dans les types de consommation. «À l’origine, notre clientèle s’injectait principalement de l’héroïne. Aujourd’hui, les drogues les plus populaires sont la cocaïne injectable et les opioïdes médicamenteux, et l’héroïne vient en troisième», a expliqué Julie Bouchard, coordonnatrice de proximité.

organisme cactus Marino LerouxForte implication des pairs
Cactus tient à impliquer les UDI, anciens et actuels, dans les services de l’organisme.

Marino Leroux croit que son passé de toxicomane est un atout pour son rôle d’agent de prévention, qui l’amène à accueillir les utilisateurs, les écouter et leur fournir le matériel adéquat. «Je connais les gens du milieu et le langage de la rue. Nos utilisateurs ont davantage l’impression d’être compris», a souligné l’intervenant qui ne désire pas montrer son visage.

Le programme Plaisiirs amène aussi les utilisateurs à s’impliquer comme «citoyens à part entière» en organisant et participant par exemple à des lectures de pièces de théâtre, à des sorties au musée, à des sessions d’écriture de lettres aux politiciens ou à des revues de presse de l’actualité.

Seringue injectionVers l’injection supervisée
CACTUS Montréal est impatiente d’ajouter une nouvelle corde à son arc, soit un service d’injection supervisée.

L’Agence de la santé et des services sociaux a déposé une demande d’autorisation et de financement au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) il y a de cela environ un an pour l’ouverture de quatre sites d’injection supervisée, dont CACTUS Montréal. Mme Bouchard croit que ce service serait très important pour prévenir les ITSS et diminuer les risques de surdose.

Le dossier est toujours sous analyse au MSSS. Les futurs SIS devront aussi obtenir une exemption fédérale à l’article 56 de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances pour que les personnes soient protégées des accusations de possession ou de trafic.

Un autre défi, selon Mme Vadlamudy, sera de maintenir leurs acquis dans ce qu’elle décrit comme un contexte «d’austérité» budgétaire. «On souffre de sous-financement depuis des années, a-t-elle signalé, soulignant que la distribution de seringues augmente en moyenne de 14% par année, signe que les besoins sont énormes. On n’arrive pas à répondre à l’ensemble des besoins.»

Les trans: une population vulnérable
Des services ont été développés pour aider les personnes trans, qui forment 1% de la clientèle du CACTUS. «C’est une clientèle très vulnérable avec un faible réseau de soutien et économiquement défavorisée», a soutenu Mme Bouchard.

Plusieurs se mettent à risque en s’injectant des hormones et d’autres substances qu’ils se sont procurées sur le marché noir, sans suivi médical. Le programme Action santé travesti(e)s et transsexuel(le)s du Québec (ASTT(e)Q) leur offre divers services ciblés depuis 1998.

Des résultats tangibles
Entre 150 et 250 visites ont lieu chaque jour à CACTUS-Montréal. Des millions de seringues ont été distribuées, dont 2,4 millions de 2008 à 2013.

Les résultats de ces efforts? On constate une diminution de 46% du partage de seringues, une pratique à risque, entre 1995 et 2010, selon les données tirées de l’étude SurvUdi portant sur les utilisateurs de drogues injectables.

«Depuis 25 ans, nous contribuons à réduire les méfaits, estime Mme Vadlamudy. C’est pour cela que nous faisons notre place dans notre milieu en aidant les marginaux.»

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