Le déversement prévu de 8 milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent aura lieu dès mercredi, à 00H01, et sera étendu sur 7 jours maximum.

Les fonctionnaires de la Ville de Montréal ont précisé mardi matin le protocole qui sera suivi par l’administration pour se conformer aux conditions qui ont été imposées par la nouvelle ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna. Ces conditions sont basées sur un rapport d’experts indépendants commandé par le précédent gouvernement conservateur, qui avait suspendu le déversement jusqu’aux élections afin d’obtenir plus de données scientifiques.

Les 165 grandes installations industrielles, institutionnelles ou commerciales du secteur dont les eaux seront déversées dans le fleuve pendant cette période seront suivies de près pour s’assurer qu’elles respectent les normes de rejet d’eaux usées. Elles devront informer la Ville de tout rejet imprévu. De ce lot d’entreprises, 45 feront l’objet d’un suivi plus serré ainsi que d’inspections et d’échantillonnage, soit parce qu’elles déversent un volume d’eau plus important ou considérant le type de contaminant qu’elles déversent dans le réseau d’eau. Montréal a communiqué mardi matin avec ces entreprises pour les informer du déroulement des prochains jours.

Tel que le prévoit les normes de rejet d’eaux usées imposées à ces entreprises, si ces dernières ne se conforment pas, elles peuvent s’exposer à des amendes.

Des équipes seront également sur le fleuve, avant, pendant et après le déversement, pour assurer une surveillance visuelle et nettoyer les endroits où des déchets provenant du rejet émergeraient et s’accumuleraient. Une surveillance aérienne sera également réalisée.

Des tests de surveillance de la qualité de l’eau seront réalisés avant, durant et après les travaux, à des endroits précis (surveillance de la qualité bactériologique de l’eau 29 points échantillonnage en rive et de la qualité chimique et bactériologique à 32 points dans le couloir fluvial). À la demande d’Environnement Canada, plusieurs points d’échantillonnage ont été ajoutés. Des tests seront ainsi réalisés jusqu’à Sorel.

Un panneau d’affichage et d’information sera installé à chacun des 24 points de déversement. La Ville de Montréal tient également à sensibiliser les citoyens de la métropole à ce qu’ils rejetteront dans le réseau d’eau dans la prochaine semaine. Elle rappelle qu’il faut éviter de jeter les objets suivants dans les toilettes et les égouts: cigarettes, condoms, coton-tiges, couches, médicament, seringues, papier essuie-tout, tampons et serviettes hygiéniques, serviettes humides jetables. Des matières que l’usine d’épuration des eaux reçoit quotidiennement, regrette la Ville, à raison de plusieurs tonnes par jour.

Tout contact avec l’eau sera interdit, par la pêche ou des activités sportives, pendant le déversement et 48h après la fin du déversement.

Selon l’administration Coderre, ce déversement, qui devait avoir lieu à l’origine du 18 au 25 octobre, est inévitable puisque la municipalité doit déplacer une chute de neige située sous l’autoroute Bonaventure, qui fait présentement l’objet de travaux. La Ville souhaite également réaliser des travaux pour enlever des cintres qui se détériorent depuis plusieurs années à l’intérieur de l’intercepteur sud-est qui forme une partie du réseau d’eau. Si ces cintres se détachent, ils risquent d’obstruer l’usine d’épuration des eaux, prévient l’administration de la Ville de Montréal. En les remplaçant, cela permettra d’améliorer la capacité de traitement des eaux et d’améliorer l’écoulement dans l’intercepteur. Pour diminuer le plus possible le temps des travaux et du déversement, ces travaux seront réalisés 24h/24h.

Des avis à 46 000 résidants qui seront touchés par ces travaux ou qui habitent près des berges seront distribuées.

«La décision [de procéder au déversement], aussi impopulaire soit-elle, est responsable et elle a pour but premier d’assurer une protection pour le fleuve et notre eau», a tenu à souligner le maire de Montréal Denis Coderre.

En asséchant cet intercepteur long de 30km et ayant un diamètre entre 1,8m et 5,4m, l’administration fera dévier l’eau qui y coule normalement pour se rendre à l’usine d’épuration des eaux. L’eau se rendra plutôt directement dans le fleuve par un système parallèle (structure de dérivation). L’intercepteur devrait être complètement asséché dans un délai de 18h à 24h après la fermeture des valves dès minuit, mercredi matin.

Ainsi, l’eau partant des résidences de 12 arrondissements et de 7 villes liées sera déversée (en tout ou en partie) dans le fleuve:

Arrondissements
Lachine
LaSalle
CDN-NDG (50% des immeubles)
Verdun
Sud-Ouest
Ville-Marie
Outremont
Plateau Mont-Royal (60% des immeubles)
Rosemont-Petite-Patrie (80% des immeubles)
MHM
Anjou (40% des immeubles)
RDP-PAT (50% des immeubles)

Villes liées
Montréal-Ouest
Cote St-Luc
Hamstead (10% des immeubles)
Mont-Royal
Wesmount
Montreal-Est (70% des immeubles)
St-Léonard (50% des immeubles)

La Ville de Montréal a réitéré que ce déversement d’eaux usées n’aura pas d’impact sur la qualité de l’eau potable. La période de déversement étant hors des périodes sensibles pour les poissons et la température de l’eau du fleuve à ce temps-ci de l’année diminuant les risque de prolifération bactérienne, les risques sur la faune et la flore est faible, assure la Ville.

Essayez aussi: notre outil pour savoir quels contaminants vont être déversés dans le fleuve et en quelle quantité.

Pour comprendre plus en détails pourquoi la Ville de Montréal veut procéder à ce déversement: notre texte explicatif sur CurioCité.

 

Réactions

Du côté de l’opposition officielle, Projet Montréal, on regrette que l’administration Coderre ait conservé que le minimum des recommandations d’Environnement Canada pour les mesures de mitigation. D’autres mesures avaient également été proposées par les experts indépendants, comme le déploiement d’un bateau-citerne de pompage et d’unités de pompage près des sorties d’eaux usées plus critiques.

Même son de cloche du côté de Xavier Nonnenmacher, un résident de l’arrondissement de Ville-Marie à l’origine d’une pétition ayant recueilli plus de 90 000 noms contre le déversement des eaux usées. «C’est seulement le minimum qui a été suivi. Les solutions alternatives n’ont pas été étudiées profondément, comme les moyens qui auraient pu être utilisés pour faire les travaux sans assécher les conduites», regrette le citoyen qui organise une manifestation à 23h, mardi, pour protester contre le déversement qui débutera une heure plus tard.

«Normalement, on accorde un délais de 48h [avant un déversement] pour prévenir les citoyens. Actuellement, on est seulement à 12h d’avis avant le déversement. Ça sent encore l’improvisation de l’administration Coderre», a prévenu Sylvain Ouellet, de Projet Montréal, mardi midi, après l’annonce de la Ville.

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