Cette question a été posée sur le site CurioCité où les citoyens de Montréal peuvent s’adresser directement aux journalistes de Métro et poser leurs questions.

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Voici, en termes plus simples et décortiqués, ce qui explique pourquoi la Ville de Montréal devait trouver un endroit où déverser 8 milliards de litres d’eaux usées (provenant des résidences et des usines du secteur) et pourquoi elle a choisi de les déverser dans le fleuve Saint-Laurent.

· Tout part de la chute à neige Wellington, dans l’arrondissement de Ville-Marie. C’est l’un des nombreux sites où est déversée la neige amassée sur nos rues pendant l’hiver. Il doit être condamné. Pourquoi? Parce que la Ville de Montréal mettra au sol une partie de l’autoroute Bonaventure afin de le transformer en boulevard urbain (projet Bonaventure). Comme cette chute à neige se retrouvera sous ces débris, elle deviendra inutilisable.

Photo-1-Wellington Eaux sales

· Il faut donc trouver une autre chute à neige pour la remplacer. C’est une nécessité, selon la Ville, puisque cette chute à neige dessert normalement le centre-ville. Pas question pour l’administration de négliger le déneigement dans le secteur faute de chute à neige.

Photo 2-Chute à neige eaux sales

· La Ville a trouvé un site un peu plus loin (Riverside) pouvant remplacer la chute à neige Wellington.

Photo-3-Riverside

· En plus, le nouveau site en question comporte même le puits nécessaire à plusieurs chutes à neige de Montréal: la neige est déposée sur le terrain de la chute à neige, la neige fondue coule dans le puits qui est lui-même relié à l’intercepteur (un gros tuyau pouvant aller de 1,5m à 5,4m de diamètre qui passe sous terre) et qui transporte toutes les eaux usées du secteur, ainsi que l’eau de la neige, vers l’usine d’épuration des eaux de Montréal.

Photo 4 - conduit eaux sales

· Mais la Ville apporte un bémol: il faut faire des travaux dans le puits avant de pouvoir l’utiliser. Par la même occasion, la Ville en profitera pour éliminer des «cintres» présents dans l’intercepteur depuis de nombreuses années, mais qui réduisent la vitesse d’acheminement de l’eau vers l’usine.

· Pour faire tous ces travaux, les employés de la Ville doivent littéralement entrer dans le puits, se rendre jusqu’à l’intercepteur et y marcher.

Photo 5-intercepteur eaux salesPhoto 5.1-intercepteur eaux sales

· Les employés ne peuvent pas marcher dans l’intercepteur pendant que l’eau y coule vers l’usine d’épuration, dit la Ville.

· Solution: il faut «assécher» l’intercepteur sud-est (voir carte ci-bas), c’est-à-dire empêcher le passage des eaux usées, le temps des travaux, soit pendant sept jours.

· L’intercepteur en question (qu’on nomme intercepteur sud-est) part de LaSalle et se rend jusqu’à Rivière-des-Prairies, sous terre sur une distance de 30km. Il dessert tous les secteurs le long de son parcours et achemine ses eaux usées vers l’usine d’épuration des eaux de Montréal.

Photo 6-réseau intercepteur eaux sales

· Donc en faisant le calcul, sept jours d’eaux usées de tout ce secteur de l’est de Montréal (qui représente le tiers du réseau d’eau de la Ville de Montréal), ça équivaut à 8 milliards de litres d’eaux usées.

· Puisqu’on ne peut pas faire passer ces eaux dans l’intercepteur, que peut-on faire avec?

· Après réflexion, la Ville de Montréal ne voyait pas d’autres options que de le déverser dans le fleuve Saint-Laurent.

· Cela a soulevé les critiques. La Ville a fait un moratoire de 2 jours pour repenser à leur décision.



déversement eaux usées

Cette carte représente tous les endroits où les eaux usées s’écouleraient dans le fleuve pendant la période du déversement, selon l’opposition officielle à la Ville de Montréal, Projet Montréal. Cette carte représente tous les «points de surverse» sur l’intercepteur sud-est. Ces «points de surverse» sont les endroits sur l’intercepteur où l’eau s’écoule dans le fleuve lorsqu’il y a un trop fort débit d’eau ou un débordement. Projet Montréal estime donc que les eaux usées s’écouleront dans le fleuve en grande partie par ces endroits lors du déversement. Après précisions de la Ville de Montréal, c’est plutôt 24 points de déversements qui seront mis à contribution.

Images: Direction de l’épuration des eaux usées / Service de l’eau de la Ville de Montréal

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Voici les questions que les administrateurs se sont posées au cours de ces deux jours de moratoire pour s’assurer que la décision était la bonne:

Est-ce qu’on doit réellement déménager la chute à neige? Est-ce qu’on pourrait s’en priver?

Les autres chutes à neige de la Ville sont déjà utilisées à pleine capacité et celle qui doit être remplacée dessert le centre-ville, là où la neige doit être dispersée rapidement et efficacement, répond la Ville. Montréal ne peut donc pas se priver de cette chute à neige.

Peut-on disposer la neige ailleurs que dans les chutes à neige de Montréal?

Avec la distance à parcourir, la quantité de camions que cela nécessiterait et les délais, la Ville estime que «ce ne serait pas quelque chose de valable». La Ville écarte également la possibilité de déverser la neige dans le fleuve.

Peut-on placer les eaux usées dans un bassin de rétention pendant les travaux, plutôt que de jeter les eaux dans le fleuve?

Considérant la quantité d’eau impliquée durant les sept jours nécessaires à la construction de la nouvelle chute à neige (travaux jour et nuit), ce n’est pas une option, répond la Ville. On aurait pu construire une conduite parallèle, mais ces travaux auraient coûté près d’1G$, soutient Pierre Desrochers, et auraient duré près de 5 ans.

Est-ce le bon moment de l’année pour faire ces travaux?

Idéalement, pour minimiser l’impact environnemental, janvier aurait été un meilleur moment, reconnaît la Ville. Mais il est impossible pour elle de bloquer toutes les chutes à neiges du secteur (car c’est ce qui arrivera en asséchant tout l’intercepteur sud-est pour réaliser les travaux) en plein hiver, ajoute-t-elle. Octobre reste donc une bonne option, dit-elle, puisque, la température de l’eau du fleuve (13°C) étant plus basse que pendant l’été, la reproduction bactériologique est moins grande. [Mise à jour: Le déversement aura finalement lieu en novembre, ce que la Ville estime toujours être une bonne période de l’année]

L’administration se fit également au rapport d’analyse réalisé par le ministère de l’Environnement du Québec (réalisé avant de délivrer le certificat permettant à la Ville de procéder au déversement) qui indique que les travaux devront «respecter les périodes sensibles pour la faune» et être réalisés «pendant la période de moindre impact pour la faune, soit entre le 15 octobre et le 15 novembre».

La Ville de Montréal affirme qu’il n’y aura pas d’impact sur l’eau potable. En raison du fort débit du fleuve, l’administration soutient que le cours d’eau pourra facilement diluer les eaux usées sans causer de dommage sur la faune aquatique.

«Après avoir réfléchi à toutes les options, nous en sommes venus à la conclusion que la décision prise est la bonne et la plus acceptable», avait affirmé plus tôt en octobre Pierre Desrochers, président du comité exécutif.

La Ville interdira les sports nautiques, la pêche, la baignade et tout contact avec l’eau du fleuve pendant cette période, car elle reconnaît que pendant le déversement, il pourrait y avoir des risques pour la santé des citoyens s’ils sont en contact avec l’eau. De 24 à 48h après le déversement, la qualité de l’eau du fleuve sera toutefois revenue à la normale, soutient la Ville.

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