Archives/FELIX O.J. FOURNIER

Le déversement de 4,9 milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent cet automne n’a eu que très peu d’impacts sur la qualité de l’eau, la faune et la flore, d’après la Ville de Montréal.

«Il y a eu des impacts, mais ils ont été de courte durée et, une fois qu’on a remis en service l’intercepteur, les impacts se sont dissipés et on a vu un retour à normale», a affirmé mercredi le directeur du service de l’épuration des eaux usées de la Ville de Montréal, Richard Fontaine. Il dressait un bilan du déversement d’eaux usées survenu du 11 au 14 novembre, qui était nécessaire, selon la Ville, pour réparer l’intercepteur Sud-Est, mis hors service momentanément, et déplacer une chute de neige.

La qualité de l’eau a été altérée pendant au plus dix jours, selon les sites de rejet. Au large de la métropole, elle s’est aussi détériorée dans un corridor de 250 mètres de large et de 10 km de long. À Repentigny, par exemple, aucun changement dans le taux de coliformes fécaux n’a été noté.

Sur les berges du fleuve, environ 3 mètres cubes de déchets ont été recueillis. La Ville a jugé cette quantité «minime» et elle a tenté une explication en l’attribuant à un phénomène de décantation qui se serait produit.

Quant à la faune, des tests de la Ville ont démontré que des poissons, qui auraient nagé à proximité d’un régulateur ou d’un lieu de surverse, ne seraient pas morts, même après 4 jours. «Personne n’a signalé qu’il y avait des poissons qui flottaient à la surface de l’eau», a dit M. Fontaine.

Ce bilan environnemental est provisoire puisque la ministre fédéral de l’Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna, a exigé qu’une surveillance soit assurée sur la qualité de l’eau, les sédiments et la flore jusqu’en juin 2016.

«On peut présumer que si on n’a pas eu de résultats néfastes tout de suite après le débordement, il serait étonnant de voir des résultats différents, a dit M. Fontaine. Sauf qu’on va se prêter à l’exercice.»

La Ville a avoué que son plan de communication pendant le débat public sur le rejet des eaux usées comportait des lacunes. Les préoccupations des citoyens y ont été sous-estimées.

«Si ça arrive encore, on va préparer davantage la population», a dit mercredi le maire de Montréal, Denis Coderre, lors de la réunion hebdomadaire du comité exécutif.

Le directeur des communications, Louis Beauchamps, a expliqué qu’il n’y a eu aucune analyse d’acceptabilité sociale dans le dossier du déversement des eaux usées, qui a été traité avec une approche informative seulement.

Projet Montréal a aussi constaté que la stratégie de communication de la Ville n’était pas adéquate. L’opposition officielle croit toutefois que l’administration du maire Coderre devrait se concentrer à trouver des solutions pour éviter d’autres déversements. Il a proposé de former un comité d’experts pour étudier la question.

«L’administration Coderre a une fois de plus démontré qu’elle se préoccupe davantage de son image que du problème de fond qui a mené au déversement d’eaux usées dans le fleuve, a mentionné le conseiller de François-Perrault, Sylvain Ouellet. Le maire dit vouloir éviter que l’image de la Ville de Montréal ne soit ternie par cet épisode, mais il ne semble pas enclin à changer les méthodes de travail qui ont mené au dit épisode.»

Le Conseil régional de l’environnement de Montréal abonde dans le même sens. Sa directrice générale, Coralie Deny, croit qu’il faut notamment investir dans les infrastructures, mais aussi renforcer la réglementation et préserver les milieux naturels pour préserver le fleuve Saint-Laurent.

Le maire Coderre a pour sa part relancé le débat entourant la construction d’une voie de contournement à l’intercepteur Sud-Est au coût de 1G$ pour empêcher un autre déversement majeur. «Ça va être nécessaire, a-t-il dit. On ne regarde pas pour les cinq prochaines années. On regarde pour les vingt prochaines années.»

Aucun autre déversement majeur n’est envisagé pour le moment. «S’il y a [d’autres déversements], ils seront beaucoup plus petits et localisés, a dit Richard Fontaine. C’est prématuré de dire le nombre de litres qui pourraient être déversés.»

Savait, savait pas?
Le maire de Montréal, Denis Coderre, était-il au courant de l’ampleur du déversement des eaux usées qui était envisagé avant que les médias en parlent?

  • Le directeur du service des communications de la Ville, Louis Beauchamps, a indiqué que dans les documents explicatifs sur le déversement qui ont été remis aux élus bien avant le déversement, aucune quantité de litres d’eaux n’était mentionnée.
  • «On parlait de déversement d’eaux usées, a dit M. Beauchamps. L’information se limitait à cela. Il n’y avait pas de quantité mentionnée.»
  • Un moratoire de 48h a été imposé par le maire Coderre lorsque les médias ont dévoilé les détails du déversement afin qu’il puisse prendre connaissance des tenants et aboutissants du dossier, a dit Louis Beauchamps.
  • Le maire Coderre a indiqué de son côté qu’il était au courant que ses fonctionnaires envisageaient rejeter 8 milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve. Il n’avait toutefois pas prévu la réaction de ses citoyens.
  • «On a eu une [réunion] statutaire, a-t-il dit mercredi. On connaissait l’ampleur, mais pas la réaction. Pourquoi vous pensez que j’ai demandé un ou deux jours de moratoire? Ce n’était pas un black-out des journalistes. C’était pour voir s’il n’y avait pas d’autres possibilités.»

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