Alors que la Ville de Montréal publiait mardi une carte répertoriant 94 anciens dépotoirs et carrières, elle écartait la possibilité de dédommager tous les propriétaires dont les immeubles se retrouvent sur un de ces sites potentiellement contaminés.

Comme le reportait Métro l’année dernière, la présence d’un dépotoir à proximité peut avoir des conséquences désastreuses pour la valeur d’un bâtiment. La situation se complique puisque, jusqu’à maintenant, même les entreprises qui mènent des tests historiques pour évaluer la possibilité qu’un terrain soit contaminé ignoraient pour la plupart l’existence de ces dépotoirs. Certains propriétaires auraient pu donc acheter à leur insu un bâtiment situé sur une ancienne carrière ou un site d’enfouissement.

«Normalement, lorsqu’on apprend que notre propriété est située à proximité d’une désuétude [un élément qui peut affecter la valeur] de voisinage, il va en soit que, dépendamment du type de désuétude, l’effet de masse des résidents va entraîner une inquiétude et des questionnements, a affirmé à Métro Annie Labbé, évaluateur agréé et première vice-présidente des services-conseils immobiliers de PwC. Ces questionnements pourraient effectivement avoir une influence, non pas sur la valeur de la propriété, mais sur la possibilité de revendre la propriété dans les délais normaux du marché.»

Cette dernière avait expliqué à Métro en décembre que la valeur d’une propriété bâtie sur un ancien dépotoir non contaminé ne devrait pas être affectée, mais que «si la demeure ou l’immeuble est construit sur un enfouissement contaminé et répertorié, normalement, la valeur de l’immeuble devient nulle».

Métro avait d’ailleurs parlé à deux propriétaires montréalais, Benoît Fortier et Pierre Bonneau, qui se retrouvaient dans l’impossibilité de revendre leur immeuble après avoir constaté une contamination sur leur terrain, qu’ils attribuaient à la présence de l’ancien dépotoir du parc Baldwin, dans l’arrondissement Ville-Marie.

Pas de dédommagement

Pour le moment, Réal Ménard, responsable de l’Environnement au comité exécutif, a dit à Métro que la Ville est «ouverte à toutes les propositions» et à entendre les citoyens qui constatent que leur propriété est bâtie sur un de ces sites. Par contre, il a écarté le scénario selon lequel la Ville dédommagerait tous ces propriétaires.

«Ça ne sera pas un appel à un bar ouvert de deniers publics», a-t-il assuré.

«Je crois qu’il va y avoir un effet de masse de questionnements et d’inquiétude, et ça peut avoir un impact sur les possibilités de revendre les propriétés.» – Annie Labbé, évaluateur agréé et première vice-présidente des services-conseils immobiliers de PwC.

Et si le terrain d’un propriétaire qui a acheté un immeuble sur un ancien dépotoir s’avère contaminé? «Il faudra voir le niveau de contamination, a précisé M. Ménard. On est ouvert s’il y a des gens qui veulent proposer des solutions, mais la Ville n’assumera pas tous les coûts.»

Dans ces cas précis, il entrevoit plutôt «un partage des responsabilité» entre le propriétaire et la Ville.

Pour Sylvain Ouellet conseiller de ville pour Projet Montréal, la Ville doit aider les citoyens à assumer certains frais. «Faire des analyses de sol, c’est extrêmement coûteux. Et si le sol s’avère contaminé, qui va payer? C’est ça la crainte des citoyens, a-t-il avancé. Pour la majorité des propriétaires, leur maison est leur compte d’épargne, c’est leur fond de retraite.»

Carte incomplète

La Ville n’a pas mené de forages afin de déterminer si ces sites sont contaminés ou de connaître l’étendue précise de ces sites. La carte ne montre que l’emplacement approximatif d’une quarantaine des 94 anciens sites d’enfouissement et carrières.

Pour les autres, on ne voit qu’une étoile sur la carte pour montrer où le site se retrouve, mais on ne peut pas estimer l’étendue du site.

«Ça ne satisfait pas du tout ce que les citoyens veulent, et ça ne correspond pas du tout à ce que la Ville s’est engagée à soumettre», a jugé M. Ouellet.

«Le maximum qu’on pouvait faire a été fait, a affirmé M. Ménard. Ces cartes présentent la localisation la plus précise que nous pouvions déterminer avec les sources d’information auxquelles nous avons accès.»

Il a ajouté que les informations viennent principalement des archives de Montréal et des données historiques.

La Ville de Montréal s’engage à mettre sur pied une équipe mobile qui pourra aller sur le terrain mesurer la présence de biogaz. Un comité a aussi été mis en place avec la Ville, le ministère de l’Environnement et la direction de la santé publique (DSP) pour étudier le volet santé publique.

M. Ménard a répété que la Ville a mené des tests de biogaz l’année dernière, et qu’aucun biogaz n’a été retrouvé dans les zones résidentielle à proximité de ces sites.

Consultez la carte ici.

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