Chantal Lévesque/Métro

Les 50 chauffeurs sourds d’Uber ne peuvent pas travailler dans le cadre du projet pilote entre Québec et la compagnie de covoiturage commercial.

Des organismes les représentant s’adressent au gouvernement pour conserver le droit de travailler de ces chauffeurs et demander l’abolition d’une condition qui les empêche d’obtenir un permis de conduire 4C pour taxi.

Une personne sourde au Québec peut se procurer un permis de conduire de classe 5, comme tous les particuliers. Uber n’exigeait jusqu’à maintenant de ses chauffeurs que ce permis.

Toutefois, le projet pilote convenu entre le gouvernement et Uber qui encadre les activités d’Uber exige des chauffeurs qu’ils se procurent un permis de conduire de classe 4C, soit le permis exigé pour les chauffeurs de taxi au Québec. Pour se le procurer, les chauffeurs doivent passer notamment un examen médical durant lequel l’ouïe est vérifiée et une perte moyenne de l’acuité auditive supérieure à 40 décibel n’est pas compatible avec un permis de classe 4C. Les personnes sourdes et malentendantes ne peuvent pas se procurer ce permis de conduire, donc les chauffeurs Uber sourds ne pourront pas se conformer au projet pilote.

Le Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain (CCSMM) a écrit au ministre des Transports, Laurent Lessard, ainsi qu’à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) pour demander de réévaluer ces conditions pour l’obtention du permis de classe 4C et d’accorder une exemption aux chauffeurs sourds dans le cadre du projet-pilote.

«Les personnes sourdes peuvent conduire, certains même conduisent des camions lourds de 53 pieds depuis plusieurs années et n’ont pas d’accident, affirme Gilles Read, directeur général du CCSMM. Les 50 chauffeurs d’Uber malentendants n’ont pas eu d’accident. Les personnes sourdes ont une meilleure attention visuelle. Et si on empêche ces gens d’avoir un permis 4C parce qu’avant ils ne pouvaient pas communiquer avec les clients, il faut savoir que ce n’est plus le cas maintenant.»

M. Read explique qu’avec l’application Uber, le client est informé que son chauffeur est sourd et comme le client inscrit directement dans l’application l’adresse de son point de départ et de son point d’arrivée, la communication se fait bien grâce à la technologie.

«Dans une société qui ne s’est pas penchée sur la question des sourds, leur réalité, leurs aptitudes, leurs besoins, Uber est une perche tendue très appréciée.» – Gilles Read, directeur général du CCSMM, dans sa lettre au ministre des Transports

Uber mentionne d’ailleurs que ses 50 chauffeurs sourds à Montréal n’ont eu que de bons commentaires de la part des clients, et même qu’ils récoltent de meilleures notes que les chauffeurs qui ne sont pas sourds. La note moyenne accordée par les clients aux chauffeurs sourds est de 4,82/5, alors qu’elle est de 4,73/5 pour le reste des chauffeurs.

«Nous appuyons nos partenaires-chauffeurs sourds et malentendants et croyons que l’exigence du permis de classe 4C empêche des partenaires-chauffeurs de qualité de bénéficier d’une occasion flexible de générer des revenus, a réagi Jean-Christophe de le Rue, porte-parole d’Uber Québec. Nous espérons que la SAAQ leur permettra de continuer à offrir des courses sécuritaires comme c’est le cas ailleurs au Canada.»

Les chauffeurs de taxi sourds sont permis à Toronto, en Alberta et même en Grande-Bretagne.

M. Read et Uber déplorent que les chauffeurs sourds de Montréal risquent de perdre ce gagne-pain alors qu’il est déjà difficile pour eux de se trouver un emploi.

L’attaché de presse du ministre Lessard a indiqué à Métro que l’exigence de l’obtention du permis de classe 4C a été intégrée au projet pilote Uber pour que les chauffeurs Uber soient soumis aux mêmes exigences que les chauffeurs de taxi traditionnels. Il souligne que c’est la SAAQ qui s’occupe des exigences pour l’obtention des permis de conduire. Le ministre pourrait ultimement modifier le projet pilote seulement si la SAAQ décide de modifier les exigences entourant l’obtention du permis de classe 4C.

La SAAQ n’a pas été en mesure de répondre aux questions de Métro mardi, mais assure qu’elle y répondra mercredi.

Le projet pilote d’Uber est officiellement entré en vigueur à la suite de la publication de l’arrêté ministériel dans les dernières semaines. Les chauffeurs et Uber ont 90 jours pour s’y conformer. Uber a fait sa demande pour l’obtention d’un permis d’intermédiaire, mais le Bureau du taxi continue les saisies de voitures tant qu’elle ne respecte pas toutes les exigences.

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