Mario Beauregard

Trois ans après le dépôt du plan d’action pour lutter contre l’itinérance, des organismes dénoncent le manque de moyens déployés pour palier aux besoins grandissant dans l’ensemble du Québec.

En 2014, le gouvernement péquiste avait adopté une politique de lutte contre l’itinérance en annonçant la construction de 500 logements sociaux et l’injection de 6 M$ pour des services destinés aux personnes en situation d’itinérance.

À l’aube de la semaine d’actions régionales contre l’itinérance et la pauvreté, le Réseau solidarité itinérance du Québec (RSIQ), les Habitations du Réseau de l’Académie et le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) dénoncent les «graves problèmes de financement» ignorés par le dernier budget provincial libéral et réclament un effort beaucoup plus soutenu de la part de Québec.

«On a l’impression que le plan d’action interministériel et la politique qui l’a précédé, malheureusement, ne se déploient pas avec assez de vigueur et de soutien. L’effort du gouvernement du Québec est insuffisant», a déclaré le coordonnateur du RSIQ, Mathieu Frappier. «On continue à tolérer l’intolérable», a-t-il ajouté.

«On va se débrouiller comme on le fait toujours» – Robert Makrous, président des Habitations du Réseau de l’Académie

«Ce qui est bon à Montréal, c’est la mobilisation des différents acteurs, mais on manque de moyens», a noté le coordonnateur du RAPSIM, Pierre Gaudreau. «La politique est bonne, mais on a manqué de moyens».

La construction de nouveaux logements sociaux annoncée avec le budget provincial 2017 n’arrivera pas à combler le besoin criant de nouvelles habitations, estiment les organismes. «Nous devrons construire en 2017 avec [un budget de] 2009», a déploré le président des Habitations du Réseau de l’Académie, Robert Makrous.

En 1991, l’organisme recevait l’équivalent de 1000$ par locataire. Aujourd’hui, avec plus du double de personne à sa charge, l’organisme ne reçoit que 540$ par individu. «Ça cause un creux énorme, mais on va se débrouiller comme on le fait toujours», a ajouté M. Makrous.

Le manque de financement a forcé plusieurs groupes d’intervention à fermer en région, et plusieurs ressources en offre alimentaire et équipes de travailleurs ont dû cesser leurs activités, ont fait valoir les porte-parole des organismes.

«Leur critique est très valable», a répondu le porte-parole péquiste en matière de services sociaux, Dave Turcotte. Si le plan d’action pour lutter contre l’itinérance a été adopté alors que le Parti québécois était toujours au pouvoir, c’est le gouvernement libéral, élu peu de temps après, qui a dû se charger de son application. «Depuis que les libéraux sont là, c’est l’austérité. Et pour tout ce qui touche le social, les budgets ont été coupés.»

«Lutter et prévenir l’itinérance est une grande préoccupation de notre gouvernement, a fait savoir par courriel la ministre déléguée à la santé publique, Lucie Charlebois. Lors du tout dernier budget nous avons annoncé une somme supplémentaire de 7 M$ afin d’offrir l’accompagnement nécessaire à une stabilité résidentielle [ainsi que] 225 M$ pour la construction de 3 000 nouveaux logements sociaux.»

Le personnel épuisé
La majorité des organismes ne peuvent se permettre d’engager du nouveau personnel, faute de moyens, et les cas d’épuisements professionnels ne sont pas rares.

«Certains groupes ne recevront pas d’argent supplémentaire cette année, d’autres groupes vont recevoir une timide indexation, a déploré Mathieu Frappier. On fait toujours plus avec moins et on a des collègues qui n’en peuvent plus.»

La coordonnatrice des Habitations du Réseau de l’Académie, Manon Blanchard, a lancé un cri du cœur concernant le travail acharné des intervenants auprès des personnes itinérantes. «Présentement, pour 156 locataires, nous n’avons qu’une intervenante communautaire qui fait environ 18 interventions par jour», a-t-elle déclaré.

Le RSIQ, les Habitations du Réseau de l’Académie et le RAPSIM prendront part à une manifestation contre la réforme de l’aide sociale mercredi à Montréal.

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