Jean Bouchard

Aujourd’hui, Métro propose une édition spéciale dans toutes ses rubriques sur le thème de l’enfance.

Pourquoi les garçons jouent-ils moins aux billes, et les filles à la corde à danser? Le professeur, auteur et collectionneur de jouets, Jean Bouchard, a sa petite idée sur la question.

Depuis que son fils a six ans, Jean Bouchard, ancien professeur en éducation spécialisée, collectionne les jouets. En 25 ans, il en a accumulé plus de 1500 et a donné près de 200 conférences sur le sujet. Il en a aussi tiré deux livres: Jouets au Québec 1939-1969 – La seconde parade, paru cet automne, et Du bolo au G.I. Joe – Jouets au Québec 1939-1969, sorti il y a deux ans.

«Lors de ma première conférence, en 2012, j’avais amené près de 125 jouets. Les 84 personnes qui étaient venues se sont jetées dessus pour les toucher! Ça m’a surpris, mais avec le recul, j’ai compris à quel point revoir des jouets faisait remonter des souvenirs et des émotions liées à l’enfance», raconte M. Bouchard.

Un jouet n’est pas anodin. Il ne sert pas qu’à amuser. Les jouets ont un impact tellement important et sous-estimé qu’ils ravivent même des souvenirs chez des personnes gravement atteintes d’Alzheimer qu’il croise lors de ses tournées en maisons de retraite ou en CHSLD. «Là-bas, pas besoin de beaucoup parler, il suffit de regarder leurs yeux s’allumer et sourire. Certains patients en reparlent plusieurs jours après».

Mais les jouets ne sont plus ce qu’ils étaient. «Avant, quand on offrait une poupée, c’était souvent un nourrisson qui permettait aux filles de jouer à la maman. Aujourd’hui, ce sont plutôt des Barbie. Une poupée qui a des seins, sans enfant, qui n’est pas mariée et qui possède une cinquantaine de souliers à talons hauts. Ça reflète notre société, mais je me demande à quel point ce genre de jouets ne conditionne pas un peu les enfants et pousse indirectement à banaliser la surconsommation et l’hypersexualisation», lance l’homme de 69 ans, qui croit aussi qu’on a raccourci la période de l’enfance.

Mis à part le slinky, le cheval à bascule et quelques jouets Playschool, qui ont peu changé depuis 60 ans, rares sont ceux qui ont survécu à l’usure des années. Les billes existent encore mais ont presque disparu des cours d’école. Pourtant, outre l’adresse, ce jeu fait appel à la négociation (toutes les billes ne sont pas égales). «Ça apprenait aussi aux enfants à perdre son jouet, car tel était l’enjeu», ajoute Jean Bouchard.

Pareil pour l’élastique et son prédécesseur, la corde à danser, toujours présents mais presque inutilisés: «À l’heure où on parle d’embonpoint chez les enfants, ça serait pourtant le genre de jeu idéal», selon M. Bouchard. Aujourd’hui, on vit dans une société d’avocats, où on a peur de tout et où il n’y a plus de bébelles dans les sacs de Cracker Jack», se désole-t-il.

En tant que conservatrice au Musée McCord Guislaine Lemay gère notamment près de 11 000 jouets. Elle situe vers le milieu des années 1970, le tournant sécuritaire pris par les jouets. «C’est vrai qu’avant, certains jouets pouvaient être dangereux», note t-elle en mentionnant par exemple qu’à l’époque, les fers à repasser pour enfants se branchaient et produisaient de la chaleur et les petits soldats étaient faits de plomb. «Aujourd’hui, on est tellement préoccupé par les accidents qu’on est peut-être tombé dans l’extrême inverse», ajoute-t-elle.

Autre victime du droit: la promotion des marques dans les écoles. Dans les années 1950, les représentants du bolo, cette miniraquette reliée à une balle par un élastique, venaient faire des démonstrations dans les écoles. À l’inverse, en 2007, Saputo a dû retirer ses biscuits Igor des écoles et payer une amende de 42000$ pour avoir accompagné ses biscuits de petits livres promotionnels à son effigie.

Allez, c’est décidé, ce Noël, on se révolte et on offre un canif et des pétards au plus jeune des neveux. Et pour le plus vieux, ce sera une puck en crottin de cheval aplati et gelé après avoir été trempé dans l’eau. Voir la belle-mère sourciller, ça n’a pas de prix!

 

Histoires de jouets et de contes
À la veille de Noël, le Musée McCord invite les enfants à une exposition, où ces derniers doivent utiliser leur sens de l’observation pour remettre un peu d’ordre dans le monde des contes. L’installation qui permet notamment d’admirer l’évolution des jouets sur plus de 100 ans, permet en outre aux adultes d’en apprendre un peu plus sur les vertus pédagogiques des histoires pour enfants.

«Cendrillon parle de l’amour idéal, alors qu’Hansel et Gretel permet d’aborder la peur d’être abandonné chez l’enfant et que le vilain petit canard rassure l’enfant qui se demande s’il a été ou non désiré», mentionne Guislaine Lemay, conservatrice au Musée McCord qui est ethnologue et archéologue de formation.

De même que les jouets ont été rendus moins dangereux, les contes, dans leur version moderne, ont eux aussi été aseptisés. Dans le version de 1697 du Petit chaperon rouge, la petite fille et la mère-grand finissent ainsi toutes deux dévorées par le loup.

Aussi, dans Soleil, Lune et Thalie (Giambattista Basile), qui a inspiré le conte de La Belle au bois, cette dernière a plutôt été violée dans son sommeil par le roi et ne s’est réveillée que parce que l’un des jumeaux qu’elle a enfanté suce son doigt, délogeant par la même l’écharde enchantée et rompant ainsi le sortilège.

L’exposition Tohu-bohu au pays des contes se tient au Musée McCord jusqu’au 18 mars.

Des jouets qui résistent:

-55 ans. Le Chatter-Phone s’est vendu à plus de 35 millions d’exemplaires depuis 1962. En 2000, Fisher-Price a présenté un modèle à clavier, avant de reculer devant les plaintes des consommateurs.

 

 

-56 ans. La fameuse girafe en caoutchouc naturel reste fabriquée de façon presque artisanale en France. Malgré quelques controverses ( présence de nitrosamines ou de moisissures), Sophie reste vendue dans 75 pays.

 

 

-58 ans. Le Rock-a-Stack s’est vendu à plus de 65 millions d’exemplaires. En les empilant tous, on pourrait créer 4 tours qui relieraient la terre à la station spatiale internationale.

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