MONTRÉAL – Le coroner qui a enquêté sur la mort de Mario Hamel et Patrick Limoges, survenue lors d’une intervention policière à Montréal, recommande de fournir plus de ressources pour les personnes ayant des troubles psychiatriques et de munir les policiers de plus de pistolets de type Taser.

Dans son rapport rendu public mercredi, le coroner Jean Brochu formule aussi d’autres recommandations, comme celle d’inciter davantage les policiers à pratiquer le tir en période de stress et d’appeler une ambulance sur les lieux dès que la possibilité d’utiliser un pistolet Taser se présente.

«Si on avait utilisé un Taser dans le cas actuel, peut-être qu’on aurait pu immobilier M. Hamel sans le tuer et on n’aurait sûrement pas tué M. Limoges. Qui plus est, on a eu une fenêtre d’opportunité d’au moins 20 secondes pour l’utiliser», a-t-il souligné, en entrevue.

Même si de précédentes enquêtes au pays ont démontré les dangers du pistolet à impulsion électrique communément appelé Taser sur les personnes intoxiquées, par exemple, le coroner croit possible et même recommandable de l’utiliser dans certaines circonstances. Le problème vécu dans le passé, selon lui, vient du fait qu’ «on en a abusé surtout».

Ressources adaptées

Au cours de l’entrevue, toutefois, le coroner a surtout insisté sur sa première recommandation, qui porte sur l’importance des services psychosociaux de différents ordres, afin de mieux intervenir face aux personnes ayant des troubles psychiatriques ou qui sont en crise avant que leur état se détériore.

Il peut s’agir de détection précoce de la détérioration de leur état, par exemple, de leur fournir un logement adapté, de dispenser des soins par des infirmières pivots ou des intervenants spécialisés, a-t-il expliqué.

«Il serait important qu’on donne des services aux gens qui n’en ont pas, avant qu’ils (se) détériorent. L’état de santé de M. Hamel ne s’est pas détérioré du jour au lendemain. Il y a eu une dizaine de jours où on a vu que son état mental était en train de se détériorer fortement et personne n’est intervenu parce qu’il n’en existe à peu près pas de services dans la communauté à l’intention des gens perturbés mentalement», a déploré le coroner Brochu.

Il pense aussi qu’il faudrait revoir la façon d’intervenir lorsqu’une personne ayant des troubles psychiatriques refuse les soins et la médication, comme c’était le cas pour M. Hamel.

«Il y a peut-être des notions de droit à revoir. Est-ce qu’une personne, une fois qu’elle a eu des comportements agressifs, quand elle a perdu le contrôle de son propre jugement, de son sens critique, est-ce qu’on doit toujours accepter, pour la suite des choses, que cette personne-là puisse accepter ou refuser des soins, quitte à mettre soi-même ou d’autres personnes en danger? Il y a une réflexion qu’il faut faire là-dessus», lance le coroner Brochu.

Avec la désinstitutionnalisation des personnes ayant des problèmes psychiatriques, les policiers se retrouvent plus souvent qu’avant devant des personnes ayant des problèmes de santé mentale ou qui sont en crise. «Je pense simplement qu’on demande aux policiers de faire un travail qui n’est pas le leur», a admis le coroner.

Comme il a constaté que deux des trois balles tirées par les policiers lors de l’intervention avaient raté leur cible, il recommande d’inciter davantage les policiers à s’entraîner au tir.

Selon son rapport, la proportion de policiers s’étant qualifiés à l’entraînement au tir est passée de 98 pour cent au début des années 2000 à 43, puis 56 pour cent durant les deux dernières années de la décennie.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène, comme le fait que les policiers sont pris par un témoignage au tribunal ou qu’il manque d’entraîneurs, de salles. Reste qu’il faut corriger cette situation, a plaidé le coroner Brochu dans son rapport.

Les policiers de Montréal avaient été appelés à intervenir, le 7 juin 2011, après que M. Hamel, se montrant agressif, s’affairait à éventrer des sacs d’ordures sur la rue. Les policiers avaient tenté en vain de le calmer, de lui dire de lâcher son couteau. Ils avaient utilisé du poivre de Cayenne, sans succès. Lorsque M. Hamel s’est rué sur eux, ils ont tiré, l’atteignant mortellement.

Un employé de l’Hôpital Saint-Luc qui passait par là pour se rendre au travail, Patrick Limoges, a aussi été atteint mortellement par une balle qui a ricoché sur le trottoir.

Il rappelle que M. Hamel avait une longue histoire de troubles psychiatriques — psychose, problèmes d’agressivité et de violence, troubles de personnalité limite avec traits antisociaux — et refusait d’être soigné et de prendre une médication. Il consommait également de la drogue.

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