Collaboration spéciale Heidi Rathjan

Depuis plus de 20 ans, Heidi Rathjen se bat pour qu’un contrôle soit exercé sur les armes à feu. À l’occasion du 23e anniversaire de la tuerie à la Polytechnique, au cours de laquelle 14 femmes ont perdu la vie sous les balles, Métro fait le point sur cette lutte avec Mme Rathjen, qui est une ancienne étudiante de la Polytechnique et la porte-parole du groupe Polysesouvient.

Statistique Canada rapporte que le nombre d’homicides commis avec une arme à feu a atteint son plus bas taux au Canada depuis 50 ans. N’est-ce pas une victoire pour vous?
C’est une victoire très amère. Je crois que c’est évident que le contrôle des armes à feu a joué un rôle. On a des statistiques très positives et les conservateurs défont le contrôle des armes. Il y avait tellement de progrès.

Des corps policiers ont admis publiquement l’utilité du registre des armes à feu. Que faudra-t-il faire selon vous pour convaincre le gouvernement fédéral du bien-fondé du registre?
Les conservateurs ont entendu les témoignages des policiers, des groupes de femmes, des groupes de prévention du suicide qui ont en partie attribué la baisse des homicides, des accidents et des suicides commis avec des armes à feu au registre. Ils ont aussi entendu les mises en garde selon lesquelles ils mettent la vie des gens en danger, mais ils s’en foutent. C’est idéologique. Ils se foutent des faits, des statistiques et de l’avis des experts.

Le gouvernement libéral de Jean Chrétien a mis en place le registre des armes à feu en 1995. Plus de 20 ans plus tard, un aspirant à la chefferie du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, affirme que le registre était un «échec» et qu’il ne le relancera pas s’il est porté au pouvoir. Êtes-vous découragée?
M. Trudeau a indiqué que le registre ne fonctionnait pas parce qu’il a été aboli. Il a clarifié ses propos, mais il ne s’est pas commis pour appuyer l’enregistrement des armes si le parti était porté au pouvoir. C’est très décevant.

Pourquoi le contrôle des armes à feu est un dossier si controversé?
La question du contrôle des armes suscite une idéologie qui s’apparente à celle du NRA (National Rifles Association), soit le droit d’avoir des armes à feu, le droit de se protéger. C’est de l’individualisme poussé à l’extrême, qui ne fait pas partie de la tradition canadienne, qui ne fait pas partie de notre constitution. Les opposants au registre des armes à feu ont parfois des arguments légitimes, mais trop souvent, pour eux, les faits sont leur ennemi. Ils ont tenté de dissimuler des rapports d’experts, qui démontrent l’efficacité du registre ou ils discréditent des policiers. Ils disent des victimes qu’elles sont trop émotionnelles pour avoir une opinion éclairée.

Pourtant, vous ne voulez pas interdire quiconque de posséder une arme. Vous voulez seulement que les armes soient enregistrées…
Le contrôle des armes n’est pas la même chose que l’interdiction des armes à feu. On peut aller à la chasse, mais l’arme est enregistrée comme le chien, comme la voiture, comme le permis de chasse. En plus, c’était gratuit. Pour les propriétaires d’armes, ça ne changeait rien sinon qu’ils devaient patienter une minute de plus à l’achat de leur arme.

La Cour supérieure a récemment statué que le gouvernement du Québec était en droit de recevoir les données du registre des armes à feu qui le concernent. Un bataille est gagnée, mais pas la guerre?
En effet. C’est une guerre très difficile, mais on peut se réjouir au Québec. On a un gouvernement qui est allé en cour pour obliger le gouvernement fédéral de lui transmettre toutes les données québécoises. Le fédéral refuse toujours. Il veut aller en appel. Ça prendra des années avant que ça se règle. Entretemps, on a une injonction qui maintient l’enregistrement au Québec, ce que les autres provinces ont perdu avec l’abolition du registre.

Y a-t-il des pays dans le monde, qui exercent des contrôles sur les armes à feu sans que cela ne crée un tollé?
Tous les pays d’Europe et la plupart des pays civilisés ont des registres sur les armes à feu. Les États-Unis n’en ont pas et le problème, c’est qu’on se compare toujours avec eux.

Aujourd’hui, c’est le 6 décembre, date de commémoration de la tuerie à la Polytechnique. Vous y étiez en 1986 lorsque Marc Lépine a tué 14 femmes. Est-ce une période de l’année difficile pour vous?
Il y a des moments difficiles. Pour nous, c’est une occasion de faire le point sur la question des armes à feu. L’an passé, nous étions à Québec pour demander au gouvernement de demander les données du registre avant son abolition. Maintenant, le Québec a fait cette bataille et il a obtenu un jugement favorable. Et on a toujours l’enregistrement des armes à feu au Québec.

Heidi Rathjan

Heidi Rathjen

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