Mathias Marchal/Métro La pluie s’est invitée à la partie de pêche de notre journaliste, à la marina de Lachine.

La pêche comprend une foule de règles non écrites auxquelles, selon toute probabilité, seul un sociologue peut donner du sens. Avertissement: les lignes qui suivent pourraient choquer certains pêcheurs.

Le temps est orageux autour de la marina de Lachine. Malgré tout, une dizaine de pêcheurs sont installés le long de la jetée. «Quand tu arrives avec ta canne à pêche, ça ne se fait pas de demander aux pêcheurs déjà présents si c’est un bon spot ou si ça mord. Les gens vont te répondre de façon évasive. En tous cas, bien plus que si tu étais un simple promeneur», lance Vincent Paris, professeur de sociologue au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Affirmation confirmée. «Quand on me demande si ça mord et que c’est effectivement le cas, je dis toujours que ça ne mord pas», répond en rigolant André, un pêcheur croisé sur place.

«À moins qu’ils ne soient en train de ranger leur matériel, les pêcheurs sont peu enclins à partager leurs trucs sur un site de pêche», ajoute le sociologue. Pas question donc de leur demander quel type d’appât ils utilisent. «Quand on pêche, l’important, c’est d’avoir l’air sûr de soi et de ses capacités. Tout ça, c’est un peu comme une pièce de théâtre où chacun joue son rôle avec sérieux», explique Vincent Paris.

Quand on fait son entrée en scène, à la recherche d’un endroit où se poser, il y a une distance à respecter par rapport aux autres pêcheurs. C’est ce que le sociologue appelle la distance sociale. «Dans le métro, la sphère intime est estimée à 30cm, mais sur les berges, ça dépend de l’affluence. Si tu connais l’autre pêcheur, la distance sociale est d’environ une longueur de canne. Mais si tu ne le connais pas, il s’agit d’évaluer la distance moyenne entre les pêcheurs déjà sur place et de trouver un spot qui respecte la norme en vigueur», indique M. Paris.

Quand un pêcheur quitte son spot, il est rapidement remplacé par les derniers arrivés ou ceux qui se cherchent un meilleur endroit. C’est un peu comme au casino, où, quand un joueur quitte une machine à sous sans avoir gagné depuis un certain temps, il est rapidement remplacé par ses voisins qui pensent que la machine devrait bientôt payer.

«Il ne faut jamais négliger l’aspect superstitieux des pêcheurs», ajoute Vincent Paris en préparant sa ligne avec l’appât fluo qui lui a porté chance lors de sa dernière partie de pêche à Sainte-Catherine. «Quand tu attrapes un gros poisson, c’est parce que t’es un bon pêcheur. Mais si c’est le voisin qui réalise une belle prise, c’est forcément de la chance», ironise-t-il.

Ce jour-là, le mauvais sort s’acharnait sur le sociologue. Même si d’immenses carpes jaillissaient avant de rebondir bruyamment sur l’eau, Vincent Paris n’a rien attrapé. Finalement, on est repartis les mains vides. Pas de doré cuit en papillote. On a plutôt opté pour l’espresso-chocolatine du café du coin. La pêche n’est pas une science exacte, pas plus que la sociologie d’ailleurs.

Redoutée carpe asiatique
La première condamnation d’une industrie pour pollution des eaux daterait du XVIIIe siècle. En 1829, des pêcheurs auraient les premiers alerté les autorités de la couleur de la rivière Meurthe, an aval du papetière.

  • «Les pêcheurs sont en quelque sorte les premières sentinelles de l’écologie», selon le sociologue Vincent Paris. Récemment, deux mâles de la très vorace carpe asiatique, qui élimine quasiment toute biodiversité animale sur son passage, ont été découverts à Toronto.
  • Comme l’animal peut jaillir jusqu’à 3m de hauteur et peser jusqu’à 40kg, il peut devenir un danger pour les plaisanciers. S’il trace son chemin jusqu’à Montréal, on peut penser que des pêcheurs seront les premier à lancer l’alerte.

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