Métropole films La comédienne Leïla Bekhti dans une scène de La source des femmes

Des femmes arabes font la grève du sexe et de l’amour dans La source des femmes, le nouveau conte de Radu Mihaileanu que l’on a rencontré à Montréal.

«Il me paraissait essentiel de regarder le monde arabo-musulman sous un autre angle : celui de la femme, explique le metteur en scène, à qui l’on doit également Va, vis et deviens et Le concert. Il me semble que de là viendront beaucoup de belles réponses. Je suis étonné qu’on le regarde toujours de la même manière.»

Son objectif avoué est d’aller au-delà des préjugés et des clichés. Pour y arriver, il n’hésite pas à critiquer les déformations d’interprétation du Coran, multipliant les exemples probants (les mariages arrangés, la difficulté d’obtenir l’éducation appropriée, etc.) observés lors d’un séjour de plusieurs mois dans un pays arabe.

Comme dans le récent Et maintenant, on va où? de Nadine Labaki, La source des femmes a été imaginé avant le Printemps arabe. Il n’en demeure pas moins en phase avec les évènements présents.«Pour accéder à la démocratie, il faut que les femmes puissent participer aux changements, clame le cinéaste avec conviction. Ça ne suffit pas de faire la révolution dans la rue si elle n’est pas faite à la maison. C’est bien beau vouloir changer de régime, mais quand on rentre, qu’on frappe sa femme, qu’on crie sur les enfants et qu’on ne leur donne pas le droit à la parole, il y a un problème.»

Une solution ne serait-elle pas le sujet du film, où les femmes font la grève du sexe pour obtenir ce qu’elles désirent? «Je ne dis pas qu’il faut l’utiliser tout le temps, avance Radu Mihaileanu. Je le conseille en blaguant aux étudiants québécois pour obtenir leurs droits. Et pourquoi pas lors des prochaines élections?»

De l’humour avec ça
Même s’il aborde des thèmes sérieux (l’Holocauste dans Train de vie, la désagrégation d’un empire dans Le concert) dans ses longs métrages, le réalisateur Radu Mihaileanu (photo) a absolument besoin d’y insuffler de l’humour, de la légèreté.

«C’est une question de nature, admet-il. J’ai eu le malheur et la chance de naître en Roumanie sous Ceausescu. Tous les jours, des amis disparaissaient. C’était très dur et pour survivre, on était les champions du monde pour les blagues… J’ai grandi avec ça et je me suis rendu compte que c’est ce qui me tenait en vie. Il y a la tragédie de l’humanité, mais on ne peut pas vivre sans l’antidote qui est l’humour. Ça se retrouve dans mes films, malgré moi. À chaque fois qu’il y a une scène et que ça commence à être un peu trop émotionnel, je sors toujours une blague. Notre métier de cinéaste est d’ouvrir la porte pour que le merveilleux comme le terrible soit là, qu’il créé la condition humaine.»

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