Yves Provencher/Métro «C’est vraiment de l’art pour de l’art, dit Olivia Tapiero. Il n’y a pas de message, pas d’engagement.»

«Je voulais défaire les ficelles, aller à l’encontre de la conception d’une histoire traditionnelle. Le ‘‘début, milieu, fin’’, les explosions, Bruce Willis, Sylvester Stallone… ce genre de choses, ce n’est vraiment pas mon truc!» affirme Olivia Tapiero.

En 2009, l’auteure arrivait en force sur la scène littéraire avec Les murs, récit poignant d’une jeune fille hospitalisée, coincée dans un corps qu’elle maltraitait et dont elle ne voulait plus. Pour ce livre, qui lui a valu le prix Robert-Cliche du premier roman, Olivia Tapiero avait adopté une approche chirurgicale. Phrases courtes, coups de poing. Dans son second roman, Espaces, elle change de cap. Sa plume se fait plus lyrique, les lieux deviennent pluriels, et on respire davantage.

Et ce, même si l’héroïne de ce récit qui n’en est pas vraiment un se trouve souvent perdue, démunie. «Je ne voulais surtout pas me pasticher, explique Olivia Tapiero lorsque nous la rencontrons pour discuter de son roman. Je voulais changer, évoluer dans ma démarche, sans que ce soit artificiel.»

Consciente d’avoir pris un risque, l’audacieuse jeune femme souligne que, de toute façon, «jouer la carte médiatique» ne l’intéresse nullement. «J’aurais pu me répéter dans le style et dans la forme. Mais vendre un certain truc, correspondre à une certaine image, ça ne m’intéresse pas. Je trouve que c’est tellement en contradiction avec le fait d’écrire!»

Pour Espaces, la Montréalaise dit plutôt avoir procédé de façon instinctive, effectuant un véritable travail d’écriture. «Je ne visais vraiment pas le réalisme cette fois-ci. C’était davantage le côté expérimental qui m’intéressait. De toute façon, la narratrice n’est même pas un vrai personnage; c’est un personnage un peu vide, pris entre deux eaux.» En effet, la Lola de son récit, bouleversée par la disparition de sa colocataire, erre, flotte, s’efface, dans une ville sans âme. Une ville désertique, qu’on ne nomme pas, peuplée uniquement d’ombres qui se croisent parfois, furtivement, tandis que les corps, eux, s’évitent.

«C’est comme une scène de danse sans danseurs, observe Olivia. Et je trouve que c’est vraiment comme ça qu’on vit la ville. En solitaire. Chacun fait son parcours et personne ne veut mêler son chemin à celui d’un autre…»

Ces «espaces», la créatrice y pense «en termes musicaux et visuels». Les couleurs – et leur absence – teintent l’écriture. «C’est un livre très blanc, sur la disparition, sur l’effacement.»

Il y est d’ailleurs beaucoup question de visages et de regards, qui rappellent souvent l’absence. «Il y a plusieurs types de regards, jetés par plusieurs personnages : prédateurs, amoureux, vides… Le reste, ce sont des regards qui ne se croisent pas.»

Ce qu’elle aimerait que les lecteurs retiennent de son «livre blanc»? «Je dirais plutôt ce que j’aimerais qu’ils ressentent, répond-elle. Car l’important, pour moi, c’est réellement qu’ils ressentent quelque chose! Un malaise, un plaisir… même de l’irritation! N’importe quoi sauf : ‘‘Bof’’!»

Espaces
Aux éditions XYZ
Présentement en librairie

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