Caroline Desilets Basia Bulat

Pour son troisième opus, la chanteuse folk Basia Bulat a choisi de prendre le taureau par les cornes et de relever de nouveaux défis.

Dans le meilleur des mondes, vivre un deuil entraîne un temps d’arrêt qui permet de se poser les vraies questions. Pour l’auteure-compositrice-interprète torontoise Basia Bulat, la mort d’un être cher l’a poussée à courageusement mettre de côté tout le travail déjà entamé sur son troisième album. S’en est alors suivi une période de création fertile qui lui a non seulement permis d’écrire des textes très personnels, mais aussi d’explorer de nouveaux horizons musicaux (avec synthés, piano et charango péruvienne). Tall Tall Shadow, qui paraîtra mardi prochain sous étiquette Secret City Records, est un album folk surprenant aux arrangements riches en contrastes et en textures. Lorsque Métro a joint Basia plus tôt cette semaine, celle-ci nous a même promis une prestation live où elle serait aux commandes de deux claviers simultanément, ce qu’elle qualifie en riant de «carrément fou, j’en conviens, mais ça fait partie du défi que je me suis donné : comment me lancer dans l’inconnu?»

Vos deux premiers albums ont été enregistrés de façon quasi documentaire, en évitant tout bricolage studio élaboré. Cette fois, le processus a fait une plus grande place aux interventions de différents complices. Qu’est-ce qui vous a amenée à revoir ce rituel d’enregistrement?
Avant, nous enregistrions tout en direct, de façon brute. Cette fois, je voulais expérimenter avec des instruments plus contemporains. Je joue du piano depuis l’âge de trois ans, mais je n’avais jamais utilisé l’instrument pour écrire des chansons. Ensuite, il y avait tous ces claviers, des synthétiseurs, des pianos électriques comme le Wurlitzer ou le Rhodes…J’avais un penchant pour l’artillerie lourde, plus moderne!

Est-ce que vos coréalisateurs – les très réputés Mark Lawson et Tim Kingsbury (Arcade Fire) – vous ont rassurée au sujet de la pertinence d’un tel exercice?
Oui, absolument, j’étais réticente à l’idée que ce type de production puisse bien se marier à ma voix. Mais à la suite de ma période de réécriture, j’avais besoin de nouveaux arrangements. Je voulais explorer différentes façons de faire, et Mark et Tim ont certainement rendu la chose plus facile! Ça leur vient naturellement, puisqu’ils sont des multi-instrumentistes qui travaillent toujours plusieurs pistes à la fois. Notre dynamique fut formidable : ils ont capté des nuances et des subtilités dans mes compositions que je refusais de voir, et ça m’a vraiment permis d’évoluer!

«Mon frère joue de la batterie sur tous mes disques. Il connaît exactement mes attentes musicales et me met à l’épreuve comme seul un frère sait le faire! (Rires) Ma mère, quant à elle, une professeure de piano de formation classique, m’a toujours encouragée dans mon parcours, sans jamais tenter d’imposer sa façon de voir les choses. Bon, d’accord, je l’admets : je suis choyée!» – Bulat, à propos de sa famille qui baigne dans la musique.

Votre processus d’écriture a été complètement chamboulé après le décès d’un proche. Appréhendiez-vous le fait de repartir de zéro et d’emprunter une nouvelle direction? 
Ce fut difficile, mais surtout nécessaire. Je ne me voyais plus chanter ce dont j’avais déjà accouché; l’idée même me tracassait. Je me suis alors permis d’écrire sans retenue, en tentant d’arriver à un juste équilibre entre l’ombre et la lumière, entre noirceur et clarté. J’ai voulu livrer quelque chose d’honnête, qui soit porteur d’espoir sans pour autant tomber dans la naïveté. Au final, la plupart des pièces sur l’album s’inspirent de ce contraste. Je dirais même que toute épreuve que nous devons traverser découle de ce contraste.


Tall Tall Shadow
En magasin dès mardi
En prestation au Cabaret du Mile-End mardi

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