Yves Provencher/Métro Tristan Malavoy

Dans son premier roman, où il «jongle avec des éléments du concret, des réminiscences et des légendes», Tristan Malavoy nous entraîne aux abords d’un mystérieux trou de boue, caché au cœur de la forêt estrienne, dans lequel s’enlisent une moto, une bottine, des souvenirs. Des souvenirs. Et d’autres souvenirs encore. «J’ai voulu offrir une réflexion sur l’écriture, sur la façon dont la vie de village s’organise et sur la façon dont – c’est important pour moi – on vit la mort.» Une œuvre importante, en effet.

Le nid de pierres, c’est l’enfance au goût de cream soda et de «jujubes rouges nucléaires». C’est cet amour aussi, le premier, avec qui on va manger une piz en se racontant des peurs. Cette fille pour laquelle on délaisse notre meilleur ami, lequel fait comme si, pfft, c’est pas grave, ça le dérange même pas.

Le même amour qu’on retrouve, des années plus tard, et avec qui on revient dans ce même village. Lequel, inexorablement, a changé. Ou peut-être, au fond, fond, fond, n’a-t-il pas changé tant que ça? Car le passé, et ses moments troubles, flotte encore dans le brouillard. Même si le vieux téléphone à la sonnerie de l’apocalypse a été remplacé par une bête plus technologique et que les maisons d’autrefois ont été transformées en condos. «Je suis attentif à ça. À toutes ces petites choses qui changent», note Tristan Malavoy.

Cette attention, on la perçoit partout dans le premier roman du chroniqueur-auteur-musicien-éditeur. Attention à la tournure si belle des phrases, à la création d’une ambiance à la fois enveloppante et surnaturelle, à la mécanique littéraire impeccable du récit. Aux détails. Comme ce feu de foyer allumé avec un exemplaire du Voir, publication culturelle dont Tristan a autrefois été rédac chef («Il ne faut pas y voir un message politique!» assure-t-il en rigolant) ou ce billet datant du passage de Radiohead au Spectrum en 1995, retrouvé entre les pages du «si dense, mais si brillant!» Terra Nostra de Carlos Fuentes. Un auteur mexicain dont Tristan place aussi une phrase en exergue de son premier roman : «Il est plus dangereux de fermer les portes que de les ouvrir.»

Dans son Nid, ces portes qu’il est si hasardeux de verrouiller sans avoir auparavant bien regardé ce qui se cache derrière prennent la forme d’un étrange trou de boue, un «ventre de bœuf» dans lequel, jadis, des objets ont disparu, entraînant avec eux un tas d’émotions irrésolues. Un trou de vase aux propriétés féeriques qui a permis à l’auteur de «remonter aux sources de son imaginaire». «Il y a, à Saint-Denis, des lieux qui ont aspiré une partie de mon enfance et que je trouve magiques.»

Ce «Saint-Denis», c’est celui «de-Brompton», en Estrie. Où Tristan, comme son personnage, a fait les 400 coups avec ses potes à l’été 1985. Où seul son protagoniste est retourné s’installer en 2005, après avoir retrouvé la flamme de sa jeunesse au hasard d’une rencontre et décidé d’y faire sa vie.

«Quand on s’embarque dans un chantier romanesque, il y a ce qu’on a envie de faire, ce qu’on a envie de dire et ce qui nous surprend. C’est vaste.»

À ceux qui seraient tentés de voir des ressemblances, fortuites ou non, entre le héros et son créateur, Tristan Malavoy précise qu’il «ne faut pas le confondre avec son personnage». Même si oui, OK, d’accord, ce dernier «porte en lui une partie» du kid qu’il a un jour été. «Je l’ai modulé, j’ai essayé de le présenter sous des angles différents… mais il a toujours eu un lien étroit avec moi, concède-t-il. J’ai décidé de me commettre à travers lui. De réfléchir à mon attachement à la région d’où je viens. Et de parler assez directement d’épisodes de mon enfance.»

Ces épisodes incluent des ingrédients-clés. Une «couverte» de Star Wars, des bouteilles d’Orange Crush, un génial jeu de Pacman. Tristan sourit à cette énumération, remarquant qu’il «n’est pas le seul, hein?» à qui ces éléments rappellent des souvenirs. «Quand j’ai écrit “Orange Crush”, ce n’était pas nécessairement une couleur que j’apposais à mon tableau. J’ai joué au metteur en scène… Mais le jeu de Pacman était là pour vrai dans le restaurant qui, pour vrai, s’appelait Chez Rose Pizza. Je n’ai pas changé le nom parce que comment trouver mieux?»

Parlant de «trouver», il s’en fait, des découvertes, dans ce roman. Surtout dans les livres placés dans les bibliothèques, multiples. La bibliothèque du presbytère, celle qu’on monte quand on arrive dans une nouvelle maison, celle où on travaille… «C’est un peu cliché de la part d’un auteur, mais des murs remplis de bouquins, c’est sécurisant», remarque Tristan. Reste que «ce n’est pas juste une décoration». «Il faut piger dans ses livres. Et quand on le fait, on trouve des choses!»

Notamment ces légendes abénaquises, dont le récit est entrecoupé. Des légendes envoûtantes qui jouent un rôle majeur. «À travers toutes les motivations que renferme ma démarche d’écriture, il y a celle de faire connaître un bout de l’imaginaire abénaquis, confie l’auteur. C’est là! Mais on sait si peu de choses sur les cultures amérindiennes. Il y a plein de perles! C’est beau! C’est beau!» Oui. Super beau.

Le nid de pierres
En librairie
Aux Éditions du Boréal

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