Andréanne Moreau/TC Media Les studios situés aux deuxième et troisième étages du 3960, rue Wellington seront transformés en plus grands appartements, qui risquent de ne plus être abordables pour des personnes seules à faible revenu.

Le 3960 de la rue Wellington est l’un des nombreux immeubles contenant de petites unités en location qui, comme les maisons de chambre, ferment en raison de la spéculation immobilière. Dernier rempart avant la rue et première étape pour s’en sortir, ces logements sont essentiels à la lutte contre l’itinérance.

Des 24 studios de l’édifice vendu à un promoteur cet été, il n’en reste que trois ou quatre qui sont toujours occupés.

«Les locataires du dernier étage ont reçu un avis le 1er août leur spécifiant qu’ils devaient déménager avant le 1er septembre, date du début des travaux», raconte Steve Baird, organisateur communautaire au Comité d’action des citoyens de Verdun (CACV), qui a travaillé avec quelques-uns des résidents expulsés.

Cette démarche était illégale, puisque le délai minimum d’avis, en cas de travaux majeurs, est de trois mois. Pour compenser, le propriétaire a offert une indemnité de deux mois de loyer et payé les frais de déménagement.

«C’est comme ça que ça arrive souvent ces derniers temps à Montréal. Ils invoquent la clause des travaux majeurs, ce qui autorise théoriquement les locataires à revenir après les rénovations. Sauf que le loyer a tellement augmenté qu’ils n’ont pas les moyens de le faire», explique M. Baird.

Dans le cas du 3960, Wellington, les studios seront transformés en plus grands appartements.

Démunis
«Les gens qui habitaient ici faisaient partie d’une population hautement vulnérable qui ne connaissent même pas leurs droits et, le pire, c’est qu’on ne sait pas maintenant où ils sont rendus», souligne le directrice du CACV, Claire Lapointe.

Elle craint qu’ils ne se soient retrouvés à partager un tout petit appartement avec une autre personne ou aient accepté d’emménager dans un logement insalubre.

Le conseiller municipal Sterling Downey, porte-parole de l’opposition en matière d’itinérance à la Ville de Montréal, croit que la disparition des logements abordables entraîne la création de maisons de chambre illégales, qui viennent répondre au besoin grandissant.

«La protection des maisons de chambre et des logements sociaux est un enjeu qui n’est clairement pas pris au sérieux par l’administration Coderre. Qu’est-ce que ça va prendre pour qu’il fasse quelque chose», dénonce-t-il.

Son inquiétude est partagée par la coordonnatrice adjointe du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Marjolaine Despars. «À chaque fois qu’on perd un immeuble comme ça, ce sont des logements pour des personnes qui ne pourront pas se reloger qui disparaissent. La solution aurait été de les transformer en logements sociaux», soutient-elle.

Solutions
La première étape pour assurer la survie des maisons de chambres et des petites unités de logement, plus abordables, serait de les recenser. «Présentement, on apprend souvent trop tard quand un de ses immeubles est en vente et on ne peut plus agir», déplore Mme Despars.

Le seul moyen pour les coopératives d’habitation et les organismes communautaires de se tailler une place sur le marché immobilier, dominé par le privé, est d’obtenir de l’aide des administrations municipales. Le processus qu’elles doivent traverser pour obtenir du financement étant très long, la Ville peut leur avancer le capital rapidement et leur permettre d’agir.

«On l’a déjà fait, rappelle M. Sterling. Quand la coopérative des Sages sur la rue Galt a voulu agrandir, l’arrondissement a acheté le terrain à côté avant que les investisseurs privés et l’a revendu à la coopérative. Ça ne nous a rien coûté.»

La Société d’habitation et de développement de Montréal pourrait remplir cette fonction. L’organisme paramunicipal a pour mission, entre autres, de maintenir une offre résidentielle abordable et de soutenir les projets de développement social.

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