ollaboration spéciale/Luz Rosas Hilda Legideño Vargas (à gauche) et Jorge Luis Clemente Balbuena, représentant étudiant de l’école d’Ayotzinapa, sont de passage à Montréal pour attirer l’attention de la métropole sur le sort du fils d’hilda et de 42 de ses camarades, disparus depuis le 26 septembre dernier.

Le gouvernement mexicain donne son fils pour mort, mais Hilda Legideño Vargas refuse de croire qu’elle n’entendra plus jamais la voix de son fils, disparu avec 42 de ses camarades le 26 septembre dernier dans la ville d’Iguala. Elle est à Montréal cette semaine, déterminée à alerter l’opinion canadienne sur le sort de ces étudiants.

«Jorge Antonio étudiait pour devenir professeur. Nous, en tant que famille indigène au Mexique, nous avons dû vivre au jour le jour, avec le peu d’argent que nous réussissions à rapporter le soir à la maison. Mon fils voulait pouvoir offrir un avenir différent à sa petite fille», raconte à Métro Mme Vargas.

La dernière fois qu’elle vit son benjamin de 20 ans, celui-ci partait à Iguala solliciter des fonds pour financer une activité devant avoir lieu à Mexico, à quelques 130km au nord. La femme du maire d’Iguala prononçait un discours ce jour-là; pensant que les étudiants de l’école d’Ayotzinapa débarquait pour perturber l’allocution de son épouse, le maire ordonna à la police locale de maintenir l’ordre. Les agents ouvrirent le feu sur les jeunes enseignants en devenir. Résultat: 6 morts, 27 blessés, et 43 disparus – dont Jorge Antonio, le fils de Mme Vargas.

«J’ai reçu un coup de fil à environ 10h du soir m’informant que les étudiants avaient été attaqués. Je me suis précipitée à l’école, où on m’a dit que les policiers les avaient agressés et qu’ils étaient probablement détenus. Mais les jours passaient et nous restions sans nouvelle de nos enfants: nous sommes alors allés à Iguala les chercher nous-mêmes.»

Mais Jorge Antonio demeurait introuvable, et pour cause: selon les témoignages recueillis par les personnes arrêtées dans la foulée de la tragédie, la police d’Iguala a remis les 43 étudiants aux Guerreros Unidos, un groupe criminel complice du pouvoir local. Ceux-ci auraient tué les étudiants, avant de brûler leur dépouille pendant toute une nuit et de jeter leurs cendres à l’eau. Jusqu’à maintenant, un seul des 43 étudiants a pu être identifié; les autres restes humains, retrouvés dans des sacs jetés dans une rivière, sont si abîmés qu’il a été impossible, jusqu’à maintenant, de reconnaître à qui ils appartiennent.

«Je garde espoir de revoir mon fils, affirme Mme Vargas. Je ne crois pas la version du gouvernement, parce qu’il ment à tout le monde depuis le début. Les autorités ont tenté de criminaliser nos enfants, en disant qu’ils faisaient partie d’un groupe criminel. Quel délinquant irait à l’école pour se sortir de la pauvreté? Mon fils n’est pas un criminel; c’est un étudiant.»

«J’ai abandonné ma famille et quitté ma maison pour venir au Canada. Il ne me reste plus rien, sinon l’espoir de retrouver mon fils.»

Au fil des recherches entreprises pour retrouver les disparus, différents charniers ont été exhumés autour d’Iguala, chacun contenant des cadavres n’appartenant pas aux 43 disparus. Cette mise en lumière d’exactions passées a rappelé à la mémoire populaire les 23 605 cas de disparition rapportés depuis 2007, dont la moitié depuis l’élection du président Enrique Pena Nieto, en 2013. Tant et si bien que le cas des 43 disparus d’Ayotzinapa a cristallisé la colère populaire face la complicité du pouvoir et du monde criminel.

«Le gouvernement mexicain nous a laissés seul après la disparition de nos enfants; il ne nous a rien donné, il se fichait de ce qui se passait. Puis la grogne populaire a monté, et les autorités nous ont offert des millions de pesos, des voitures, des maisons. Mais nous avons tout refusé: leur argent est la dernière chose que nous voulons. Nous, ce que nous voulons, c’est de revoir nos enfants», raconte Mme Vargas.

Devant le peu de collaboration de leur gouvernement, les parents des 43 disparus ont entrepris de porter leur cause sur la scène internationale. Des caravanes semblables à celle que mène Hilda Legideno Vargas au Canada parcourent en ce moment les États-Unis et l’Europe pour alerter l’opinion mondiale sur leur sort.

«J’ai vu ce qui se passait dans mon pays avec la disparition de mon fils, indique Mme Vargas. Moi qui ne parlais presque jamais en public, je n’ai pas eu d’autres choix que d’élever la voix pour dénoncer la situation. C’est un changement de vie total pour moi, mais je le fais par amour pour mon fils.

Éveiller les consciences
Hilda Legideño Vargas Vargas participera à différentes activités à Montréal au cours de la semaine, dont une journée d’échanges à l’UQAM, mercredi.

La délégation d’Hilda Legideño Vargas et de Jorge Luis Clemente Valbuena a atterri à Vancouver avant de venir à Montréal. Dès jeudi, elle sera à l’Assemblée nationale pour conscientiser les élus québécois, alors que Québec solidaire présentera une motion d’appui à sa cause. Puis, la caravane ira à Ottawa pour réclamer aux parlementaires le retrait du Mexique de la liste fédérale des «pays sûrs» et pour obtenir la reconnaissance de la crise des droits humains en cours dans leur pays.

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