AP Photo/Khalil Hamra Une protestante égyptienne, photographiée Place Tahrir

Pour certains esprits, la charia est immuable. Pourtant, depuis le 19e siècle, il y a eu un mouvement réformiste musulman (la Nahda) qui a rouvert les portes de l’effort d’interprétation (l’ijtihâd).

Grâce à cet effort et beaucoup d’audace, des juristes et politiciens arabes et musulmans ont essayé et essayent toujours de faire correspondre les valeurs de progrès avec l’esprit de la charia, et vice versa.

Certains diront que cet effort timide ne sert à rien, sans toutefois tenir compte du contexte!

En effet, comme je l’ai rappelé dans ma dernière chronique, Argo: Les autres Américains, les pays musulmans ont subi un interventionnisme aveugle de la part de puissances étrangères, notamment occidentales. Des ingérences nuisibles qui ont retardé et ruiné, dans certains cas, cet effort de modernisation des pays arabo-musulmans.

En 1953, qui a fomenté un putsch contre un premier ministre nationaliste et laïc et a imposé une dictature cavalière qui a poussé des ayatollahs fondamentalistes à la tête de l’Iran? Qui a imposé le régime des Soviets en Afghanistan et par ricochet militarisé les futurs talibans qui ont réduit le pays en un club-école du terrorisme? Qui a noué des alliances secrètes avec les Frères musulmans en Égypte, dans le cadre de la lutte contre le communisme?

En Égypte, dans les années 1950, à la tête du Mouvement des officiers libres, Jamal Abdel Nasser s’apprêtait à moderniser son pays et à mettre en place de grandes réformes, mais il manquait d’argent et de soutien. Le F.M.I. (Fonds monétaire international) les lui a refusé sous la pression des États-Unis. Il a alors décidé de nationaliser le canal de Suez. La France et l’Angleterre (propriétaires du canal), avec Israël, ont lancé une offensive en représailles contre l’Égypte. Cet épisode est aujourd’hui connu comme l »agression tripartite.

Et parlant de cette Égypte, des vidéos d’archives font un buzz sur l’Internet. L’une d’elles dénote une ère de fraîcheur et de modernité qui s’est ouverte là-bas. Nasser s’adresse à une assemblée populaire. Il y raconte ses échanges avec les frères musulmans sur la question du voile.

Nasser entame son récit comme suit : «En 1953, nous voulions vraiment et honnêtement collaborer avec les Frères musulmans pour qu’ils empruntent le bon chemin. J’ai rencontré le conseiller général des Frères musulmans, qui m’a présenté ses demandes. Il a demandé quoi? La première chose qu’il m’a dite: “Il faut que tu imposes le voile en Égypte et que tu obliges chaque femme qui sort dans la rue à se voiler.”» À ce moment-là, une voix dans l’assistance lui a lancé: “qu’il le porte lui-même!” Et des rires ont fusé dans la salle.

Ensuite, Nasser a poursuivi son discours : «Moi, je lui ai répondu que si j’impose ce que tu me demandes, les gens vont dire que nous sommes retournés au temps où la religion gouvernait et où on n’autorisait pas les gens à mettre le nez dehors le jour pour ne sortir que la nuit. Moi, de mon avis, c’est que chacun, chez lui, est libre d’imposer ce genre de décision. Il m’a répondu: “non! C’est à toi de décider en tant que chef du gouvernement et responsable.” Je lui ai répondu, Monsieur, vous avez une fille à la faculté de médecine et elle ne porte pas de voile. Pourquoi ne l’obligez-vous pas à porter le voile? Si vous n’arrivez pas à faire porter le voile à une seule fille qui est la vôtre, comment voulez-vous que je le fasse à dix millions de femmes égyptiennes?»

D’autres vidéos sont disponibles sur YouTube sur le thème de la libération de la femme défendu par le même Nasser. Hélas, ce mouvement ne faisait pas l’affaire de l’Oncle Sam et de ses alliés.

En combattant des hommes comme Nasser, on a radicalisé la rue arabo-musulmane. La peur de la vague communiste, entre autres, favorisait l’option islamiste. Un drame dont on paie le prix encore aujourd’hui!

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