Ne ratez pas Argo, ce thriller américain tiré d’une histoire vraie! Il conte avec fidélité la libération par la CIA de six diplomates américains qui s’étaient réfugiés dans l’ambassade canadienne à Téhéran durant la crise iranienne des otages de 1979.

Traditionnellement, dans ce genre de film d’espionnage, Hollywood nous a habitués à une intrigue époustouflante qui réduit l’ennemi – ici l’Iran – à une bande de sauvages sanguinaires et sans humanité. Quant à l’Oncle Sam et à sa brave cavalerie, ils surgissent de nulle part pour sauver le monde libre.

Ce n’est pas le cas d’Argo. Derrière la caméra, il y a Ben Affleck, un artiste de la trempe de ces «autres» Américains intelligents et dotés d’un sens de l’histoire à la mesure de leur pays!

Le réalisateur entame judicieusement le récit par une narration illustrée d’une bande dessinée. Un résumé limpide de l’histoire récente et tourmentée de l’Iran : l’Occident interventionniste remplace un régime laïc et nationaliste par une dictature qui catapulte au pouvoir le fondamentalisme religieux. Le début d’un remous qui n’en finit pas d’exacerber la crise au Moyen-Orient depuis les 30 dernières années.

Posée et limpide, la narratrice explique l’enchaînement des événements dans cet empire persan – connu aujourd’hui sous le nom d’Iran – dirigé, pendant deux millénaires et demi, par une série de rois appelés les chahs.

En 1950, le peuple a élu Mohammad Mossadegh, un démocrate laïc, au poste de premier ministre. Il a nationalisé les sociétés pétrolières américaines et britanniques, rendant son pétrole au peuple iranien. Mais en 1953, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont fomenté un coup d’État qui a destitué Mossadegh et ont nommé Reza Pahlavi chah d’Iran.

Qui est ce chah imposé par l’Occident en lieu et place d’un démocrate laïc? Un jeune connu pour son train de vie dispendieux et ses excès. On disait que sa femme se baignait dans du lait, tandis que lui se faisait expédier ses repas en Concorde depuis Paris. Le peuple, lui, mourait de faim.

Ce chah appuyait son pouvoir sur une police intérieure féroce. Sa SAVAK a imposé une période de terreur ede torture. Entretemps, le chah a lançé une campagne pour occidentaliser l’Iran, provoquant la colère de la population en majorité chiite traditionnelle. Et ce qui devait arriver arriva! En 1979, le peuple d’Iran a renversé le chah. Un religieux en exil, l’ayatollah Khomeiny, est revenu pour diriger l’Iran. Le pays a sombré dans la vengeance, les escouades de la mort et le chaos.

Mourant du cancer, le chah a trouvé asile aux États-Unis, ses commanditaires! Emporté par l’élan révolutionnaire, le peuple iranien s’est massé dans la rue devant l’ambassade américaine, exigeant que le chah soit renvoyé dans son pays pour y être jugé et pendu.

Après cette courte introduction, le public averti a assez de données pour recadrer le reste du récit dans son contexte. Ben Affleck ne s’est pas privé pour inclure au générique une vieille entrevue de Jimmy Carter sur le sujet. Même si la crise des otages de 1979 lui a coûté sa réélection, Carter a avoué qu’il aurait pu tirer du crédit de cette opération de sauvetage réussie, mais il a dû garder le secret pour préserver la vie des autres otages de l’ambassade américaine. Il a ainsi conclu le fond de sa pensée : «En fin de compte, nous avons rapatrié tous les otages sains et saufs. Nous avons défendu l’intégrité de notre pays, et nous l’avons fait pacifiquement!»

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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