Bon, disons-le franchement, le paysage politique québécois est plutôt morne. Un gouvernement qui s’excite d’austérité, un PQ et CAQ qui joue à qui-pisse-le-plus-loin-sur-l’identité, et QS qui, malgré sa bonne foi patente, parle dans le vide. Aucun projet de société porteur, rassembleur. Des discussions qui tournent autour de sujets fondamentaux: patates en poudres et tchador. Cône oranges et bus qui se rentrent dedans. Legault et Lisée qui se jalousent leur maison respective.

Et là, comme ça, tout bonnement, débarque Rambo. Tatkatkatkatkatkatkatk (bruit de mitraillette). Parce que c’est comme ça qu’il discute, notre Rambo. À grands coups slaves. À grands coups de gueule (ou de claque sur, c’est selon).

Lors de son dernier procès, le juge le condamne pour avoir agressé verbalement un entrepreneur à l’aide des termes, éloquents, suivants: « t’aimerais ça, hein, t’aimerais ça. T’attends rien que ça que je t’en crisse une sur la gueule». Le juge précise alors qu’une personne raisonnable «percevrait ces propos comme une menace de violence». No shit.

Le juge ajoute: «Qui plus est, il appert du témoignage du défendeur [Rambo] qu’il est conscient de l’image qu’il projette lorsqu’il interpelle des personnes de sa façon habituelle en parlant d’une voix forte et qu’il ne se soucie pas du malaise que cette attitude peut causer». Quant à l’entrepreneur en question, il indique au tribunal avoir eu «la peur de sa vie», et qu’il a «pensé mourir». Re-no shit.

J’imagine bien le président de l’Assemblée nationale lui demander de suivre le protocole vestimentaire, ou encore de surveiller son langage…

En bref, l’intérêt des médias pour un goon semblable se justifie donc, à mon sens, par l’ennui mortel de l’univers politique actuel.

***

À sa conférence de presse, le Stallone des pauvres n’allait certainement pas décevoir. Quelques-unes de ses déclarations sont de pures perles. De vraies. D’ailleurs, bon prince, j’offre ici à Rambo quelques commentaires et autres judicieux conseils.

Première perle:

«Moé j’ai pas de cravate, pis je fais des fautes d’orthographe, ostie, je n’ai pas d’université, chu pas un avocat, chu pas un médecin, mais chu un contribuable et un père de famille et ostie je l’sais que je suis en train de me faire faire l’amour par en arrière sans autorisation, pis ça, faut que ça change!»

Commentaires: 1) faire des fautes, mon Rambo, n’est pas très grave. Tu pourrais même, si on se fie à l’histoire récente, devenir ministre; 2) dénoncer le sexe sans autorisation constitue une excellente idée. Un genre de «sans oui, c’est non!», version Rambo. Ça marchera fort.

Ensuite:

«Chu t’écœuré d’être écœuré, ostie! Pis j’pense que y’a beaucoup de Québécois qui sont écœurés d’être écœurés

Commentaire: promettre, à titre d’engagement électoral, des gravols pour tous. Gagnant.

Encore un peu:

«C’est épeurant pour les gens des régions, ce qui se passe en ville. Ça nous fait peur, c’est effrayant. On voit ça, les accommodements pis les ci pis les ça. […] Mais c’est effrayant pour nous autres. On n’en veut pas nous autres. Les nouveaux arrivants… c’est sûr qu’il faut se rendre à l’évidence qu’à un moment donné, ça allait bien, mais c’est rendu qu’on est en train de l’échapper.»

Commentaires: 1) les gens de région, Rambo, n’ont pas tous des camisoles blanches avec de la moutarde dessus. Certains, voire plusieurs, ont lu plein de bouquins, ont voyagé, et/ou n’ont pas peur des nouveaux arrivants. Mon patelin, Mont-Laurier, élit systématiquement, depuis 15 ans, Michel Adrien, Haïtien d’origine. On l’aime beaucoup. Pas très gentil pour les régions, ton affaire; 2) Rambo, t’as peur des accommodements même si t’en as jamais vus? Faudrait interdire ce qui n’existe pas, donc? Ok. Moi, tu vois, j’ai peur des zombies. J’en ai jamais vus, mais ils me fichent la trouille. Si tu promets de les interdire, eux aussi, on pourra jaser de mon vote;

Autre perle :

«Ça va peut-être ben se terminer par une guerre civile, ostie, on le sait pas. Je suis pas paranoïaque. Je veux éviter ça, moé

Commentaire: Guerre civile? Mais entre qui et qui? Peu importe, en fait, oublie ça. Le discours de peur, ça pognera toujours. Parles-en à Stephen Harper. Et comme disait Heller: «Just because you’re paranoid doesn’t mean they aren’t after you.» Mieux vaut pas prendre de chances.

Enfin: «Moé, j’en ai des amis, ils sont de toutes les couleurs, de toutes les races, pis je m’entends très bien avec eux autres.»

Commentaire: Très solide, celle-là aussi. Suis pas raciste, mais. Un classique. Tu pourrais demander à Peter MacLeod de se présenter avec toi. Un futur ministre de l’Immigration. Ou de la Condition féminine. Ou les deux. Qui pourrait faire conduire sa limousine par une vieille Chinoise. Ou encore par un Noir. On appellerait ça de l’ironie. Et toi, tu pourras te réserver également le ministère de l’Éducation. Pour expliquer l’intimidation aux enfants. Tu serais parfait.

Finalement, Rambo, faudra penser à d’autres bonnes lignes de communication. On en a jamais trop.Tu connais le Parti créditiste? Tu devrais. Il en avait d’excellentes.

Voici: « Nous n’avions aucun député, mais maintenant, nous en avons treize fois plus!».

Une autre: «L’Union nationale vous a amenés au bord du gouffre… Avec le Crédit social, vous ferez un pas en avant!!».

Pas sérieux, la politique, Rambo? Ouais. Et ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle…

Ps 1: si, aux suites de cette chronique, mon char en venait à exploser, c’aura été, chers lecteurs et lectrices, un vrai plaisir.

Ps2: si j’en venais seulement à me faire casser les tibias, tout ça pour avoir tenté de vous divertir, seriez gentils de me faire parvenir des petites attentions à ma chambre d’hôpital. Des truffes, par exemple. J’aime bien.

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