Jonathan Hayward/La Presse canadienne Kevin O'Leary.

Les vidéos du premier (et dernier) débat en français à la chefferie du Parti conservateur tournent, actuellement, en boucle. Publicité inespérée pour ce même parti qui, contre toutes attentes (les miennes, du moins), a augmenté ses appuis dans la province lors des dernières élections? Pas sûr.

En fait, la principale raison de la viralité des vidéos tient, essentiellement, à son côté loufoque. Et pour cause. Des treize candidats participant au débat, quatre peuvent, au mieux, balbutier la langue officielle du Québec. Pas pratique, surtout quand le débat se déroule uniquement dans celle-ci.

Plus comique encore: Kevin O’Leary, parfaitement unilingue, a attendu la fin du débat pour annoncer officiellement sa candidature. Le bilinguisme, a-t-il l’outrecuidance d’ajouter, n’est d’aucune utilité afin de devenir chef du Parti. Surtout pas pour lui qui, dit-il sourire aux lèvres, est né ici même. Son point? «Mon ADN est au Québec, je n’ai donc pas besoin du français pour comprendre les Québécois». Si vous cherchez un candidat pour votre prochain dîner de cons…

Quoi penser de ceci? La métaphore du verre à moitié vide, ou à moitié plein, me vient en tête.

À moitié vide: nous sommes en 2017. Comment peut-on aspirer devenir chef d’un parti national canadien sans parler, de manière minimalement intelligible, dans ses deux langues officielles? N’est-ce pas là, en un sens, la preuve du caractère parfaitement subsidiaire du français? D’une certaine infériorité de celui-ci? De son côté exotique, certes, mais non obligatoire? Thanks but no thanks?

À moitié plein, maintenant: si on exclut de l’équation les deux Québécois du lot (Bernier et Blaney), on peut donc conclure que la majorité des candidats manient de façon adéquate la langue de Vigneault. Pas encore la mer à boire, mais mieux qu’une claque sur la gueule. Surtout venant d’un parti qui, historiquement, s’est rarement fait porte-étendard de la chose linguistique.

Rappelons-nous, par exemple, l’incapacité de Dienfenbaker ou de Stanfield à se commander en français autre chose qu’un club sandwich. Kim Campbell? Pas les gros chars. Harper? Celui qui a déjà plaidé pour l’abrogation de la Loi sur les langues officielles parce que sa mise en application coûtait trop…cher? Médiocre au début, excellent à la fin. En voilà un qui a compris, enfin, l’importance d’être bilingue afin de devenir premier ministre d’un pays qui se qualifie ainsi.

Mon point? Autres temps, autres moeurs. Les faits témoignent de la tendance suivante: le fait français devient, dans l’arène politique, davantage prisé (j’attends la mise en demeure de la Société Saint-Jean-Baptiste).

Optimale, la situation actuelle? Évidemment pas ce que je dis. Seulement que les discussions actuelles sur les exigences de bilinguisme, même chez un parti traditionnellement fort anglo, laissent croire à un progrès relatif. Autre preuve d’une nouvelle déférence pour les francos: Diane Lebouthillier, ministre du Revenu national, ne parle pas un traître mot d’anglais. Assurément une première dans l’histoire du pays. Et si on ajoute à ceci que les prochains juges de la Cour suprême devront également se débrouiller dans les deux langues, on peut, en regardant la trame historique des dernières décennies, s’alimenter d’espoir francophile. Du moins d’un point de vue politique.

Faudrait aussi, enfin, penser que notre gazon est toujours, et systématiquement, plus vert qu’ailleurs. On se souvient du piètre anglais de la première ministre Marois, laquelle était allée qualifier, à la radio écossaise, ces mêmes Écossais de «strange people». Pour la diplomatie on repassera. Idem pour Louise Harel, candidate à la mairie de Montréal et ministre pendant des lunes, mais qui ne pouvait participer à quelconque débat en anglais.

Morale de l’histoire? Sais pas trop. Dépend si on voit le verre à moitié plein. Ou à moitié vide.

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