Sporadiquement, notre chroniqueur proposera une recension d’un livre qui traite d’enjeux politiques ou juridiques qu’il juge pertinent et qu’il fera découvrir aux lecteurs.

Au Québec, les intellectuels d’obédience libérale ne pleuvent pas, disons. Combien de biographies ou d’essais flatteurs sur les Lévesque, Duplessis, Mercier ou Papineau? Des tonnes. Sur leurs adversaires politiques? À compter sur les doigts de la main. La raison est simple: le dissident aura, pratiquement dans tous les cas, à essuyer une sacrée volée de bois vert. Parlez-en à Martin Bisaillon, auteur du Perdant, au sujet de René Lévesque. Ayoye.

Une immunité plus que relative pour l’adoré ex-premier ministre? Disons. En cet ère d’agressions dénoncées, qui, par exemple, osera relever les passages d’une biographie sur Lévesque faisant état des comportements de violence conjugale de ce dernier? Personne, visiblement. Imaginons maintenant que le délinquant ait pour nom Trudeau ou Chrétien….

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Yves Lavertu fait justement partie de ces rares intellos à la sauce iconoclaste. On lui doit, notamment, la superbe biographie de Jean-Charles Harvey, contestataire (devant l’éternel) des pouvoirs nationalo-ecclésiastique en place.

À contre-sens, donc, l’historien Lavertu s’amuse à débusquer quelques mythes tenaces et refuse, au plus fort de sa plume, la complaisance ordinairement témoignée par nombre de ses pairs.

Son plus récent ouvrage, L’affaire Hébert, s’inscrit dans cette même lignée.

D’abord biographique, le bouquin s’intéresse à la vie professionnelle, extraordinairement passionnante, de celui que l’on pourrait qualifier de quatrième colombe: Jacques Hébert. Le complice des Pelletier, Trudeau et Marchand était, de manière indubitable, un indicible catalyseur des réalisations du groupe. Quant à ses accomplissements persos, exceptionnelles. Le «J’accuse les assassins de Coffin», c’est lui. La présidence de la Ligue des droits de la personne? Lui aussi. La grève de la faim au Sénat pour dénoncer les coupes gouvernementales à Katimavik? Encore lui. Il fut même, au crépuscule de sa vie, candidat au Prix Nobel de la Paix. Tous ces trucs ne figurent pas nécessairement dans le bouquin, celui-ci s’attardant plutôt au Hébert des années 1920 à 1950. Mais bon. Maintenant, vous le connaissez (ou devez le connaître). Bienvenue.

Ensuite, Lavertu s’applique à dresser, dans les moindres détails, le portrait d’une histoire plutôt méconnue: celle de la visite d’Hébert en Pologne communiste.

Le directeur de Vrai, hebdomadaire baveux à souhait et anti-duplessiste par excellence, donne alors au retour un compte-rendu qui aura pour effet de provoquer, c’était d’ailleurs le style Hébert, de sérieuses crises d’urticaire auprès de certains, nommément les représentants d’une faction de l’élite en place. Parce que le régime communiste polonais, ose-t-il avancer, n’est pas celui annoncé par plusieurs. Loin d’être un modèle en terme de liberté d’expression ou de religion, l’analyse de celui-ci mérite d’être nuancée. Oui, le catholicisme s’y exerce toujours. Non, les Soviétiques ne mangent pas d’enfant.

Sans surprise, les bémols et nuances apportés par Hébert lui valent une chaudière d’attaques personnelles. Un vrai tollé, en fait, soulevé et entretenu par les médias et intellos catho-duplessistes imprégnant alors la province. Du maccarthysme sauce québécoise.

Faut dire, ô intrigue, que le gouvernement de Maurice Duplessis se refusait, au même moment de remettre à la Pologne certains de ses trésors cachés à… Québec. Pas question, de statuer le Chef, de livrer ces joyaux à un État maintenant communiste. La conclusion de cette spectaculaire affaire? À vous de le découvrir.

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Le bouquin de Lavertu est, à maints égards, jouissif. Une revue d’un pan de l’histoire québécoise nécessairement occulté par nos traditionnels intéressés. Ceux qui, depuis quelques temps, s’égosillent à défendre l’héritage du Noblet Duplessis.

Dans cette optique, lire Lavertu nous réconcilie avec le bonheur intellectuel. Celui qui refuse la bullshit au nom de la construction, ô combien romancée, de la nation québécoise. Celui qui accuse à juste titre, sans vouloir protéger quelconque icônes. Celui qui défend les principes de justice naturelle, lesquels en appellent à de nécessaires nuances. Celui qui n’hésite jamais à balancer un doigt d’honneur, poli mais assumé, à l’hypocrisie des autorités en place.

Parce que c’était ça, Hébert. Et merci à Lavertu. Vraiment.

 

L’affaire Hébert: chronique d’un scandale dans le Québec de Duplessis
Par Yves Lavertu
Yves Lavertu Éditeur

 

 

@F_Berard

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